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L'expérience de l'étiquetage

L'expérience de l'étiquetage

Toute société produit des étiquettes, à la fois des étiquettes banales qui permettent de s’orienter dans la vie, mais aussi des étiquettes discriminantes qui réduisent l’autre à des stéréotypes, aussi bien dans le monde du handicap, des personnes sans-abri ou des personnes ayant affaire à ce qu’on nomme en France la santé mentale.

Par Martine Dutoit

Les personnes stigmatisées peuvent également se saisir de ces étiquettes qu’on leur impose, les détourner pour ne pas en laisser l’usage aux autres, montrer qu’elles peuvent être autre chose que ce à quoi on voudrait les réduire. On peut s’emparer de son étiquette pour la dépasser, mais on peut également faire quelque chose en s’appuyant sur cette étiquette, fort de l’expérience que nous confère le handicap, la santé mentale ou la rue. Nos expériences ne sont jamais vaines, elles produisent des savoirs d’expérience, indispensables dans leur diversité même au bon fonctionnement de la communauté humaine. Encore faut-il pour cela faire place à ces savoirs d’expérience, leur permettre d’être reconnus et valorisés, ne pas les écraser sous le savoir institué des experts, reconnaître que ces personnes sont auteurs de leur propre vie, et non des victimes passives ballotées d’un point à l’autre des dispositifs supposés les prendre en charge.

 

Tirer les leçons de son expérience permet de communiquer avec d’autres personnes qui n’en sont pas au même point. Pour créer les conditions d’expression de ces savoirs, nous avons monté il y a quelques années un espace solidaire citoyen avec quelques personnes ayant des problèmes de santé mentale.

 

Lorsqu’elles rencontraient des médecins, elles avaient le sentiment que leur vie leur échappait. Elles avaient besoin de décrire leur parcours pour se le réapproprier, et nous avons construit un jeu pour amener d’autres personnes à rentrer dans leur vie, à en ressentir quelques aspects. Les émotions, elles, n’ont pas d’étiquette. On peut jouer sur les émotions pour faire bouger les représentations. Le jeu permettait cette rencontre et ce partage. Il ne s’agit pas de dire de manière artificielle qu’on peut vivre la vie de l’autre, mais de chercher ce qu’on peut partager en humanité parce qu’on a ressenti des émotions. On ne peut pas vivre à la place de l’autre ses expériences, mais on peut partager des émotions.