Equipes mobiles d'aide

f0950c
Equipes mobiles d'aide

"Errer. Faire la manche. Faire les poubelles et manger ce que j'y trouvais. J'ai survécu un bon moment comme ça. Par instinct. Je me suis débrouillé comme je pouvais. Je me suis installé dans un renfoncement. Je faisais tout pour ne croiser personne. Jusqu'au jour où j'ai croisé une équipe de maraudes du Samusocial de Paris.

Des équipes de professionnels

Chaque nuit, 365 jours par an, 5 à 9 équipes mobiles se rendent à la rencontre des personnes qui vivent dans la rue. Ces équipes, composées d’un chauffeur accueillant social, d’un travailleur social et d’un infirmier(e) (IDE), sillonnent la ville et s’arrêtent lorsqu’elles repèrent une personne en situation de détresse sociale, ou bien se rendent à l’endroit où une personne a été signalée via le 115 par des associations, institutions ou particuliers.

Aller vers, une mission indispensable

Parce que certaines personnes en situation d’exclusion ne demandent plus rien aux travailleurs sociaux et ne font pas régulièrement (ou plus) appel au 115, il est nécessaire d’aller à leur rencontre.

 

De jour comme de nuit, des équipes de maraude vont quotidiennement vers les personnes sans-abri, mais franchir les barrières que la personne s’est créées nécessite compétences et professionnalisme. C’est la raison pour laquelle le Samusocial de Paris a fait depuis son origine le choix de professionnaliser ses équipes mobiles.    

Une fois entrées en contact, nos équipes de professionnels évaluent l’aide dont la personne a besoin. Elles peuvent, en accord avec celle-ci, l’accompagner vers un centre d’hébergement d’urgence (en fonction des places disponibles), un hôpital, ou un lit halte soins santé. Elles proposent à tous boisson chaude, duvets et vêtements. Les équipes se coordonnent avec les maraudes associatives de jour afin d’assurer un suivi des personnes, et exercer une mission de veille sanitaire. 

Reportage : en route avec une équipe mobile d’aide

20h, chauffeurs, travailleurs sociaux et infirmier(e)s des sept équipes mobiles de nuit sont réunis dans la salle de briefing.

 

Marc, le coordinateur, informe chacun des situations critiques : une infirmière indique que Monsieur K., rencontré la veille, ne va pas bien. Depuis quelques jours, il ne s’alimente plus et ressasse des idées noires. Il est convenu qu’une équipe lui rendra à nouveau visite ce soir et tentera de le convaincre d’être accompagné dans un centre d’hébergement d’urgence, même s’il est probable que celui-ci s’obstine à refuser toute assistance.  

Une heure plus tard, les sept équipes partent sillonner les rues Paris. Chacune a son secteur. Premier arrêt sur le chemin pour l’équipe mobile chargée d’arpenter les XVIIIème, XIXème et XXème arrondissements. Installé sur les maréchaux, André est assis devant sa tente. Samir, le chauffeur, Claire, travailleuse sociale et Marianne, infirmière vont à sa rencontre. André les reconnaît. Passé quelques plaisanteries, il demande une cigarette. En même temps qu’il lui en tend une, Samir demande s’il n’a pas besoin d’autre chose : café, Bolino, duvet… André accepte un café qu’il laissera refroidir le temps de la conversation avec Claire. A la plupart des questions, André répondra sur le ton de la plaisanterie, une manière de dire qu’il ne souhaite rien de plus. « Vous êtes gentils, précisera-t-il, mais tout va bien ».

Quelques minutes plus tard, le camion s’arrêtera près d’une femme que l’équipe a depuis plusieurs semaines repérée et qui a jusqu’ici refusé tout contact. Claire tente une nouvelle fois. Mais à peine descendue, la femme lui fait signe, et crie plusieurs fois « bye bye ! ». L’équipe n’insiste pas. Le camion repart. Arrivé vers La Chapelle, Samir arrête le véhicule à quelques mètres d’un homme, assis sur le pas de porte d’une boutique. A mesure qu’ils s’avancent, l’homme sourit. « Je vous connais ! », lance-t-il. « Moi aussi capitaine ! », répond Samir. L’homme rit. « T’es une canaille toi ! Oui, mon capitaine ! Tout va bien ? Ça va, ça va…. L’homme accepte un café. Le contact est noué. L’homme ne donne pas son prénom, mais répond à quelques questions posées par Claire.  Le jour, il vit à quelques rues d’ici, avec une autre personne. Ses affaires sont là-bas, cachées. La nuit, il faut faire attention, précise-t-il. La confiance une fois installée, Claire demande si l’homme souhaite qu’on l’accompagne dans un centre d’hébergement. Malgré le sourire, la réponse est non. « Trop de monde ».  « Et sinon la santé ? », s’enquiert Marianne. « Everything ok. » Samir demande si l’homme est anglais. Il sourit. « Niet ! ». « Russe ? » « Hollandais, comme le Président, finit-il par concéder en plaisantant. Au fil de la conversation, il lancera quelques informations : à la rue depuis dix ans, 69 ans, voyageur, ex-marin peut-être… « On va devoir vous laisser. Vous êtes sûr de ne pas vouloir qu’on vous accompagne dans un centre ? », tente de nouveau Claire.  « Sûr ».

Entre 21h et 5h, ce soir-là, les sept équipes mobiles du Samusocial de Paris rencontreront 83 personnes. 28 accepteront d’être prises en charge, pour la plupart parce qu’elles auront-elles-même appelé le 115. Une personne sera emmenée aux urgences de l’hôpital Cochin.  

Portrait : Sylvie, Infirmière en équipe mobile de nuit

Infirmière dans les équipes mobiles depuis 7 ans, Sylvie insiste sur la force du lien qui s’est tissé entre les personnes de la rue et les EMA : beaucoup ont l’habitude de voir passer régulièrement le camion, et même pour ceux qui ne vont pas dormir dans les centres d’hébergement d’urgence, cette visite est devenue un moment important de la soirée.

 

Le passage des EMA offre des espaces de rencontre. La parole se libère parfois plus volontiers sur un morceau de trottoir familier que dans le bureau d’une assistante sociale. Dans les discussions informelles, la conversation gagne en spontanéité, déchargée de l’inquiétude de réfléchir à ce que l’on pense devoir dire. A partir du moment où elle se présente comme infirmière, observe Sylvie, les personnes se sentent en confiance. Et certaines accepteront de se rendre dans les centres. Là, les soins d’hygiène fournissent une nouvelle occasion de s’abandonner un peu. Quelques-uns ne prennent leur douche qu’à ces occasions mais quand elle se heurte à une résistance, Sylvie insiste sans forcer, en soulignant que ça fait du bien de prendre une douche quand on n’en a pas pris depuis longtemps, sans jamais dire aux personnes qu’elles sont sales. Sylvie revient souvent sur ces pieds meurtris dont elle souhaiterait qu’on prenne mieux soin : beaucoup de personnes ont les pieds détruits à force de marcher toute la journée, parcourir Paris en tous sens. Il arrive que certaines n’aient pas enlevé leurs chaussures depuis des mois.

Sylvie observe toutefois que « les grands exclus » se font plus rares. Alors qu’en 2008 elle faisait souvent jusqu’à 4 soins d’hygiène par nuit, aujourd’hui c’est une fois par semaine en moyenne. Moins visibles, mais aussi moins présents à mesure que s’accroissent le nombre de jeunes, de femmes, de migrants en errance. Davantage sollicitées pour ces nouveaux publics, les EMA travaillent en outre de plus en plus sur signalement.

 

 

 

Portrait : Romain, chauffeur accueillant social

Romain est chauffeur dans les EMA depuis près de 3 ans.

 

Les chauffeurs restent en moyenne bien plus longtemps que leurs collègues infirmiers et travailleurs sociaux : dans des équipes amenées à se renouveler souvent, ils sont ainsi une courroie de transmission décisive, qui crée des liens sur la durée avec les personnes de la rue.

Depuis qu’il tourne avec les EMA, Romain revoie régulièrement les mêmes personnes : beaucoup attendent depuis trop longtemps une place en centre de stabilisation, mais globalement nombreuses sont celles qui refusent les solutions d’hébergement d’urgence que les équipes leur proposent. Le besoin de boire a souvent sa part dans l’explication de ces refus, au milieu des souvenirs de mésaventures associés parfois à de mauvais souvenirs en centre, des échos transmis par d’autres, des appréhensions que suscite souvent la collectivité, de la fatigue d’appeler le 115.

Voir aussi: 
f0950c
maraude jour

La maraude de jour intervient en relais des situations identifiées par les équipes mobile d’aide (lien) et de sa propre initiative.

2eb1c2

Créée en 2000 pour lutter contre les échecs thérapeutiques auprès des publics en grande précarité, l’équipe mobile de lutte contre la tuberculose a pour objectif de coordonner la prise des en charge de ces publics tout au long de leur traitement :

Un partenariat avec Essilor pour offrir aux personnes sans abri une paire de lunettes