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Les squats, on devrait les appeler des lieux de vie

Les squats, on devrait les appeler des lieux de vie

Les lieux à l’abandon sont si nombreux à villejuif que depuis quelques années, speedy et ses amis ont réussi à passer d’un squat à l’autre sans changer de quartier. L’an dernier ils ont dû quitter la bouée sur les hauteurs du boulevard maxime gorki, pour ouvrir le garage abandonné quelques pas plus loin où ils sont installés.

Je vis dans les squats depuis que j'ai 15 ans

Tu vis dans les squats depuis longtemps ?

 

Depuis toujours. Aujourd’hui j’ai 44 ans, je suis dans les squats depuis que j’ai 15 ans. Je suis de Belgique, j’ai d’abord connu les squats de Brude Bruxelles, et puis j’ai quitté la Belgique en 1996. Je me suis évadé de prison, la justice belge me considérait comme un toxicomane irrécupérable, ils voulaient me faire faire 10 ans de prison pour ça. Quand je suis arrivé en France, j’ai d’abord beaucoup bougé dans tout le pays. 

 

Ce squat dans lequel vous vivez maintenant, vous lui avez donné un nom ?

 

Non, mais ici ce n’est pas un vrai squat, c’est plutôt un lieu pour entreposer des a aires, notamment celles de potes qui se sont fait expulser. On est quatre à dormir ici, mais dès qu’il pleut l’eau ruisselle de partout. On a l’eau et l’électricité mais rien pour prendre des douches, alors pour ça on va au CAARUD de Villejuif.

 

Vous organisez des événements dans ce squat ?

 

Les lieux ne le permettent pas. Il faudrait que ce soit insonorisé pour qu’on puisse faire des concerts ou des événements comme à la Bouée, où on avait jusqu’à trois concerts par semaine. Les voisins sont trop proches. De toute façon on va bientôt partir, on est passé au tribunal récemment, le délibéré doit être rendu la semaine prochaine. 

 

Vous n’avez aucun espoir que le délibéré soit en votre faveur ?

 

Non, on a été trop mal défendus cette fois. Les bons avocats ça coute cher, on a dû se contenter de l’avocat commis d’office. D’ici 10 jours ce sera plié. Le propriétaire veut revendre à la mairie qui veut tout démolir, ils ont même exproprié des gens dans le quartier, donc nous des squatteurs, on n'a aucune chance d’y couper. Le propriétaire est une grosse société immobilière, et qui dit grosse société immobilière dit problème de logement d’une manière générale. 

 

Vous avez des plans pour après ?

 

Ce soir je vais ouvrir un nouveau lieu à côté pour qu’on squats, on en hiver. commence dès maintenant à déménager. Mais ce sera appeler un lieu temporaire, le lieu que j’aimerais vraiment ouvrir se lieux de trouve à Vitry-sur-Seine, il est beaucoup plus approprié pour qu’on puisse à nouveau ouvrir un vrai squat, ouvert, qui permette d’organiser des événements culturels, des concerts. Il n’y a pas de voisin autour. J’ai repéré l’endroit, il est abandonné depuis des années, le propriétaire est décédé, et pourtant il y a des caméras de surveillance, il faut donc que j’aille au cadastre pour en savoir plus.

 

Quand vous étiez à La Bouée ça se passait bien dans le quartier ?

 

Oui, mais on entendait souvent dire qu’on était un squat de toxicos. Tout ça parce qu’on faisait de la prévention des risques en travaillant avec la mission Squats de Médecins du Monde et le CAARUD de Villejuif. On distribuait des kits d’injection, des renifle-ta-paille. 

 

Tu travailles souvent avec Médecins du Monde ?

 

Oui, dès l’ouverture d’un nouveau squat j’appelle Roberto et Yaëlle, des alliés de poids. Ils font des lettres qui attestent qu’ils nous ont rendu visite à telle date pour nous protéger, c’est un nom connu qui calme les flics. Ils permettent également de faire de la réduction des risques, et puis ils distribuent des duvets militaires en hiver.

 

Il y a eu une évolution des squats toutes ces années ?

 

Il y a beaucoup plus d’ouverture d’esprit, les mentalités ont beaucoup évolué. Les squats tiennent plus longtemps aussi. Il y a 20 ans les squats duraient le temps d’un hiver. La Miroiterie, par exemple, est une expérience incroyable : ce squat a tenu 13 ans, mais c’est le seul lieu à avoir duré aussi longtemps. Le fait qu’il y ait une démarche, un projet artistique, ça donne un droit d’occuper les lieux. 

 

Tu as des ressources en France ?

 

Je touche le RSA, j’ai travaillé 2 ans dans la restauration pour ouvrir mes droits. J’avais fait une demande de logement à l’époque où je rêvais encore, mais aujourd’hui j’ai compris qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Aujourd’hui, j’aimerais bien réussir à ouvrir un squat qui devienne légal. Pas rémunéré, pas avec des subventions, parce que là tu rentres dans un système beaucoup trop contraignant, et la création doit être au maximum libérée de toute contrainte, mais légal.

 

Et entre deux squats, ça t’arrive de te retrouver à la rue ?

 

Ça m’est arrivé, j’ai même été en tôle pendant quatre jours une fois pour avoir dormi dans le jardin privatif d’une propriété abandonnée, un gardien m’a découvert.

 

Et dans le quartier ici ça se passe bien ?

 

Avec certains oui, très bien même. J’essaye toujours d’être très sociable. D’autres ont fait une pétition dès qu’ils nous ont vu arriver, ils ne savaient même pas pourquoi d’ailleurs. Je ne cherche pas à me cacher, il vaut mieux montrer que tu es là, si tu fais profil bas tu te mets automatiquement en position de faiblesse. C’est l’expérience qui m’a appris ça. Squatter c’est un acte de légitime défense contre un système qui privatise tout, c’est pas normal, et il faut dire cela avec des mots, avec des images. La propriété privée ça asservit l’être humain. Les squats on devrait les appeler lieux de vie.