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Portraits métier :

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Portraits métier :

Nicole (en photo) et Laetitia, aides-soignantes à l’ESI, nous racontent leur quotidien.

"L'idée, c'est de montrer d'abord qu'on s'écoute"

Comment se sont passés les débuts ?

Nicole : J’ai pris mon poste à l’ESI (Espace Solidarité Insertion) en janvier 2016, je suis ici notamment pour faire les douches médicales. La première douche que j’ai donnée a été source de beaucoup d’émotions. C’était une femme remplie de parasites, son corps en était rongé. Elle était orientée pour une douche par l’association Aux Captifs, c’était une dame toxicomane séropositive, assez jeune. Elle vivait dans la rue et avait perdu nombre de repères. J’ai entamé de grosses négociations pour qu’elle accepte la douche. Pour la convaincre j’ai pris exemple sur moi, toute femme a sa part de coquetterie. J’ai su la faire rire, elle s’est sentie à l’aise, je lui ai expliqué que j’avais besoin de faire mon travail. Après la douche, elle s’est sentie une autre personne, et c’était une joie malgré toute la douleur de ce moment.

 

Comment abordez-vous le sujet de l’hygiène avec les personnes très sales ?

Laetitia : On ne peut pas l’aborder frontalement quand les personnes arrivent dans de tels états. Je commence par me présenter, en indiquant ma fonction mais en étant habillée en civil et non avec la blouse blanche, je demande aux personnes si elles sont venues d’elles-mêmes, quelles sont leurs attentes, je propose un café, puis je commence à faire un point sur la santé globale avant de resserrer franchement sur l’hygiène. L’idée, c’est de montrer d’abord qu’on s’écoute.

 

Avez-vous souvent des femmes ?

Laetitia : Très rarement. Avec les femmes très précarisées c’est plus compliqué. Elles sont souvent plus méfiantes, plus pudiques, et elles ont plus de difficultés à se séparer de leurs affaires.

 

En quoi consiste votre travail en dehors des douches médicales ?

Nicole : Nous faisons chaque mardi matin une maraude au Bois avec l’UASA (Unité d’Assistance aux Sans-Abri de la Ville de Paris). Le Bois c’est un autre monde, nous allons voir des personnes qui ne viennent pas à l’ESI. Ici nous sommes mobiles : soignante, animatrice, la journée est remplie de belles choses, je prends plaisir à venir au travail. Mon quotidien c’est toutes ces rencontres, et ce que je vais pouvoir leur apporter chaque jour.

 

Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Nicole : Nous voyons trop souvent les mêmes personnes, les personnes s’habituent à nous et à venir ici, mais le but est de créer un lien pour les accompagner, pas de les tenir captifs. J’aimerais aussi qu’il y ait plus d’ateliers, par exemple couture, cuisine, bijoux, pour les femmes et des ateliers mixtes, et plus de séjours tout au long de l’année, pour mieux faire connaissance et voir les gens en dehors du site.