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Les maraudes : sillonner Paris à la rencontre des personnes sans abris

Les maraudes : sillonner Paris à la rencontre des personnes sans abris

Les équipes mobiles d'aide, communément connues sous le nom de maraudes, parcourent Paris toutes les nuits à la rencontre des personnes dans la rue.

En route avec une équipe mobile d'aide

20h, chauffeurs, travailleurs sociaux et infirmier(e)s des sept équipes mobiles de nuit sont réunis dans la salle de briefing.

 

X, le coordinateur, informe chacun des situations critiques : une infirmière indique que Monsieur K., rencontré la veille, ne va pas bien. Depuis quelques jours, il ne s’alimente plus et ressasse des idées noires. Il est convenu qu’une équipe lui rendra à nouveau visite ce soir et tentera de le convaincre d’être accompagné dans un centre d’hébergement d’urgence, même s’il est probable que celui-ci s’obstine à refuser toute assistance.  

 

Une heure plus tard, les sept équipes partent sillonner les rues Paris. Chacune a son secteur. Premier arrêt sur le chemin pour l’équipe mobile chargée d’arpenter les XVIIIème, XIXème et XXème arrondissements. Installé sur les maréchaux, André est assis devant sa tente. Samir, le chauffeur, Claire, travailleuse sociale et Marianne, infirmière vont à sa rencontre. André les reconnaît. Passé quelques plaisanteries, il demande une cigarette. En même temps qu’il lui en tend une, Samir demande s’il n’a pas besoin d’autre chose : café, Bolino, duvet… André accepte un café qu’il laissera refroidir le temps de la conversation avec Claire. A la plupart des questions, André répondra sur le ton de la plaisanterie, une manière de dire qu’il ne souhaite rien de plus. « Vous êtes gentils, précisera-t-il, mais tout va bien ».

 

Quelques minutes plus tard, le camion s’arrêtera près d’une femme que l’équipe a depuis plusieurs semaines repérée et qui a jusqu’ici refusé tout contact. Claire tente une nouvelle fois. Mais à peine descendue, la femme lui fait signe, et crie plusieurs fois « bye bye ! ». L’équipe n’insiste pas. Le camion repart. Arrivé vers La Chapelle, Samir arrête le véhicule à quelques mètres d’un homme, assis sur le pas de porte d’une boutique. A mesure qu’ils s’avancent, l’homme sourit. « Je vous connais ! », lance-t-il. « Moi aussi capitaine ! », répond Samir. L’homme rit. « T’es une canaille toi ! Oui, mon capitaine ! Tout va bien ? Ça va, ça va…. L’homme accepte un café. Le contact est noué. L’homme ne donne pas son prénom, mais répond à quelques questions posées par Claire.  Le jour, il vit à quelques rues d’ici, avec une autre personne. Ses affaires sont là-bas, cachées. La nuit, il faut faire attention, précise-t-il. La confiance une fois installée, Claire demande si l’homme souhaite qu’on l’accompagne dans un centre d’hébergement. Malgré le sourire, la réponse est non. « Trop de monde ».  « Et sinon la santé ? », s’enquiert Marianne. « Everything ok. » Samir demande si l’homme est anglais. Il sourit. « Niet ! ». « Russe ? » « Hollandais, comme le Président, finit-il par concéder en plaisantant. Au fil de la conversation, il lancera quelques informations : à la rue depuis dix ans, 69 ans, voyageur, ex-marin peut-être… « On va devoir vous laisser. Vous êtes sûr de ne pas vouloir qu’on vous accompagne dans un centre ? », tente de nouveau Claire.  « Sûr ».

 

Entre 21h et 5h, ce soir-là, les sept équipes mobiles du Samusocial de Paris rencontreront 83 personnes. 28 accepteront d’être prises en charge, pour la plupart parce qu’elles auront-elles-même appelé le 115. Une personne sera emmenée aux urgences de l’hôpital Cochin.