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Hôtel Solidaire Newsletter #2 Février 2016

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Hôtel Solidaire Newsletter #2 Février 2016
La métamorphose du 29 poissonniers

Le 29 Poissonniers a ouvert en novembre après dix mois de travaux. Intégralement rénové, il offre aujourd’hui 33 chambres dans lesquelles 87 personnes (29 familles) résident. Fort de l’expérience qu’il a acquise lors d’une première opération il y a deux ans, son propriétaire a acquis il y a un an ce nouvel hôtel, qui répond pleinement aux attentes du Samusocial de Paris en termes d’accueil des familles : chambres confortables et adaptées à la composition familiale, espaces collectifs pour cuisiner et se réunir pour des activités, espace buanderie, espace de rangement des poussettes...

 

 

Explication du projet par son propriétaire.

 

Comment êtes-vous arrivé sur le secteur de l’hôtellerie sociale ?
Un peu par hasard, il y a deux ans, à l’occasion du rachat d’un hôtel à Bastille. Mon projet était de convertir cet hôtel dédié à l’hôtellerie sociale en hôtel de tourisme. Quinze jours après l’achat, l’hôtel a dû fermer pour des problèmes de normes. Nous avons envisagé de faire les travaux en milieu occupé mais nous nous sommes heurtés à des plaintes des familles. L’hôtel a donc été évacué. C’est à cette occasion que nous avons eu à travailler avec le CASVP et le SSP. J’avoue que j’étais au départ réticent à me lancer dans le social. Je connaissais mal ce secteur et je n’en avais pas une bonne image. Et puis au fil du projet, j’ai appris à mieux comprendre le travail, à en connaître les attentes. Il s’agit d’un métier en plein bouleversement, avec aujourd’hui des cahiers des charges contraignants mais clairs.

 

 

Comment avez-vous travaillé sur le projet du 29 Poissonniers ?
En partenariat avec le SSP afin que l’hôtel réponde aux nouvelles conditions d’hébergement que le GIP entend avoir pour les familles, à savoir notamment la mise à disposition d’espaces pour cuisiner, de mener des activités, et laver son linge. Nous avons travaillé avec le même architecte que pour le premier hôtel à Bastille. Celui-ci connaît désormais bien les contraintes, même si chaque projet est forcément différent compte tenu des possibilités qu’offre le bâti. Au 29 Poissonniers par exemple, nous avions la chance, pour les espaces communs, de pouvoir réhabiliter le sous-sol.  

 

Comment les familles se sont-elles approprié le lieu ?
Elles ont emménagé en novembre. Pour le moment tout se passe bien. Les familles sont très calmes et respectent le lieu. Nous avons remarqué à Bastille qu’en maintenant le lieu en bon état, les familles avaient tendance à moins le dégrader ; cela implique quelques petites travaux réguliers. Elles se servent de la cuisine collective pour cuisiner, mais pas de l’espace collectif pour prendre le repas qu’elles préfèrent prendre dans leur chambre. Le local à poussettes permet que le lieu reste en ordre. Nous allons prochainement installer une bagagerie afin de permettre de ranger les affaires dont elles ne se servent pas au quotidien et ainsi désengorger les chambres. D’une manière générale, chacun respecte l’autre, s’organise en fonction des emplois du temps des uns et des autres. Par exemple, nous n’avons pas eu besoin de mettre en place un planning pour la cuisine ; les femmes y vont à tour de rôle. De même, les familles s’entraident au niveau du linge.

 

Avez-vous d’autres projets du même type en perspective ?
Oui. Nous venons de racheter un hôtel aux Lilas, et envisageons un autre achat, dont nous devons discuter avec le SSP. La normalisation de ce secteur donne aujourd’hui des atouts pour obtenir des financements de la part des banques. Celles-ci ont encore une mauvaise image de l’hôtellerie sociale et sont réticentes à s’engager dans des opérations qu’elles imaginent risquées, voire douteuses. Mais si le montage financier reste complexe, on a désormais des arguments permettant de faire la démonstration que le secteur change, qu’il se professionnalise.

 

Cette professionnalisation fait-elle émerger de nouveaux métiers ?
Oui, par exemple l’architecte avec lequel nous travaillons est en train de devenir un véritable spécialiste de la rénovation des hôtels sociaux. Les gardiens, également, ne sont plus là que pour assurer la sécurité. Ils assurent la tenue des espaces communs, gèrent les règles de vie, distribuent les jetons hebdomadaires pour la laverie, font du reporting, etc. Pour opérer cette montée en compétences, nous organisons des sessions de formation communes entre hôtels.

 

Cette montée en gamme est-elle compatible avec la rentabilité des investissements ?
Lorsqu’on entre sur ce secteur, il faut voir sur le long terme. La rentabilité de l’investissement est à dix ou quinze ans. C’est bien pour cela que l’on peut parler de professionnalisation également. Les banques qui nous suivent l’ont bien compris.

Des ateliers pour réapprendre à cuisiner

Depuis début novembre se sont mis en place des ateliers cuisine en partenariat avec le Secours Populaire qui met à disposition des médiateurs du Samusocial de Paris une cuisine dans le 18è arrondissement.

 

Répprendre à cuisiner

L’atelier cuisine a pour objectif de permettre aux familles hébergées à l’hôtel d’apprendre à cuisiner, avec pour seul moyen de cuisson un four à micro-ondes. Ils sont également une occasion de rencontrer les familles dans un autre contexte que l’hôtel même si, comme l’observe G. Chéruy, chargé de mission au PHRH, ces ateliers auront en 2016 vocation à être animés par des bénévoles.

 

Sortir les familles du quotidien à l'hôtel

Sarah, médiatrice au PRHR, s’est portée volontaire pour les animer. « A la base, je suis animatrice, indique-t-elle, je suis donc heureuse de retrouver cette activité ». Sarah est cependant ce jour-là un peu déçue. Pour ce troisième atelier, seules deux femmes sur les huit participants prévus sont au rendez-vous. « Le premier atelier a été un vrai succès, observe-t-elle à regret, les femmes étaient intéressées, satisfaites du moment qu’elles ont passées, elles ont redécouvert qu’elles pouvaient cuisiner ; nous leur avons appris à faire de la vraie purée au four à micro-ondes. Certaines ne connaissaient que la purée en poudre. Elles sont reparties avec les plats pour leurs enfants. Malheureusement, il y a encore un vrai problème d’information ».

 

Mme DI et Mme DJ, les deux participantes du jour, ont immédiatement répondu présent lorsqu’elles ont été informées de l’existence de l’atelier. Toutes deux connaissent le guide « Cuisiner malin » de la Mairie de Paris, dont se sert Sarah, et qu’elles utilisent régulièrement notamment pour cuisiner avec leurs enfants. « Mes enfants aiment beaucoup le gâteau aux pommes », précise en souriant Mme DJ. Illustré, il est facile d’accès, même quand on ne sait pas bien lire, poursuit Mme DI. Sarah profite de l’occasion pour proposer à Mme DI des adresses pour lui permettre de progresser en lecture.
Originaires de Côte d’Ivoire, les deux apprentis cuisinières fréquentent toutes les deux l’association Afrique partenaire service. « C’est une personne de l’association qui m’a logée dans les bureaux quand le 115 n’avait pas de place pour moi », dit Mme DJ, qui habite depuis plus six mois dans un hôtel à Max Dormoy avec ses deux enfants. Quant à Mme DI, elle trouve dans cette association une aide pour ses démarches de demande d’asile. Même si pour le moment, sa demande a été rejetée, déplore-t-elle. Mme DJ, qui loge depuis deux ans dans un hôtel du 20e arrondissement, se souvient de l’hôtel Des Artistes à Pigalle, où elle a habité un an. « L’hôtel possédait une cuisine commune où l’on faisait de la cuisine africaine ». Depuis, elle se contente des colis des Restau du Cœur. « Quand on s’habitue aux boites, note Sarah, on finit par oublier même l’idée que l’on peut faire la cuisine. Les ateliers sont aussi utiles pour réamorcer l’envie ».

 

Roulés à la dinde et au curry, poisson façon thaï et truffes en chocolat, « histoire de donner un air de fêtes », lance Sarah. Comme à l’accoutumée, les participantes partiront avec leur plat. Mme DI, avant de partir, demandera à Sarah s’ils peuvent s’entretenir de sa situation personnelle. Au-delà de la possibilité aux familles de se réapproprier leur alimentation par la cuisine et de mieux appréhender l’usage du four à micro-ondes, ces ateliers sont également un moyen de partage et de rencontre où chaque famille peut sortir de son quotidien à l’hôtel pendant toute une matinée mais aussi d’échanger sur les difficultés et les réussites de chacun.

Organiser l'apprentissage du Français

Pour la seconde année consécutive, Emmaüs Solidarité et le Samusocial s’associent pour dispenser des cours de Français aux adultes non francophones résidant en hôtel.

 

Cette année, l’opération se déroule à l’hôtel Technopark de Poissy. Les 80 heures de cours, animés par les formateurs d’Emmaüs Solidarité (contre 44 heures en 2015), seront articulés autour des thèmes « résider à l’hôtel », « gérer son courrier », « parents d’élèves », « se déplacer », « effectuer ses démarches courantes ».  Ils toucheront à la fois l’hébergement et la compréhension des consignes, mais également l’accompagnement social et certaines démarches administratives.
Les 24 adultes qui les suivront seront répartis en deux groupes (les mardis et jeudis de 9h à 11h pour le groupe 1 et de 11h à 13h pour le groupe 2), constitués selon le niveau de maîtrise du français. Afin de mieux intégrer les connaissances, le rythme de cours d’une fois par semaine en 2015 a été remplacé par un planning  conçu en 2 fois 2 heures par semaine par groupe. La formation, qui a débuté en janvier, durera jusqu’au mois de juin 2016.

 

Riche de l’expérience de l’année passée, une garde d’enfants est organisée sur l’hôtel durant la formation des parents, permettant à ceux-ci de se concentrer sur les cours.
Si le but de cette formation est d’apporter les bases dans la compréhension de la langue afin de pouvoir échanger avec un interlocuteur, l’apprentissage n’est pas une fin en soi. Il s’agit également d’éveiller l’intérêt des participants afin de les motiver à poursuivre leur apprentissage. Un maillage avec des associations locales dispensant des cours de français est prévu.

Noël dans les hôtels

Grâce à l'investissement des équipes du PHRH, Noël 2015 restera dans les esprits de nombreuses familles hébergées à l'hôtel : animations (danses, maquillages, jeux, etc.) et distribution de cadeaux par les équipes auront permis à 496 enfants de fêter Noël.