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MON BUS EST
UN REFUGE POUR LA NUIT

Chaque jour, 3 femmes seules sur 4 qui appellent le 115 de Paris ne trouvent pas de place d’hébergement.
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Qu’est-ce que l’hébergement d’urgence ?

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CHU sans-abri
Qu’est-ce que l’hébergement d’urgence ?

Il consiste à offrir à toute personne sans domicile un accueil, un lit, un repas, la possibilité de se laver, et de rencontrer un médecin et un travailleur social pour une orientation vers des structures adaptées. Pour ce faire, les centres d’hébergement d’urgence développent des relations avec les lieux d’accueil de jour, les établissements de santé, les services d’urgence psychiatrique, les structures d’hébergement du département et les structures d’accompagnement social.

Le CHU Romain Rolland

Le centre Romain Rolland est un centre d’hébergement d’un nouveau type qui permet dans un même lieu d’accueillir pour la nuit des personnes en urgence et de proposer une prise en charge prolongée.

 

Ouvert en juin 2014, le centre dispose de 99 places : 49 places pour la partie hébergement d’urgence, et 44 places pour l'hébergement continu. L'hébergement d'urgence propose des chambres simples ou doubles, avec un espace hygiène comprenant deux douches ouvertes 24h/24. Ouvert toute la nuit jusqu’à 4 h, il permet de mettre en sécurité les personnes, hommes et femmes, éventuellement avec chiens. L’hébergement continu propose uniquement des chambres individuelles, avec douches et toilettes individuelles ou collectives.

Conçu spécialement pour accueillir les publics en situation de grande précarité, le lieu dispose d’aménagements facilitant la prise en charge, dans le respect des normes d’accessibilité des personnes à mobilité réduite. La qualité du lieu témoigne d’une véritable volonté d’accueillir dignement les personnes. En écho, y répond la qualité de l’accompagnement, assurée par une équipe professionnelle et conviviale. La salle de restauration reste ouverte jusqu’à 4 heures, permettant à toute personne hébergée de se restaurer quelle que soit son heure d’arrivée. Le centre Romain Rolland est ainsi le seul centre parisien à offrir un repas chaud toute la nuit. Dès 6h30, et jusqu’à 10h30 selon la demande, des animateurs accompagnent les personnes à leur réveil. Un agent de restauration offre un petit-déjeuner. Un médecin est présent chaque matin, ainsi que des travailleurs sociaux, qui proposent information, orientation et ouvertures de droits (AME, CMU…).

Pour avoir accès à un hébergement continu, les personnes doivent en formuler la demande. Le nombre réduit de places implique de sélectionner les personnes en fonction de leur capacité à se construire un parcours vers l’autonomie, et ainsi envisager une sortie vers un logement adapté ou individuel. Chaque personne hébergée s’engage à travers un contrat de séjour à accepter un suivi psycho-social, à respecter les équipes, le lieu et la tranquillité du quartier, et à participer à certaines activités.

Le CHU Oscar Roty

Situé dans le XVème arrondissement, le centre Oscar Roty dispose de 53 places d’hébergement pour hommes.

 

Ouvert 24h/24 depuis novembre 2012, il accueille des personnes pour une durée de 14 nuits renouvelables. Les deux premières semaines sont l’occasion d’une évaluation médico-psycho-sociale qui conduit à proposer aux personnes un hébergement prolongé dans le centre ou une orientation vers une structure adaptée.

 

Ouvert H24 depuis le 1er novembre 2012, le centre Oscar Roty peut après une année mesurer les conséquences de cette nouvelle organisation à la fois sur ses équipes et les personnes hébergées. Premier constat : les progrès en matière d’interdisciplinarité qu’impliquent le décloisonnement entre équipes de nuit et équipes de jour, observe Dominique Brivet, responsable du centre. Travailleurs sociaux, animateurs, médecins travaillent aujourd’hui à une prise en charge coordonnée de la personne. Quand auparavant, seul le travailleur social décidait de la prolongation de l’hébergement de la personne, c’est aujourd’hui une commission réunissant tous les acteurs qui échange sur la situation globale des personnes et statue. Chacun se sent ainsi davantage responsabilisé, et le rôle du travailleur social se trouve libéré de ce qui pouvait être considéré comme un pouvoir de sanction.

 

L’image des travailleurs sociaux se trouve également changée du fait de leur plus grande participation à la vie collective : des temps de partages informels se multiplient et permettent d’amorcer la relation. Les personnes hébergées expriment alors parfois des blocages qui ne se seraient pas manifestés lors de rendez-vous institués. « On ne raconte pas la même chose de part et d’autre d’un bureau et autour d’une partie de cartes », note Dominique Brivet. En démystifiant la fonction de travailleur social s’ouvrent de nouvelles modalités de relation, ce qui ne signifie pas pour autant le brouillage des repères. Ainsi, en lieu et place d’une permanence de consultations en libre-service, celles-ci ont désormais lieu sur rendez-vous, ce qui favorise la projection des personnes accueillies  dans le temps.

 

Autre conséquence d’une ouverture H24 : la nécessité de développer les animations. Importantes pour revaloriser les personnes, celles-ci facilitent en outre le vivre ensemble et réduisent les tensions parce qu’elles focalisent l’attention des hébergés, atténuent les effets de l’alcool, et évitent l’errance dans le bâtiment. Afin d’accompagner les équipes dans le calibrage de leurs projets d’animation, les 10 animateurs du centre Oscar Roty ont suivi en 2013 une formation par l’IRTS où se sont succédés temps d’apprentissage théoriques, temps de mise en pratique et temps d’échanges, aboutissant à faire progresser chacun dans ses compétences d’animateurs.

 

Bénéficiaires de cette amélioration de la qualité de prise en charge, les personnes hébergées prennent davantage possession du centre et acceptent plus aisément d’aborder des sujets jusqu’ici difficiles tels que l’hygiène. En accroissant la durée de prise en charge, des personnes qui pouvaient passer inaperçues dans le va et vient quotidien ont pu être mieux repérées. Sont également apparus des problèmes masqués par le vécu de l’urgence d’un hébergement au jour le jour. Parallèlement, note cependant Dominique Brivet, un changement de population a eu lieu au détriment des grands exclus, renforcé par la fermeture aux EMA du fait des problèmes de voisinage.  Début 2013, Oscar Roty a toutefois construit quelques passerelles avec le CHU de Montrouge, permettant l’accueil de personnes prêtes à accepter la vie en collectivité. 

Le CHU Familles

Le CHU Familles, c'est 17 chambres et plus de cinquante personnes hébergées. Lancé il y a trois ans, ses portes n'ouvraient alors que pendant la période hivernale ; depuis cette année, l'activité de ce CHU est devenue pérenne.

Les familles sans abri représentent une part croissante du public du Samusocial de Paris. En 2014, sur cinq appels passés au 115, deux concernaient des familles avec enfants : c'est 16 % de plus qu’en 2012.

La plupart du temps, c'est en hôtel que sont hébergées les familles ; cette solution ne permet pas d'instaurer un accompagnement et de mener une réflexion de sortie du dispositif. A l'inverse, le CHU Familles dispose de travailleurs sociaux professionnels qui pourront assurer cette mission d'accompagnement.

 

 

Interview : Dominique Brivet, Responsable du CHU Oscar Roty

En quoi consiste le travail de responsable de centre ?

Répondre aux besoins quotidiens des personnes accueillies et des équipes, anticiper les évolutions des populations, des besoins, faire évoluer le fonctionnement, le rôle du responsable est à l’interface entre le projet et la réalité. Il doit veiller à répondre aux objectifs assignés, mettre en œuvre, s’adapter aux réalités pratiques, et interpeller sur les difficultés rencontrées.

 

Quel rôle tenez-vous vis-à-vis des équipes ? Restez-vous en contacts avec les publics ?

Le passage à un fonctionnement H24 a rééquilibré l’activité du responsable de centre au fil de la journée. Avant, comme il n’y avait pas d’encadrement des équipes de jour qui travaillent à partir 6 heures, je tenais ce rôle. J’étais donc en contact direct avec les équipes, alors qu’aujourd’hui je suis plus proche des encadrants que des équipes elles-mêmes. Les difficultés sont remontées par les coordinateurs. Nous réfléchissons sur les modalités de prise en charge, les solutions à mettre en œuvre. Je passe beaucoup de temps sur l’analyse des situations, et les réponses à apporter. Je suis donc moins en contact avec les hébergés qu’avant. Je dois également gérer la frustration des équipes face à ces situations de blocage ; il n’est pas toujours évident de garder sa motivation lorsqu’on est confronté à des problèmes pour lesquels on n’a pas de réponse.

 

Comment devient-on responsable de centre ?

J’ai commencé ma carrière dans une Communauté Emmaüs. Puis je suis devenu animateur dans un CHU et dans des accueils de jour. J’ai été pendant six ans responsable adjoint à l’Espace Solidarité Insertion (accueil de jour du Samusocial de Paris) avant de devenir responsable d’Oscar Roty en 2010.

 

Quels  ont vos rapports avec d’autres responsables de centre (LHSS et CHU) du Samusocial de Paris ?

Beaucoup d’échanges informels notamment pour discuter de solutions trouvées face à certaines situations. On réfléchit à des projets communs. Par exemple on a construit avec l’ESI un tournoi de pétanque commun. Les animations communes permettent des échanges entre hébergés, et parfois de convaincre certains d’entrer dans des démarches de soins.

Témoignages de personnes accueillies à l'ouverture du CHU Romain Rolland

Juan

Moi j’ai une place stable renouvelable tous les 15 jours. Ca faisait 8 mois que je faisais le 115 tous les soirs. J’allais à l'ancien centre de Montrouge.

Et par rapport à l’ancien centre de Montrouge ?

C’est la même équipe, tellement accueillante que c’était un plaisir d’y aller même si c’était vétuste.
Ici c’est le luxe. On a l’avantage de ne pas être dehors toute la journée, tout est fait pour nous, y’a rien à dire. Quand on a vécu dans la rue angoissé toute la journée pour la nuit, vous ne pouvez qu’être satisfait.
Ici c’est tellement grand qu’on ne se voit plus. A Montrouge avant c’était confiné.

 

Bruno

Moi le premier soir où j’étais là j’étais ému. 

Avant j’allais dormir au centre la Boulangerie. J’appelais tous les matins, je cherchais où dormir, où manger. C’était impossible de chercher du travail. Parfois à la Boulangerie on arrive à 2h du matin pour se réveiller à 7h. Ici c’est bien, t’as l’impression d’être considéré comme quelqu’un de normal. Ce matin je suis sorti chercher du travail, j’étais bien.

 

Samira

Je viens ici une nuit. Tous les soirs juste pour une nuit. Je me pose un peu. 

J’ai une sclérose en plaque. A cause de ça j’ai des trous de mémoire. Je suis diminuée.
En tant que femme je vois des injustices partout. J’ai pas les yeux dans ma poche. Parfois j’aimerais bien. L’indifférence, le mépris, ça tue une personne.

 

Ilian

Il y a beaucoup de choses bien ici. Mais le problème c’est les femmes et les hommes ensemble. Pour le moment tout le monde fait attention parce que c’est neuf, mais les femmes il vaut mieux qu’elles soient à part. Quand je suis arrivé ici j’ai cru que c’était une autre planète. 

Avant j’allais dans différentes places. J’ai dormi au Bois de Vincennes aussi. J’ai tout perdu en février à cause de la maladie.
Dans les bois il y a beaucoup de personnes qui ne veulent pas de centres comme ça. Elles ne veulent pas les contraintes, les horaires. Même quand on est seul il y a des limites.
J’ai une proposition à faire : j’aimerais qu’ici on nous mette en contact avec des employeurs. J’ai besoin de plus que d’une place pour dormir. Mais sans place pour dormir je ne peux pas me présenter comme un homme normal.

 

David

Je viens du Congo, à mon arrivée en France j’ai dormi un temps dans un foyer, et puis j’ai dû sortir du foyer. C’était en décembre 2013, je me suis retrouvé dehors. C’était compliqué, je n’avais nulle part où aller. J’appelais le 115, tantôt il y avait de la place, tantôt pas de place, fallait se débrouiller avec le métro, les bus, partout. La vie dehors ça m’a détruit, physiquement et moralement. Avant d’arriver j’ai été hospitalisé pendant plus d’un mois, et à la sortie de l’hôpital j’étais épuisé par les médicaments. Une fois dehors j’ai appelé le 115, une maraude est venue me chercher pour m’emmener. Ici à Romain Rolland c’est tranquille, c’est plus vaste qu’avant. Ça fait du bien de parler. »

 

 

Abdel

C’est mieux ici, c’est grand. Le seul problème c’est pour les fumeurs, il manque un abri quand il pleut pour les fumeurs, et il manque la machine à café.

 

Vous avez connu l’ancien centre de Montrouge ?

Ah oui depuis des années je dors à Montrouge.
Le centre Yves Garrel j’ai connu, celui d'Oscar Roty je connais, celui du Bd Ney je connais. C'est ici que je préfère.

 

Vous venez ici tous les soirs ?

Bien sûr, si je dors pas, je meurs. Je reste pas dehors moi. J’ai peur.
Je suis inscrit ici jusqu’au 21 septembre. Depuis que j’ai fait mon accident en 2008 j’ai jamais dormi dehors. Avant ça m’arrivait, quand je trouvais pas de place ni au Samusocial de Paris, ni à la cité universitaire, ni chez un ami. Je me suis cassé le col du fémur.

 

Et le jardin vous en profitez ?

Je me promène un peu mais je remonte vite dans ma chambre parce que j’ai peur.

 

Peur de quoi ?

Des animaux.

 

Quels animaux avez-vous peur de croiser dans le jardin ici ?

Un lion, un tigre. Dans la journée je vois, mais le soir je vois à peine avec mes yeux. J’ai peur, je reste dans ma chambre.

 

Vous pensez vraiment pouvoir croiser un lion ici ?

Je sais pas. On m’a dit qu’il y a un lion qui sort à Paris le soir.

 

Vous êtes combien dans votre chambre ?

Ah je suis tout seul.

 

Bernard

Ici j’ai une place stable, mais bientôt j’aurais mon studio du côté de Jaurès, avec ma cuisine et ma salle de bain, dans une pension de famille. Je travaille dans le bâtiment, le déménagement, mais le problème c’est le règlement. Là ça fait 2 mois qu’on ne m’a pas payé.

 

Vous êtes impatient de déménager ?

Oui et non.

 

L’inquiétude d’avoir tout à gérer ?

Voilà. Je ne pourrai plus mettre les pieds sous la table en gros.

 

Et la peur de la solitude, ça joue un peu aussi ?

Oui.
Ça fait des années que je fais appel au Samusocial de Paris. Près de 15 ans. J’ai été dans beaucoup de centres. Le Fleuron notamment, là-bas aussi c’est bien.
Le problème ici c’est le manque d’activité.

 

Eric

Ici c’est bien, mais ils pourraient laisser la télé le week end à ceux qui restent. En semaine il faut se bouger, je suis d’accord, mais le week end c’est long. 

J’ai quelque chose à dire. Ici c’est super, mais c’est pas normal qu’il n’y ait pas de vétérinaire. Il y a des médecins pour les humains, alors pourquoi il n’y en aurait pas pour les chiens puisqu’on les accueille eux aussi ? Mon chien s’appelle Scratch. Comme le truc qui gratte. Je l’ai récupéré à la SPA il y a 16 jours exactement. Avant j’avais un malinois, mais il est décédé. Celui-là c’est un griffon, un petit chien de pépère, un bon chien de rue avec des poils partout qui trainent dans sa gamelle quand il boit, style la Belle et le Clochard.

Ça fait 26 ans que je suis dehors, j’en ai marre. Mon rêve c’est de mourir, de retrouver ma grand-mère au paradis, regardez j’ai les veines tailladées de partout, là j’ai encore les agrafes, je devais les enlever le 15 juillet mais je les garde, je mets régulièrement un peu d’eau du caniveau dessus pour que ça s’infecte. Je suis suivi toutes les semaines au service d'urgence psychiatrique de Sainte Anne, le CPOA. J’ai un traitement pour dormir mais j’évite de le prendre, j’ai peur de devenir un légume. Le soir je sais que je devrais le prendre pourtant, j’ai une voix dans la tête qui me dit « vas-y coupe toi les veines ». J’aurais besoin de rester un petit moment à Sainte Anne pour me reposer mais j’ai mon chien, je ne peux pas le laisser, je ne peux pas vivre sans mon chien. Vous savez j’ai des coups de sang, une envie de voir du sang. J’ai eu une enfance tellement malheureuse que je suis méchant. Dès que j’ai bu je pense violence. Ma mère a été violée, elle me battait, c’est ma grand-mère qui m’a élevé, et je me suis toujours dit que je me laisserai pas faire. Des amis de toute façon j’en ai qu’un, je l’ai connu dans mon enfance, il ressemble à Iggy Pop. Amir c’est mon copain, mon pote, il me garde mon chien quand j’ai besoin. Faut pas confondre les amis, ceux qui font vraiment quelque chose pour vous, les copains, et les connaissances.
Faut faire quelque chose pour moi, un jour il va se passer quelque chose de très grave. Il faut me mettre quelque part avec mon chien.
Ce que je voudrais là c’est me reposer. Dormir une journée complète. Le matin je ne vois rien, j’ai des problèmes de circulation, on m’a dit que c’était l’alcool. L’alcool c’est pire qu’une drogue. C’est de la merde, tu fais que des conneries avec l’alcool, mais c’est plus fort que nous, ça nous attire, c’est notre femme.

 

Habib

Vous appelez le 115 tous les jours ?

Oui.

 

Comment ça se passe ?

Difficilement. Aujourd’hui il n’y avait pas de place la première fois, j’ai appelé à 19h, on m’a répondu à 20h. C’est pas toujours aussi long, mais là c’était pénible.

 

Comment vous faites ? Vous appelez d’une cabine ?

Oui d’une cabine, le portable il se déchargerait à force. Mais c’est compliqué de rester debout aussi longtemps, je suis invalide à 80%, et puis j’ai une maladie psychiatrique.

 

Et quand vous ne dormez pas ici ?

Je suis à l’hôpital. Je prends beaucoup de cachets et je vais à l’hôpital. 90% du temps je le passe dehors ou à l’hôpital. Quand j’appelle pendant une heure puis que ça coupe je laisse tomber.

 

Avec l’ancien Montrouge c’était plus facile de trouver une place ? 

Oui, j’avais une place à peu près tous les soirs. Mais ici tout va bien, l’équipe est bien.

En fait j’appelais le 115 entre 2000 et 2005, puis j’ai passé 7 ans dans un CHRS. Je suis parti parce que j’ai arrêté de payer. Tous les autres on leur proposait des appartements, et moi on ne me proposait rien. Le problème c’est que je n’avais pas de titre de séjour de plus d’un an. Mais le 20 août je vais récupérer une carte de résident de 10 ans. En 2013 j’ai passé 1 an à Baudricourt, puis je suis parti en Algérie, et j’ai perdu ma place. La dernière fois que j’y suis retourné c’était pour la mort de mon père il y a 4 mois, je suis resté une quinzaine de jours.

 

Vous avez envie de repartir en Algérie ?

Non, en Algérie il n’y a rien à faire, il ne reste que ma mère, mes frères et sœurs eux sont tous mariés. Ici je n’ai personne, mais j’ai mes traitements.

 

Témoignages de personnes accueillies au CHU Oscar Roty

Gérard

Etes-vous à Oscar Roty depuis longtemps ?
C’est mon deuxième passage ici. La première fois j’ai été écarté, c’était à juste titre d’ailleurs, je n’avais pas respecté le règlement.

Sans indiscrétion vous pouvez être un peu plus précis ?
J’ai eu un problème d’alcool. Le soir de mon anniversaire je suis rentré ivre. Après avoir été éloigné j’ai passé tout l’hiver dernier dans des parcs, des parkings, j’ai vraiment galéré. J’ai finalement réintégré ici depuis 7 mois.

Comment ça se passe ?
Très bien. Je pensais à ça justement cette nuit, tout se passe bien avec toute l’équipe ici. L’hygiène est formidable, je prends ma douche tous les matins, on vous lave votre linge quand vous avez besoin, moi je ne suis jamais malade mais il y a un médecin, je participe aux visites, aux ateliers photo, on est allé voir l’exposition Niki de Saint Phalle au Grand Palais.

 

 

Krim

Etes-vous à Oscar Roty depuis longtemps ?
Je suis ici depuis plus d’un an.

Et depuis combien de temps faites-vous appel au 115 ?
Depuis 2011, mais avant d’être ici j’ai dormi beaucoup dehors. Quand on me proposait d’aller au centre la Boulangerie je refusais, c’est l’enfer là-bas. Parfois on me donnait le centre La mie de pain, parfois celui de Montrouge, et je suis venu pour la première fois à Roty en septembre 2011, c’était en plein hiver, il faisait très froid, et il avait été décidé de laisser le centre ouvert toute la journée exceptionnellement.

Vous voyez une assistante sociale ici ?
Oui, lorsqu’on est pris en charge on peut voir une assistante sociale, ça permet de régler les histoires de papiers. Moi le problème c’est que je n’ai pas de titre de séjour. Je suis de nationalité algérienne mais je suis né en France, j’ai toujours vécu ici. Je n’ai pas demandé ma réintégration à la nationalité française quand il aurait fallu. Maintenant c’est très compliqué. J’ai fait une première demande de titre de séjour pour soin mais ma demande a été refusée, je suis en attente pour un recours. En Algérie ma maladie pourrait être soignée, mais là-bas je n’ai pas les moyens d’acheter les médicaments, et puis je n’ai aucune raison d’aller en Algérie, j’ai toujours vécu en France.

Vous aviez un suivi social avant de venir à Oscar Roty ?
Non rien. Ici c’est la première fois, et ça avance avec mon assistante sociale.

Que s’est-il passé en 2011 qui vous a mené à faire appel au 115 ?
Avant je travaillais, mais sans les papiers c’était irrégulier, et puis à un moment je n’ai plus eu aucune ressource. J’ai dormi dehors, et à un moment j’ai commencé à voir comme des mouches dans mon champ de vision, et à entendre des voix. Je suis allé aux urgences qui m’ont emmené directement aux urgences psychiatriques de Saint Anne où j’ai été hospitalisé un an.

 

 

Abdel

Où étiez-vous avant de venir ici ?
J’étais Gare de Lyon depuis trois ou quatre mois. Je passais la nuit sur une chaise, assis, à 2h la gare fermait, j’allais m’asseoir à l’extérieur en attendant qu’elle ouvre de nouveau vers 4h30, je me mettais dans un coin un peu caché avec mes cartons.

Et pour manger vous faisiez comment ?
Dans les poubelles du Mc Donald de la Défense. Ils jettent des plats encore toutes chauds.

Vous n’alliez pas aux distributions ?
Non je ne connaissais pas.
Je suis venu à Paris il y a quatre mois après avoir connu une longue période très difficile à Evreux. J’ai perdu mon travail là-bas et mon logement en 2010, puis j’ai dormi à droite à gauche chez des étudiants en médecine, et quand ils ont terminé leurs études je suis allé dans les jardins. Je n’avais plus aucune ressource, la CAF m’avait coupé mon RSA parce que je n’avais pas renouvelé mon titre de séjour.

Vous faisiez appel au 115 à Evreux ?
Oui mais là-bas il n’y avait qu’un centre d’hébergement d’urgence à côté de Val de Reuil qui a fermé, et à Rouen c’était toujours complet. Pendant quatre mois je n’ai rien eu, parfois j’allais à l’hôpital pour être au chaud.

Vous appeliez tous les jours le 115 ?
Oui tous les jours, depuis l’accueil où j’allais chercher mon courrier, je n’ai jamais eu la moindre nuit. Après cela j’étais tellement lassé et déprimé que j’ai été hospitalisé à cinq reprises, en plus j’ai de l’asthme.

Pourquoi être venu à Paris ?
Ici j’ai mes filles, quelques amis, un peu d’espoir de trouver du travail. A Evreux c’est 100% mort. Dans les boîtes d’intérim tout le monde me connaît, quand je rentre ils me disent directement «il n’y a rien Mr R.». Et là-bas il n’y a la possibilité de manger que le midi. A mon âge je me sentais déjà comme un retraité, je passais mes après-midi dans la bibliothèque sans rien à faire.

Comment avez-vous été orienté à Oscar Roty ?
J’étais devant la gare depuis trois ou quatre mois, j’ai rencontré un camion du Samusocial de Paris, il m’ont conseillé d’appeler le 115, le 115 m’a donné une nuit à la Caserne et le lendemain comme j’étais malade ils m’ont envoyé ici. Je suis là encore pour 3 nuits, après je vais devoir partir, les assistantes sociales m’ont dit que je dépendais de la Normandie. Pourtant j’ai demandé à faire une domiciliation à côté de la gare de Lyon, mais si on me garde ici il va falloir tout recommencer à zéro. Rester sur la même structure ça me convenait parfaitement. Faire une nuit ici une nuit là ça ne m’intéresse pas, mon but c’est d’avancer.

 

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