Nos lieux d'accueil pour femmes

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CHU Femmes
Nos lieux d'accueil pour femmes

Loin de l’image d’Epinal, l’appelant type n’est désormais plus un homme seul, comme ce fut le cas lors de la création du Samusocial de Paris il y a 20 ans. Parmi les appelants au 115 de Paris, les femmes, principalement avec enfants, occupent une place importante. Les femmes seules, en 2013, ont représenté 9% des demandes d’hébergement. Parmi elles se trouvent fréquemment des femmes victimes de violences, que le Samusocial de Paris oriente vers des acteurs spécialisés, et héberge en fonction de leurs besoins et des places disponibles. Le Samusocial de Paris dispose pour l’accueil des femmes de 52 places dans un CHU provisoire situé sur le site de Jean Rostand (Ivry-sur Seine), et de 25 places au centre Romain Rolland.

CHU Romain Rolland

Centre mixte, Roman Rolland permet d’accueillir des femmes en urgence pour la nuit et de proposer également à certaines d'entre elles une prise en charge prolongée.

 

Ouvert en juin 2014, le centre dispose de 25 places en chambres simples ou doubles pour les femmes : 15 sont réservées à l'hébergement d’urgence, 10 à la continuité.

Conçu spécialement pour accueillir les publics en situation de grande précarité, le lieu dispose d’aménagements facilitant la prise en charge, dans le respect des normes d’accessibilité des personnes à mobilité réduite. La qualité du lieu témoigne d’une véritable volonté d’accueillir dignement les personnes. En écho, y répond la qualité de l’accompagnement, assurée par une équipe professionnelle et conviviale. La salle de restauration reste ouverte jusqu’à 4 heures du matin, permettant à toute personne hébergée de se restaurer quelle que soit son heure d’arrivée. Le centre Romain Rolland est ainsi le seul centre parisien à offrir un repas chaud toute la nuit. Dès 6h30, et jusqu’à 10h30 selon la demande, des animateurs accompagnent le réveil des personnes. Un agent de restauration offre un petit-déjeuner. Un médecin est présent chaque matin, ainsi que des travailleurs sociaux, qui proposent information, orientation et ouvertures de droits (AME, CMU…).

Pour avoir accès à un hébergement continu, les personnes doivent en formuler la demande. Le nombre réduit de places implique de sélectionner les personnes en fonction de leur capacité à se construire un parcours vers l’autonomie, et ainsi envisager une sortie vers un logement adapté ou individuel. Chaque personne hébergée s’engage à travers un contrat de séjour à accepter un suivi psycho-social, à respecter les équipes, le lieu et la tranquillité du quartier, et à participer à certaines activités.

CHU Femmes Jean Rostand

Situé sur le site de Jean Rostand à Ivry-sur-Seine, le CHU Femmes est un centre d’hébergement de 52 places fonctionnant 24h/24. Comme pour tout CHU, les femmes y sont accueillies pour une ou plusieurs nuits après demande faite au 115, via le SIAO UP, ou accompagnées par les équipes mobiles d’aide de nuit. Elles bénéficient dans le centre d’un lit, d’un espace hygiène et de repas. Des consultations sociales et médicales sont proposées chaque matin.

 

Les travailleurs sociaux du centre orientent les femmes dans le quotidien, mais la majorité des demandes sont d’abord d’ordre administratif, car la plupart des femmes sont des migrantes, entravées dans leurs démarches par des problèmes de régularisation de leur séjour en France. Les femmes qui connaissent l’errance depuis longtemps sont de moins en moins nombreuses sur le centre.

Témoignages de femmes accueillies au CHU Romain Rolland

Sara

Ca fait plus d’une semaine que je suis ici. J’ai été orientée par le SIAO. Le centre est tout beau, tout neuf, j’apprécie beaucoup la cour, le jardin, les salles de vie commune. Bientôt on aura une salle télé uniquement pour les femmes, et la séparation c’est appréciable, ça permet des moments d’intimité.

J’ai une chambre seule, sur le jardin, l’équipe est très accueillante, la cuisine est bien.

 

Où étiez-vous avant ?
Dans un centre hivernal. Ici tout se passe bien, on est poli avec les autres. Les amis par contre je ne crois pas qu’on puisse s’en faire. On discute un peu mais chacun est avec ses problèmes. On discute un peu, mais les femmes par contre on ne se voit presque pas. Peut-être qu’elles ont d’autres obligations. Chacun gère sa vie, le but c’est de s’en sortir, et quand on n’a pas à se demander chaque jour où on va dormir, ça donne le temps de chercher des solutions. On n’a pas la pression de la rue. A partir du moment où on n’appelle plus le 115, une bonne partie du stress est évacuée.

Quand on est débarrassée de l’incertitude du soir on a le temps de s’occuper de soi, de sa santé, de ne pas rater ses rendez-vous médicaux, parce que des rendez-vous médicaux moi j’en ai beaucoup. C’est très bien qu’il y ait un docteur ici, et puis un défibrillateur. Je suis un peu hypocondriaque. J’ai mes angoisses mais je m’habitue, je gère.
Ce que j’aimerais c’est un jour pouvoir visiter le centre où on appelle. Au 115 y’a de l’écoute, de la gentillesse. Moi quand je prends l’appareil je pleure. C’est automatique. Je suis très attachée au 115, c’est comme la famille. On les appelle on sait qu’ils sont là, avec de l’écoute.

 

Solange

Je suis à l’unité de vie. Ca me plaît bien ici, je suis tranquille. Avant j’allais à Jean Rostand. Je faisais une nuit, parfois 3 nuits, parfois une semaine. Maintenant ça va, je suis en formation avec « Europe s’engage ». J’ai demandé la restauration et l’accueil.

Je suis dans une situation difficile à Paris depuis 2 ans. Je prie pour les travailleurs du 115. C’est un jeu de chance avec le 115. C’est difficile mais on n’a pas le choix. Des fois tu peux appeler le 115 jusqu’à minuit. Des fois on appelle à 06h30, on te dit de rappeler à 09h, puis à 18h, puis à 22h, 23h, la pluie commence à tomber, tu vas rester où ? C’est à ce moment que de mauvaises idées viennent dans ma tête.

Il fait froid dehors, on risque d’être violée. Quand tu es une femme et que tu passes la nuit dehors tu te caches dans un coin. A l’arrêt du bus par exemple. Les gares, les parcs ça ferme vers minuit 2 heures.

Le matin je quittais l’arrêt du bus et j’allais à la formation. C’est difficile. Les médicaments me donnent le tournis et je ne savais pas où me reposer. Depuis que je suis ici c’est la joie. Quand j’étais à Jean Rostand les assistantes sociales appelaient le SIAO mais il n’y avait pas de place.

Ici ma tête est reposée, dehors ma tête est trouble.

 

Fatima, de la rue au CHU Romain Rolland

Fatima est arrivée en France il y a 5 mois, en février. Elle a quitté le Maroc avec quelques économies, mais à 50 € la nuit d’hôtel elle n’a pas pu tenir plus d’un mois.

 

Un ami qu’elle connaissait surtout pour s’être entretenue par téléphone avant de venir à Paris l’a laissée dormir un temps chez lui, à même le sol dans son petit studio, mais au bout d’un moment la promiscuité et les situations pénibles de dépendance ont leurs limites. L’ami lui a demandé de partir en lui donnant les clés d’une petite fourgonnette qu’il tenait garée dans une ruelle de Montreuil. Fatima attendait que la nuit soit parfaitement calme pour se glisser dans le véhicule. A 3 heures du matin elle s’installait pour aller dormir, emmitouflée de telle sorte qu’aucun passant tardif ne puisse deviner une forme féminine en regardant par la vitre du véhicule. Et puis un jour la police est venue emmener la fourgonnette mal garée à la fourrière. La solution fragile que Fatima avait bricolée pour échapper au bitume s’est évanouie. Dans un marché de Montreuil, une compatriote bienveillante lui a conseillé d’appeler le 115.

Il y a trois mois, Fatima appelle le 115. Pendant un certain temps, Fatima a tourné sur les différents centres d’hébergement d’urgence du 115 : Mouzaia, la caserne de Reuilly, Blanche, Jean Rostand, tous ces endroits étaient assez décents pour y dormir. Mouzaia et Jean Rostand surtout. Le personnel des différents centres l’a toujours bien accueillie, lui montrant systématiquement où manger, l’orientant pour ses démarches, lui proposant de rencontrer le matin un travailleur social. Chaque matin Fatima appelait à 6h, et au bout d’un mois elle a compris le fonctionnement : appeler le matin vers 6h30, puis le soir à 18h50 pour avoir quelqu’un à 19h15, et parfois rappeler à 22h quand rien n’était disponible 2 heures plus tôt.  Il est arrivé qu’il n’y ait pas de place au 115, notamment après ce passage par l’hôtel à la suite duquel elle a passé trois nuits dehors. Ces nuits-là, Fatima les a passées dans les couloirs des urgences des hôpitaux, chassée de l’un pour tenter sa chance dans un autre.

 

Depuis une dizaine de jours la vie est plus facile pour elle, car avec l’ouverture du centre Romain Rolland elle a tous les soirs une place pour y dormir, et souvent même dans des chambres simples. Récemment elle a eu un entretien avec l’assistante sociale du centre pour se stabiliser sur la structure, et depuis elle croise les doigts en attendant de savoir ce qu’on a décidé pour elle.

 

Titulaire d’un DEA en droit algérien, elle cherche à s’inscrire en licence à Paris pour acquérir un diplôme français et se spécialiser dans le droit des immigrés. Ici Fatima n’a aucune ressource. De temps en temps elle participe à un test consommateurs et ressort avec un chèque cadeau. Elle a tenté de faire quelques ménages, s’est présentée à des entretiens pour s’entendre formuler des propositions indécentes, et quand elle a pu travailler, elle n’a pas toujours été payée. Comme beaucoup, Fatima est venue en France en imaginant trouver le paradis.

 

Voir aussi: 
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CHU sans-abri

Il consiste à offrir à toute personne sans domicile un accueil, un lit, un repas, la possibilité de se laver, et de rencontrer un médecin et un travailleur social pour une orientation vers des structures adaptées.

Témoignages de personnes hébergées

Organisée grâce à Uniqlo, une boutique éphémère a permis à un groupe de femmes hébergées en centre de bénéficier de conseil en image, et de vêtements.