Accéder au site >
Je soutiens

faire un don en ligne

L'accueil de jour : un temps pour respirer

L'accueil de jour : un temps pour respirer

A "La Maison dans le Jardin", l'accueil de jour du Samusocial de Paris, les après-midi permettent de prendre le temps de souffler et d'oublier les soucis du quotidien.

Un après-midi à la Maison

13 heures. Devant l’entrée de l’ESI, une trentaine de personnes s’est agglutinée en attendant l’ouverture. Une travailleuse sociale se tient à l’entrée pour recenser les personnes qui se présentent et les orienter en fonction de leurs besoins.

 

Elle salue chacun par son prénom. La plupart sont des habitués. Dimotrev demande s’il peut aller prendre une douche, Piotr a rendez-vous avec le dentiste et Maurice, simplement envie de se faire un café. Sylviane, l’unique femme, n’a pas de demande particulière. Elle vient plusieurs fois par semaine pour se poser durant la journée, discuter avec les animateurs, et parfois jouer aux cartes. Brigitte, la responsable de l’ESI, a repéré une personne à l’extérieur, restée assise sur un banc. Partie à sa rencontre, elle revient prévenir une des infirmières : la personne souffre de graves affections cutanées, et doit être déparasitée. Deux maux fréquents chez les grands exclus. Afin qu’elle ne soit pas stigmatisée par les autres, l’infirmière va discrètement chercher la personne pour la conduire à l’infirmerie. Elle passera ensuite au vestiaire, où l’ESI dispose de quelques vêtements donnés par l’armée ou certains commerçants. Les dons (liens nos partenaires/pourquoi nous aider) de vêtements sont toutefois insuffisants, note Brigitte. Il ne s’agit pas de donner n’importe quoi à porter. Retrouver la notion de l’habillement fait partie du travail de resocialisation. Certains arrivent avec des doudounes en plein été ou inversement en t-shirt en hiver. Et réapprendre  à se vêtir passe par des vêtements ajustés à sa taille. L’ESI veille à ce que les vêtements donnés soient de bonne qualité, ce qui suppose un travail de tri parfois lourd, auquel certains bénévoles (lien nous soutenir/devenir bénévole) participent.

 

De 13h à 17h, l’ESI  accueillera entre 50 et 150 personnes selon les jours. Son premier objectif, créer du lien, est atteint. Le nombre de visiteurs réguliers en témoigne. Hormis le week-end, chacun sait qu’il peut trouver ici de quoi satisfaire quelques besoins élémentaires. L’hygiène, tout d’abord. "L’ESI n’a pas vocation à remplacer les douches municipales, observe Brigitte, Mais offrir à des personnes en grande exclusion un lieu pour se laver participe au travail sur l’estime de soi". A l’espace douche, Luca remet à chacun un caisson avec du gel douche, du shampooing, un rasoir jetable, de la mousse à raser, une serviette et un peignoir. Pendant qu’elles se douchent dans l’une des deux cabines, les personnes peuvent aussi faire laver leurs vêtements. Certains habitués ont même un casier, qui leur permet d’avoir à disposition quelques affaires propres. José, fraîchement sorti d’une cabine, demande s’il peut prendre un des préservatifs mis à disposition. « Faut sortir couvert », dit-il d’un air faussement libéré. Luca lui répond qu’il peut se servir sans demander. Cette demande n’est pas anodine : "la prévention fait partie des signes de reconstruction", rappelle Brigitte. Pour beaucoup, pouvoir créer des liens, faire à nouveau attention à soi, retrouver des repères spatio-temporels prendra plusieurs années.

 

A l’ESI « La maison dans le jardin », chacun a à sa disposition une kitchenette avec cafetière, et micro-ondes en libre-service. On peut s’y asseoir, et partager un repas autour d’une table, conditions qui font défaut lorsqu’on se retrouve à la rue. Un service de domiciliation est proposé qui permet incite à venir régulièrement, au-delà de l’utilité administrative de la chose. Particularité de cet ESI à Paris : la présence quotidienne d’un médecin, d’une infirmière et d’une aide-soignante qui réalisent des soins, aident au suivi des traitements et peuvent diriger vers un réseau de professionnels de santé de proximité  (laboratoire d’analyses, pharmacie, ophtalmologue, et permanence d’accès aux soins (PASS de l’hôpital Saint-Antoine). Un bus de consultation dentaire est en outre présent les mardi et mercredi, ainsi qu’une permanence de la CPAM pour les ouvertures de droits. Pour les personnes n’ayant pas de droits ouverts, des traitements peuvent être délivrés par la pharmacie du Samusocial. Une consultation psychiatrique est également ouverte une fois par semaine grâce à un partenariat avec le réseau souffrance et précarité, qui permet entre autres un accompagnement au sevrage alcoolique.

 

L’hiver, une salle d’activités permet de s’adonner à différentes pratiques artistiques, à des jeux de société, ou simplement de discuter à l’abri. Les animateurs créent le contact, établissent une relation, de même que les travailleuses sociales qui, en dehors de leurs consultations, viennent discuter avec les personnes accueillies. L’été, ces contacts ont lieu de préférence à l’extérieur. L’ESI a l’avantage de bénéficier d’un vaste jardin dans lequel on joue aux cartes, à la pétanque, ou encore au ping-pong. Un espace jardinage permet à certains assidus de cultiver tomates et salades qui serviront à l’atelier cuisine. D’autres viennent simplement s’y asseoir, et observer le travail qui s’accomplit. Peu importe. Chaque petit pas compte. Et l’on s’adapte ici au rythme des uns et des autres. C’est parce qu’elles se sentent respectées, en sécurité, et savent qu’elles disposeront toujours ici du soutien nécessaire que les personnes reviennent, et qu’un lien avec les équipes se crée peu à peu.