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Qu’est-ce que l’hébergement d’urgence ?

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CHU sans-abri
Qu’est-ce que l’hébergement d’urgence ?

Il consiste à offrir à toute personne sans domicile un accueil, un lit, un repas, la possibilité de se laver, et de rencontrer un médecin et un travailleur social pour une orientation vers des structures adaptées. Pour ce faire, les centres d’hébergement d’urgence développent des relations avec les lieux d’accueil de jour, les établissements de santé, les services d’urgence psychiatrique, les structures d’hébergement du département et les structures d’accompagnement social.

Le CHU Romain Rolland

Le centre Romain Rolland est un centre d’hébergement d’un nouveau type qui permet dans un même lieu d’accueillir pour la nuit des personnes en urgence et de proposer une prise en charge prolongée.

 

Ouvert en juin 2014, le centre dispose de 99 places : 49 places pour la partie hébergement d’urgence, et 44 places pour l'hébergement continu. L'hébergement d'urgence propose des chambres simples ou doubles, avec un espace hygiène comprenant deux douches ouvertes 24h/24. Ouvert toute la nuit, il permet de mettre en sécurité les personnes, hommes et femmes, éventuellement avec chiens. L’hébergement continu propose uniquement des chambres individuelles, avec douches et toilettes individuelles ou collectives.

Conçu spécialement pour accueillir les publics en situation de grande précarité, le lieu dispose d’aménagements facilitant la prise en charge, dans le respect des normes d’accessibilité des personnes à mobilité réduite. La qualité du lieu témoigne d’une véritable volonté d’accueillir dignement les personnes. En écho, y répond la qualité de l’accompagnement, assurée par une équipe professionnelle et conviviale. La salle de restauration reste ouverte jusqu’à 4 heures, permettant à toute personne hébergée de se restaurer quelle que soit son heure d’arrivée. Le centre Romain Rolland est ainsi le seul centre parisien à offrir un repas chaud toute la nuit. Dès 6h30, et jusqu’à 10h30 selon la demande, des animateurs accompagnent les personnes à leur réveil. Un agent de restauration offre un petit-déjeuner. Un médecin est présent chaque matin, ainsi que des travailleurs sociaux, qui proposent information, orientation et ouvertures de droits (AME, CMU…).

Pour avoir accès à un hébergement continu, les personnes doivent en formuler la demande. Le nombre réduit de places implique de sélectionner les personnes en fonction de leur capacité à se construire un parcours vers l’autonomie, et ainsi envisager une sortie vers un logement adapté ou individuel. Chaque personne hébergée s’engage à travers un contrat de séjour à accepter un suivi psycho-social, à respecter les équipes, le lieu et la tranquillité du quartier, et à participer à certaines activités.

24 heures au centre Romain Rolland

8H00

Alors que le soleil commence à caresser le flot continu de voitures, Cécile et Margot, animatrices au centre d’hébergement Romain Rolland, sont déjà sur le pont pour accueillir avec le sourire les lève-tôt. « La qualité d’un centre d’hébergement se mesure à son accueil, c’est essentiel pour moi. On est là pour soutenir les personnes moralement ».

Cécile, animatrice, a un mot pour tous lorsqu’elle distribue coupon repas, vêtement lavé ou en provenance du vestiaire. « Nous avons un vestiaire pour ceux qui sont arrivés avec des vêtements hors d’usage. Avec l’hiver, nous manquons cruellement de manteaux et de chaussures ».

 

8h30

Les trois travailleurs sociaux se retrouvent pour faire le point avant d’ouvrir leur bureau pour les rendez-vous pris par l’équipe durant la nuit. Mohamed, animateur de nuit, dresse un compte-rendu des événements de la nuit.

 

9H00

Margot fait un premier tour des 53 chambres occupées par des personnes hébergées pour la nuit et gratte aux portes avec douceur. « Monsieur ? Bonjour, il est 9 heures, c’était pour vous informer qu’il faut quitter la chambre à 10 heures pour le ménage. Un petit-déjeuner vous attend en bas si vous le désirez ». Les derniers arrivés, couchés vers 3 heures du matin, seront les derniers réveillés pour leur laisser le temps de se reposer. Margot ramasse les draps de papier des hébergés déjà partis, ouvre les fenêtres pour aérer.

Dans la salle de petit déjeuner, Alain, 68 ans, fait passer ses pilules avec son café au lait. Cet ancien fonctionnaire au ministère des finances souffre de diabète mais regarde avec gourmandise sa tartine beurre confiture « je me l’autorise de temps en temps … » Criblé de dettes familiales, le retraité a dû quitter son logement en janvier. « Ici je souffle un peu. J’essaie de venir au moins une fois par semaine mais ce n’est pas évident car je n’ai pas de téléphone pour appeler le 115. Je compte sur les maraudes qui passent par Ballard. Quand il n’y a pas de place, je passe la nuit aux urgences de l’hôpital Pompidou, ils me connaissent bien maintenant là-bas. »

 

10H00

Marianne, la coiffeuse arrive avec sa malette remplie de ciseaux, shampoing, sèche-cheveux et nécessaire à barbe. Dans la salle tv, les hébergés se laissent aller entre ses mains expertes, sourire aux lèvres.

 

10H45

Dans la salle de détente, autour du baby-foot où s’affrontent Mohamed, animateur et Patrick, un hébergé pour la nuit, Amel et Yves font connaissance. Yves est un habitué des lieux, il y vient « tous les trois ou quatre jours environ ». Pour Amel, c’est seulement la troisième fois. « Je suis très fatiguée » dit la jeune femme, qui se remet doucement d’une angine. Amel est auxiliaire scolaire vacataire. Hébergée pour la nuit avec son mari, celui-ci est déjà parti bien avant l’heure des premiers cafés : il fait le ménage dès 6 heures du matin au ministère de l’éducation. « Je vais aller au kiosque jeunes pour envoyer des lettres de motivation et  consulter mes mails. J’ai plusieurs entretiens cette semaine pour des vacations en tant qu’auxiliaire scolaire », précise-t-elle en se parfumant. « Ça ne me rapporte pas grand-chose, juste assez pour manger un repas chaud de temps en temps ». Yves décide de profiter encore de la chaleur et des volutes de café quelques minutes. Pas de plan pour lui, les journées à attendre sont longues.

 

11H00

Tous les hébergés pour la nuit sont sur le départ. Une autre vie, plus calme, commence pour les 46 personnes hébergées sur le long terme à Romain Rolland.

 

15H00

Atelier couture. Laetitia, ancienne couturière logée au centre, partage son savoir-faire avec les autres résidents.  Sur la table centrale, des morceaux de tissus africain et indien de toutes les couleurs se mélangent.

Arfan sourit timidement, un brin désemparé devant la pochette verte dont il a dessiné un peu maladroitement les lignes de couture. Ce professeur de faculté d’une soixantaine d’années vit à la rue depuis plus d’un an. Il est venu au cours de couture pour apprendre à réparer son unique paire de pantalon, troué à la jambe droite par des nuits passées dans les cages d’escaliers entre deux cours d’amphithéâtre.

 

16H00 

Nicole vient inspecter « sa » bibliothèque. Nicole a trié et rangé toute seule les centaines de livres accumulés au fil des collectes, dont elle garde avec amour le décompte dans ses cahiers.

 

17h30

Jean-Louis, vacataire au centre, improvise un atelier bijoux. Dans sa mallette aux milles trésors, des perles de topaze, du fil de fer doré et toutes sortes de pinces aux courbes étranges. « Tout le monde a droit à sa paire de boucles d’oreilles », rigole une femme hébergée parée de mille créations locales.

 

 

18H30

L’équipe de jour salue l’équipe de nuit. Chacun enfile son gilet bleu, et consulte la liste des hébergés inscrits pour la nuit. Un petit moment de calme avant la tempête. Tcheïta, Mathias et Valérie, sont prêts pour la nuit. Ils accueilleront les personnes envoyées par le 115, et plus tard les équipes de maraudes qui amènent chaque nuit une vingtaine de personnes. Des places leurs sont gardées pour les personnes qui en auront besoin.

Dans la salle à manger, les plateaux commencent à recouvrir les tables. C’est l’heure où les 44 personnes hébergées en continuité viennent se restaurer, avant l’arrivée des hébergés pour la nuit.

 

20H00

Brosse à dent, dentifrice, rasoir, draps en papier, pyjama, peigne … A l’accueil, Valérie distribue le nécessaire aux arrivants en prenant soin de les appeler chacun par leur nom. « Ça n’est pas un exercice facile car je suis vacataire et change souvent de centre. Mais je sais ce que ça peut faire, juste d’entendre son nom ». Valérie a découvert ce boulot après avoir été elle-même en difficulté. « J’ai été pendant deux ans à l’hôtel avec ma fille. Je veux rendre au centuple ce qu’on m’a donné. Je sais par où les gens passent. Et j’adore ce boulot ».

21h : Le vert tendre de la pelouse du stade de France éclaire faiblement la salle télé où quelques aficionados du ballon rond se sont réunis dans un silence religieux, happé par le petit écran. Dehors aussi, on parle un peu foot. Dans le jardin soigneusement entretenu par les personnes hébergées, « urgence » et « continuité » se mélangent le temps d’une cigarette pour parler de la pluie et du beau temps.

« Bonsoir, ça va mon chat ? », interroge Marie à l’arrivée d’un nouveau venu. Marie, arrivée dans le centre le 28 août 2017 grâce à son « ange gardien », Louis, un maraudeur du Samusocial de Paris a vite trouvé sa place. Tombé gravement malade, la rue a été un choc pour Marie. Elle se souvient des agressions à répétition, des longues nuits tapie derrière une statue, qui lui font monter invariablement les larmes aux yeux. « Ici, ça permet de bien se poser, c’est une étape dans ma vie. Ce n’est pas le quatre étoile mais on mange à notre faim matin, midi et soir ».

Le « chat », c’est Frédéric, à qui l’assistante sociale a annoncé qu’elle avait une bonne nouvelle. « Je pense que ça veut dire que je vais pouvoir rester en continuité ici », souffle-t-il. Pour Frédéric, être hébergé à plein temps est synonyme de remotivation « je pourrai me mettre à écrire et à faire du sport. »

 

22H00

Arrivée du premier camion de maraudes. Frédérique chauffeuse, Pauline travailleuse sociale et Anaïs infirmière descendent et ouvrent les portières arrière pour faire sortir leurs trois passagers.

A l’accueil, un arrivant explique dans un anglais approximatif qu’il est épileptique et qu’il a besoin que quelqu’un le surveille pendant qu’il prend sa douche. Après concertation, c’est Mathias qui l’accompagne dans la chambre parce qu’il parle bien anglais. Il emporte un crayon sur les conseils de l’équipe « pour le coincer entre les dents en cas de crise ». Quarante minutes plus tard, Mathias revient tout sourire, soulagé que tout se soit bien passé.  « Il était vraiment heureux de prendre une douche, ça se voyait, il a passé 35 minutes sous l’eau, et puis il a pris le temps de bien se peigner devant la glace. »

 

23H00

Le balai constant des camionnettes du Samusocial de Paris rythme désormais la vie du centre, qui bourdonne d’activité. A l’accueil, les personnes qui se présentent se voient attribuer une chambre ; elles peuvent aller se restaurer quelle que soit l’heure de leur arrivée. Les infirmières, quant à elles, s’isolent dans une salle pour effectuer les soins nécessaires à certains.

 

01h30

Les places de nuit du centre sont occupées. La dernière camionnette claque ses portes et s’éloigne du centre pour finir la nuit. La nuit sera encore longue pour les équipes mobiles qui continueront à patrouiller jusqu’au petit matin, sans plus aucune place d’hébergement ». Du côté des équipes de Romain Rolland, une courte pause pour manger avant de préparer la journée qui vient « Il faut tout nettoyer, faire les lessives, préparer les petits déjeuner, écrire les rapports… »

 

Témoignage : Habib, étudiant en master comptabilité, hébergé depuis un mois à Romain Rolland

« Aujourd’hui c’est mon anniversaire ! J’ai 30 ans. Je suis originaire du Congo Brazzaville. J’ai vécu trois ans en Belgique avec un titre étudiant puis j’ai rejoint Paris pour finir mes études et faire ma demande d’asile, ma mère ayant eu le statut de réfugié. Ma demande d’asile a été rejetée deux fois, et au bout de quelque temps ma mère m’a mis dehors. On m’a dit d’appeler le 115. Une des difficultés à la rue pour moi, c’était d’avoir accès à internet pour travailler, je devais aller dans les cybercafés. Je faisais des ménages en dehors des cours. Quand je gagnais 200 euros, 100 euros me servaient juste pour les impressions.»

 

Témoignage : Tcheïta, coordinatrice de nuit à Romain Rolland

« Je travaille depuis trois ans à Romain Rolland. J’ai trouvé que c’était bien de donner de soi-même. Dans le social on a l’impression d’être utile. Les gens arrivent énervés, certains sont de très grands exilés. II suffit parfois de leur demander comment était leur journée et la tension tombe. Mais ce métier est aussi une sorte de mise à l’épreuve permanente. C’est en permanence un questionnement. Tu ne peux pas te calquer sur la nuit précédente. La même personne qui est ouverte aujourd’hui à la discussion pourra revenir le lendemain en colère. On travaille dans la violence physique et morale. Et puis la nuit aura passé, on se ressource et on est à nouveau en forme pour recommencer le lendemain. »

Le CHU Familles

Pérennisé en juin 2015 dans le cadre du Plan de Réduction des nuitées hôtelières, le CHU Familles accueille des familles ayant des parcours de vie difficiles, entraînant fréquemment une perte de repères. Apprendre ou consolider les gestes parentaux s’avère souvent nécessaire, de même que soutenir le développement psycho-social des enfants. La présence d’une éducatrice de jeunes enfants permet de proposer un espace de vie organisé en fonction des activités pratiquées (lecture, jeux, repos, motricité…), de stimuler les potentialités intellectuelles, affectives et artistiques des tout-petits, mais également d’identifier les éventuels problèmes médicaux ou comportementaux et prévenir ainsi l’installation de troubles durables.

 

En chiffres

 

58 familles hébergées (191 personnes)

44 familles monoparentales

Durée moyenne de séjour : 81 nuits

 

 

 

Voir aussi: 
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