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Chaque jour, 3 femmes seules sur 4 qui appellent le 115 de Paris ne trouvent pas de place d’hébergement.
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Les Lits Halte Soins Santé

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soins sans-abri
Les Lits Halte Soins Santé

Peu connus, les Lits Halte Soins Santé (LHSS) ont été créés dès l’origine du Samusocial de Paris en 1993. Ils sont aujourd’hui 170, répartis dans 6 centres. Ouverts à titre expérimental, ils ont été pérennisés par décret le 17 mai 2006 et homologués « structure médico-sociale ». Les LHSS hébergent à temps complet et de manière inconditionnelle pour une durée limitée à deux mois renouvelables.

Un relais indispensable aux soins hospitaliers

Les lits halte soins santé accueillent, de jour comme de nuit des personnes sans domicile ayant une pathologie aigüe, sur orientation des hôpitaux via le 115 le jour, ou sur orientation des équipes mobiles (jour et nuit).

 

Ils hébergent à temps complet et de manière inconditionnelle pour une durée limitée à deux mois renouvelables. Les lits halte soins santé ont vocation à remplacer le domicile ou, dans certains cas, un centre de convalescence. Ils sont, en tout état de cause, des lieux où l’on se pose et qui permettent de traiter, en parallèle de l’urgence médicale, l’urgence sociale : mise à jour des papiers d’identité, ouverture de droits, recherche de solutions d’hébergement voire de logement…. 

Dans ces centres, la prise en charge se déploie en effet autour du souci d’améliorer l’état général du patient. Les équipes médicales et soignantes se composent d’un médecin référent, d’infirmier(e)s, d’aides soignant(e)s et d’auxiliaires de vie présents 24h/24. Les soins dits techniques pratiqués constituent souvent une première étape à une prise en charge globale. Ils favorisent les interactions entre les personnes hébergées et le personnel soignant, créent du lien, installent une forme de confiance qui fait souvent défaut, et participent à reconstruire une attention à soi, à sa santé et à son corps.

A cette prise en charge par le personnel médical et soignant, vient s’adjoindre une prise en charge sociale, ainsi qu’une attention globale par les personnels non spécialisés. Des animateurs viennent également proposer des activités qui permettent aux personnes hébergées non seulement de s’occuper, mais surtout de réapprendre à concentrer leur attention, redonner confiance en ses capacités, et retrouver une estime de soi. Chaque acteur d’un LHSS est ainsi impliqué dans le processus de prise en charge.

Syndrome de Korsakov en croissance

Parmi les personnes accueillies en LHSS et LAM ont émergé de nombreux besoins de prise en charge des conséquences neurologiques et physiques d’un alcoolisme massif. Sur un échantillon de 177 personnes 55% ont un comportement addictif à l’alcool et 33% des séquelles neurologiques et/ou physiques. 7 personnes sont diagnostiquées comme ayant une démence liée à l’alcoolisme et 8 ont un syndrome de Korsakoff diagnostiqué.

Les personnes atteintes du syndrome de Korsakoff finissent pas perdre toute autonomie et repères spatio-temporels. Elles connaissent une altération de la personnalité, des réactions d’agressivité corrélatives et des gestes incontrôlés, et font fréquemment des fugues. Le personnel du dispositif est mis en difficulté par ces situations très complexes à gérer, pour lesquelles il peut difficilement offrir le temps et la qualité de soins nécessaires. Beaucoup ont par ailleurs une situation sociale bloquée, qui ne permet pas d’orientation en FAM, EPHAD ou autre.

(re)prendre soin : les apports de la socio-esthétique

Sandrine est esthéticienne depuis huit ans. Mais ses compétences, elle a décidé de les mettre au service d’un public fort éloigné des instituts de beauté. « Parallèlement à mon activité libérale, j’effectuais bénévolement des soins dans une association d’insertion, témoigne Sandrine. J’ai donc naturellement décidé de me former à  la socio-esthétique ».

 

Des participants assidus

C’est dans le cadre de sa formation au CODES (Cours d’esthétique à option humanitaire et sociale) de Tours, que Sandrine a choisi de venir en stage au LHSS Saint-Michel. Après une première stagiaire accueillie en 2013, deux stagiaires ont précédé Sandrine cette année. Et la Direction des soins entend bien poursuivre l’expérience, voire la développer dans les autres lits halte soins santé du Samusocial de Paris. « Les ateliers de socio-esthétique ont un réel succès auprès des personnes accueillies », se félicite Marielle Pain. « Il y a souvent d’abord une forme d’appréhension, observe Sandrine. Il faut aller à la rencontre des personnes et convaincre. Mais une fois les premières hésitations levées, les personnes sont demandeuses ». Ceux qui avaient déjà participé à ce type d’ateliers se sont ainsi immédiatement réinscrits.

Les précédents ateliers étaient participatifs, et axés sur l’utilisation de produits du quotidien, comme le gommage à la tomate, ou le soin des mains à la verveine : une manière ludique de réapprendre à se toucher et prendre soin soi-même de son corps. Sandrine, elle, a choisi de proposer des soins. « Beaucoup  de personnes m’ont paru avoir besoin d’une attention individuelle », indique-t-elle. Modelages du dos pour les hommes, manucure et maquillage pour les femmes. Au total, 20 personnes, sur 30 accueillies au LHSS Saint-Michel, ont participé durant ses quinze jours de stage. Certains jusqu’à huit fois, sans doute pour profiter de soins qu’ils ne sont pas sûr de retrouver par la suite.

 

Le soin, un prétexte à la parole

Les ateliers de socio-esthétique s’inscrivent dans des projets de prise en charge pluridisciplinaires de personnes malades, fragilisées par une atteinte à leur intégrité physique, en situation de détresse sociale ou en souffrance psychique. Au-delà du bien-être physique et mental qu’apporte la socio-esthétique, celle-ci représente un moyen de créer une autre forme de dialogue avec la personne. « Le toucher fait parfois remonter des émotions, rappelle Sandrine. Et les personnes se confient ». La socio-esthétique permet ainsi une meilleure compréhension de la  personne, de ses blocages, et participe pleinement à l’amélioration de sa prise en charge.  « Mon intégration dans l’équipe, indique Sandrine, particulièrement lors des points d’échange sur les situations des personnes et les problèmes rencontrés, m’a conforté dans mon projet. Les structures sociales manquent de budget pour pérenniser ce type d’activité. Les bénéfices sont pourtant réels ». En attendant, Sandrine compte exercer son activité en libéral. « A la campagne, beaucoup de personnes se retrouvent seules lorsqu’elles sortent d’une hospitalisation », conclut Sandrine.

Interview : Vincent Blondel, directeur des soins

Quelle est la vocation des LHSS ?  

V. B. : Leur vocation est de prendre en charge les personnes sans domicile ayant une pathologie aigue. Les usagers sont adressés 7jours/7 par les hôpitaux en journée, et par les maraudes du SSP la nuit. Toutes les admissions sont validées en amont par le médecin d’astreinte.

Nos équipes sont composées d’un cadre infirmier et d’une assistante sociale du lundi au vendredi,  infirmier/aide soignant/auxiliaire de vie 24h/24h, animateur, agent restauration et entretien… Tout le monde travaille ensemble dans l’intérêt des personnes hébergées.

Les lits infirmiers permettent également à certains patients atteints de maladie chronique de stabiliser leur état lorsqu’ils sont en période de crise, parfois d’éduquer à bien observer les traitements. Le problème est qu’à l’issue de cette prise en charge, il est difficile de trouver des solutions de sortie pour les personnes, qui se retrouvent trop souvent remises à la rue.

Comment faites-vous alors pour concilier travail d’urgence et démarche de soin ?

V. B. : Il arrive de prolonger les prises en charge au-delà des besoins médicaux lorsque les personnes sont trop âgées pour pouvoir retourner à la rue, ou en attente d’un élément déclencheur à même de débloquer leur situation administrative et de permettre de les accompagner sur le droit commun.

Et si les patients sont réticents à la prise en charge, vous avez des relais ?

V. B. : Lorsque certains patients ne sont pas compliants au soin et supportent mal la vie en collectivité, le LHSS de Saint Michel utilise parfois le relais de l’ESI pour mettre en place un suivi et maintenir un lien. Il arrive aussi qu’on tente un transfert sur une autre structure LHSS pour leur permettre de se sentir mieux. En 2013, les 5 LHSS ont été équipés des mêmes moyens et des mêmes budgets, harmonisés dans leur mode de fonctionnement et leurs horaires, pour permettre aux personnes accueillies de trouver des repères similaires d’un centre à l’autre.

Témoignages de personnes accueillies au LHSS Saint Michel

Mr Mouria

Vous êtes au LHSS Saint Michel depuis longtemps ?

Mr M : Plus d’un an. J’ai été à l’hôpital, puis aux lits infirmiers de Ridder, puis de nouveau à l’hôpital et ici.

Vous êtes sans hébergement depuis longtemps ?
Mr M : Oui, plusieurs années, depuis le début de l’année 1985, mais je n’ai jamais mis les pieds dans un centre d’hébergement d’urgence, j’ai toujours dormi dehors.

Vous sortez d’ici parfois pendant la journée ?
Mr M : Juste quand j’ai besoin de cigarettes, et très rarement pour une démarche, mais en fait des démarches je n’en fais pas. Sinon je ne sors pas, je ne connais personne ici.

 

Mr Pernot

Vous êtes sans hébergement depuis longtemps ?
Mr P : J’ai perdu mon appartement en 1989 pour dettes de loyer, j’ai un problème d’alcool, tout ce que je gagnais je le dépensais dans l’alcool. Je travaillais pour une radio locale, j’allais dans les clubs avec mes baguettes de batterie. Un jour les huissiers sont arrivés chez moi, ils m’ont tout pris, tout mon matériel de musique.

Vous avez essayé de faire des cures ?
Mr P : J’en ai fait cinq. Aujourd’hui je suis dans un fauteuil roulant, je peux me lever mais j’ai du mal à marcher, j’ai les pieds bouffés par l’alcool, le cerveau aussi est touché, je fais un peu de kiné pour réapprendre à marcher.

 

Mme Sangare

Comment avez-vous été orientée ici ?
Mme S : Je suis arrivée fin septembre, j’étais à l’hôpital de Nanterre, ma tension était montée jusqu’à 18. Avant j’étais à Jean Rostand, puis j’ai perdu ma place à cause de l’hospitalisation, ils n’ont pas gardé mes affaires non plus. Quand je suis sortie de l’hôpital j’ai passé un peu temps dehors, puis dans un squat avec d’autres personnes, et quand j’ai dû partir du squat je suis allée au commissariat du 13ème, je ne vois rien d’un œil à cause de la cataracte, une équipe de maraude est venue me chercher et m’a emmenée dans un centre d’hébergement d’urgence, et comme il n’y avait pas de médecin il m’ont amenée là. Je vais rester jusqu’à mon opération de la cataracte qui est prévue le 03 décembre, après je ne sais pas.

Vous êtes en situation difficile depuis longtemps ?
Mme S : Je suis à Paris depuis 2012. Je viens du sud, avant j’étais à Carcassonne, mais je suis une femme battue, mon copain m’a cassé le bras, aujourd’hui j’ai encore beaucoup de mal à le plier dans certaines positions.
Je suis restée un an dans une maison de repos, on m’a envoyé dans une autre ville pour que je fuie la violence de mon ex-compagnon.
Ici à mon arrivée je me suis cassée le pied.

Où avez-vous avez dormi à votre arrivée à Paris ?
Mme S : D’abord avec des compatriotes soudanais, puis chez des amis à Nanterre. Je ne sais pas que je devrai sortir d’ici. Je ne travaille pas, j’ai seulement le RSA, et je n’ai pas de famille ici.

Voir aussi: 
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Soins SDF

Pérennisés en 2012 à la suite d’une expérience de deux ans, les lits d’accueil médicalisés sont destinés à la prise en charge de toute personne à la rue présentant des pathologies lourdes la privant d’autonomie.