Pourquoi une équipe mobile ?

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Pourquoi une équipe mobile ?

Créée en 2000 pour lutter contre les échecs thérapeutiques auprès des publics en grande précarité, l’équipe mobile de lutte contre la tuberculose a pour objectif de coordonner la prise des en charge de ces publics tout au long de leur traitement : suivi des traitements, accompagnement aux consultations, préparation des piluliers pour les personnes à la rue, recherche de lieux d’hébergement adoptés. Ses missions se sont aujourd’hui élargies à la sensibilisation et à la participation aux séances de dépistage dans les centres d’hébergement d’urgence en partenariat avec les CLAT départementaux, la formation des partenaires intervenant auprès des publics en situation de précarité, et l’accompagnement social destiné à favoriser la mise en place de dynamiques de sortie de rue en fin de traitement.

Lutter contre la tuberculose en Ile-de-France

Comme dans les autres grandes villes européennes,  Paris et sa région affichent des taux d’incidence de la tuberculose plus élevés que ceux observés sur le reste du territoire national, avec une concentration des cas à l'Est et au Nord de Paris. En 2010, le nombre de cas de tuberculose déclarés en Ile-de-France était de 15,8 pour 100 000 habitants, soit le double de celui observé en France. Cette situation peut s'expliquer par la présence d'une population plus cosmopolite et par une précarité économique et sociale plus marquéeInscrit dans le plan régional de santé publique d’Ile-de-France, un programme de lutte contre la tuberculose a été mis en œuvre avec pour cible les publics les plus à risque dont les personnes en situation de précarité.

Qu’est-ce que le DOT ?

La tuberculose pulmonaire se transmet en crachant, en toussant, et en éternuant. Moins contagieuse que des maladies comme la grippe, la tuberculose se transmet généralement par des contacts prolongés en milieu confiné, comme lors d’une cohabitation dans un même logement. Après avoir été exposées au bacille de la tuberculose, un certain nombre de personnes vont être infectées (c’est la primo infection latente ou ITL). Environ 10% développeront la maladie.Non traitée, la tuberculose peut être mortelle. Mais des traitements efficaces existent, qui nécessitent un suivi jusqu’à leur terme. Les traitements non ou mal suivis induisent l’apparition de résistances aux médicaments antituberculeux. Les populations sans domicile rencontrant souvent des difficultés d’observance des traitements, il est ainsi primordial de pouvoir les accompagner dans la prise de leurs traitements : c’est ce que l’on nomme le DOT (Directly observed treatment) : traitement sous contrôle de la vue.

 

290 personnes sans-domicile suivies

En 2013, l’équipe mobile de lutte contre la tuberculose du Samusocial de Paris a suivi 290 personnes. Parmi les populations auprès desquelles elle intervient, quatre catégories se dessinent :

- les grands exclus, pour lesquels l’observance des traitements est problématique du fait d’une consommation de substances psychoactives (alcool et autres drogues), de troubles psychiques, et de conditions de vie précaires (vie en squats, dans la rue, absence d’ouverture de droits…) ;

- les personnes ayant des tuberculoses complexes ou résistantes, devant suivre des traitements lourds d’une durée supérieure à 18 mois, et  pour lesquelles le pronostic vital est engagé. Absence d’hébergement et problèmes de toxicomanie, combinés à des difficultés à vivre en collectivité, rendent la prise en charge particulièrement complexe.

- les personnes n’ayant pas de parcours de rue, mais exclues par leur famille ou leurs proches du fait de leur infection, et pour qui la cohabitation avec des publics sans-abris s’avère difficile. Fréquentes, les atteintes extra-pulmonaires nécessitent chez ces personnes des traitements d’une durée supérieure à un an.

- quelques personnes sans-domicile, pendant et après leur incarcération.

Prendre en charge les tuberculoses résistantes

Les tuberculoses résistantes représentent en moyenne 0,7% des cas de tuberculose en France. Avec 17% de cas, celles-ci sont surreprésentées parmi les personnes suivies par l’EMLT. Les personnes présentant des cas de tuberculose résistante sont très majoritairement originaires d’Europe de l’Est, généralement non connues du Samuscial de Paris avant leur prise en charge, et sans couverture sociale au moment de celle-ci pour 77% d’entre elles (23% ont une AME). Les prises en charge se révèlent complexes tant du fait du traitement (traitement lourd, 18 à 24 mois) que de problèmes associés (culturels, addictifs, comportementaux). Depuis 2012, une population originaire de Géorgie avec co-infection par le VHC et tuberculose résistante est surreprésentée, laissant suspecter une filière de soins.

Reportage : l’accompagnement de sortant de prison

Anne se rend cet après-midi à la maison d’arrêt de Fresnes. Elle a rendez-vous au parloir avec Marc, incarcéré depuis trois mois et pour lequel un diagnostic de tuberculose a été posé lors de la visite médicale d’entrée. Condamné à une courte peine de quatre mois, Marc n’aura pas fini son traitement lorsqu’il sortira. Il se retrouvera comme avant son incarcération livré à la rue, avec un risque de rupture du suivi thérapeutique. C’est la raison pour laquelle le médecin responsable de la prison de Fresnes a contacté l’équipe mobile de lutte contre la tuberculose du Samusocial de Paris. Comme pour les quatre autres personnes qu’elle suit dans cette maison d’arrêt, l’objectif est dans un premier temps de créer un lien, et de faire comprendre l’importance du suivi du traitement. Anne en est à son deuxième rendez-vous. Le contact est plutôt bon. Marc avoue n’avoir pas d’autre visite au parloir. Et il se révèle sensible à l’importance de suivre son traitement. Il a compris qu’une interruption pourrait entraîner une rechute, et le développement de résistances mettre en péril la capacité des traitements à le guérir. Marc s’est d’ores et déjà engagé à l’appeler une fois dehors. Entre temps, Anne tentera de trouver un lieu d’accueil. L’équipe mobile de lutte contre la tuberculose a noué pour cela plusieurs partenariats avec des associations d’insertion pour les sortants de prison. Elle travaille aussi avec l’assistante sociale de la maison d’arrêt.