Qu’est-ce que le BEEP ?

f0950c
Bus enfants parents
Qu’est-ce que le BEEP ?

Pour répondre aux besoins croissants d’hébergement des familles, le Samusocial de Paris est depuis plusieurs années contraint d’étendre ses réservations au parc hôtelier de la grande couronne. Isolement, difficultés d’accès au système de soins, tissu associatif moins dense pour ne pas dire parfois inexistant sont alors la cause de difficultés nouvelles. C’est pour aller à la rencontre de ces familles, connaître leurs besoins et les orienter, que le Samusocial de Paris a décidé, fin 2013, en faisant appel à des fonds privés, de tester la mise en place d’un Bus Espace Enfants Parents (BEEP).

Reportage : à la rencontre des familles éloignées

Il est 10 heures lorsqu’André, chauffeur accueillant social, ouvre les portes du Bus Espace Enfants Parents (BEEP), installé sur le parking de l’hôtel Balladins de Chelles.

 

A l’intérieur, l’équipe vient de terminer  la préparation des espaces de convivialité. Les livres pour enfants sont rangés dans la bibliothèque, les crayons de couleur et feuilles blanches disposés sur les petites tables et quelques jouets sortis du bac. Luce, coordinatrice médico-psycho-sociale, Cécile, médiatrice  accueillante sociale, et Jennifer, infirmière, échangent sur le listing de familles hébergées dans cet hôtel par le 115 de Paris et le 115 du 77, lorsqu’une première femme se présente. André l’accueille, lui demande son nom et prénom, et s’enquiert de ses besoins. Dominique ne sait pas vraiment. On lui a parlé d’un bus du Samusocial de Paris, elle s’est dit que peut-être quelqu’un pourrait l’aider.

Depuis janvier 2014, l’équipe du BEEP sillonne les villes de Seine-et-Marne et s’installe pour deux jours à quatre jours à proximité des hôtels dans lesquels sont hébergées des familles, et parfois quelques personnes seules. Son objectif : proposer un accueil permettant de s’entretenir avec les familles, établir un diagnostic sanitaire et social, évaluer leurs besoins et les orienter vers des structures adaptées à leur demande, de préférence proches du lieu d’hébergement.

Andréa, par exemple, qui arrivera quelques heures plus tard ce jour-là, interrogera plusieurs fois la médiatrice accueillante sociale sur la possibilité d’obtenir des tickets de transport. Hébergée depuis quatre mois à Chelles, elle se rend plusieurs fois par semaine à Saint-Cloud, là où elle habitait avant son accouchement, hébergée chez sa sœur. Elle avait tissé là un réseau d’entraide et des liens avec les structures sociales et associations. Dans le 77, elle ne connaît personne et préfère donc retourner où elle a ses repères. « De nombreuses personnes arrivent avec des demandes sous-jacentes, observe Cécile. C’est au fil de la conversation que les véritables besoins apparaissent ». Les équipes du BEEP se donnent le temps de discuter avec les personnes, de retracer leur parcours, les informer, et faire émerger des demandes. Certains entrent ainsi dans des démarches ou simplement parfois les réactives après les avoir abandonnées suite à de multiples entraves administratives. « Lorsqu’une personne qui maîtrise mal la langue se trouve mal accueillie par un service, et laissée sans information, elle abandonne en pensant qu’elle n’a aucun droit, observe Luce. Dans le bus, nous accueillons de manière bienveillante et redonnons parfois le courage aux personnes d’ouvrir des droits auxquels elles avaient renoncés ».

Le travail du BEEP est ensuite d’orienter vers un réseau d’acteurs. Il peut assister les familles pour la constitution de dossiers de demandes administratives, appeler certains interlocuteurs pour prendre rendez-vous, débloquer une situation, ou encore signaler des familles à un opérateur régional chargé de favoriser le suivi social des familles. Ce sera le cas pour Andréa, pour qui il apparaît qu’un hébergement à proximité de la ville où elle a ses marques est nécessaire.

En  parallèle du travail social, Jennifer, l’infirmière,vérifie si la famille a accès à un suivi médical et l'oriente si ce n'est pas le cas. Elle prodigue quelques conseils d’hygiène, notamment bucco-dentaire, rappelle l’importance du suivi vaccinal, et réalise un test d'hémoglobine afin de vérifier l’absence d’anémie chez les enfants. Un médecin, présent un jour donné, généralement le mercredi afin de pouvoir voir les enfants scolarisés, permet d’offrir des consultations.

Présent sur plusieurs jours, le bus voit généralement son activité s’amplifier le deuxième ou troisième jour. D’une part parce que le bouche à oreille fonctionne, et permet à des familles restées timides d’oser venir. Mais aussi parce que certaines y reviennent. Parfois pour consulter le médecin, parfois avec de nouvelles demandes. Preuve, si nécessaire, de leur besoin de contact, d’information et d’espoir.

Premier bilan positif pour le BEEP

« Ce bus est vraiment une bonne idée, témoigne un gérant d’hôtel, certaines familles sont dans la misère et vivent ici loin de tout. »

 

Après quelques mois de mise en place, le BEEP semble satisfaire tant les familles que les hôteliers. Jusqu’ici 40% des familles présentes sur les sites visités se sont présentées aux équipes du bus, une fréquentation qui n’a cessé de s’améliorer depuis ses premières visites. La plupart des consultations infirmière se révèlent être à visée généraliste : épidémies saisonnières, rhinites, céphalées, etc. Toutefois, elles sont l’occasion de constater de nombreux problèmes d’hygiène bucco-dentaire, qui conduisent l’infirmière à prodiguer des conseils de prévention, à remettre des dépliants d’information, ainsi que des brosses à dents. L’infirmière réalise également systématiquement un test HémoCue destiné à vérifier l’absence d’anémie chez les enfants, voire chez les adultes. Présent un jour par semaine, un médecin permet l’accès à une consultation médicale, en priorité pour les personnes ne disposant d’aucune couverture maladie.

La médiatrice accueillante sociale fait face pour sa part principalement à des demandes de démarches de régularisation, allant de pair avec un souhait de suivi social. Parmi les autres questions abordées, se trouvent également les questions d’accès à un logement ou à d’autres modalités d’hébergement, et les questions ayant trait à la couverture médicale. La médiatrice accueillante sociale informe les familles sur les dispositifs d’aide et les oriente vers un réseau d’acteurs avec lequel il agit de concert. Elle assiste également les familles pour la constitution de leurs dossiers, appelle en cas de besoin les interlocuteurs sociaux ou administratifs.  « Aider les personnes à rassembler toutes les pièces de leur dossier, et à bien remplir les formulaires permet de leur éviter des aller-retour inutiles et qui découragent », observe-t-elle. Après avoir sillonné les villes de Seine-et-Marne, le BEEP poursuit son aventure depuis juillet 2014 dans le département de l’Essonne.

Le BEEP en image

A l'occasion de son inauguration, la Fondation ENGIE, partenaire du BEEP, a réalisé un film sur l'équipe et les missions du Bus Espace Enfants Parents.

 

Voir aussi: 
859a44
hôtel social

Chaque soir, environ 8500 familles, avec plus de 13 200 enfants mineurs, sont hébergées par le Samusocial de Paris.

A la suite de l'étude ENFAMS menée par l'Observatoire du Samusocial de Paris, le Samusocial de Paris réclame une réforme de l'hébergement d'urgence des familles