Accéder au site >
#LaRueAvecElles

MON BUS EST
UN REFUGE POUR LA NUIT

Chaque jour, 3 femmes seules sur 4 qui appellent le 115 de Paris ne trouvent pas de place d’hébergement.
J'agis

faire un don en ligne

Communiqués et tribunes

Les enfants SDF ont-il droit à un avenir ?

Tribune parue dans Le Monde le 18 octobre 2017

 

eric pliez Chaque nuit, à Paris, près de 500 enfants dorment dans la rue, trouvent refuge avec leurs parents dans les urgences d’hôpitaux, ou pour les plus chanceux chez des tiers, faute de places disponibles au 115. Qu’adviendra-t-il dans quelques semaines lorsque les températures entameront leur descente ? Nul le sait, tant la saturation des hôtels utilisés pour l’hébergement des familles atteint ces derniers mois un seuil exceptionnel.

 

La grande concertation axée sur la pauvreté des enfants et des jeunes, que lancera prochainement le président Emmanuel Macron, doit être enfin l’occasion de penser autrement les réponses que nous apportons aux familles et aux enfants en situation d’extrême précarité.

L’urgence impose tout d’abord de pallier au plus pressé et mobiliser tous les acteurs de la région Ile-de-France pour permettre aux familles SDF de traverser l’hiver à l’abri. Mais la concertation gouvernementale à venir doit aussi marquer l’engagement d’une décrue de l’hébergement à l’hôtel. En 2014, suite à l’enquête ENFAMS menée par l’Observatoire Samusocial de Paris qui dressa une appréciation accablante de la situation des familles à hôtel, le Ministère du Logement s’engagea dans un plan de réduction des nuitées hôtelières ayant pour objectif d’inciter à la production d’alternatives à l’hôtel, au rachat d’hôtels par les associations et à leur adaptation à la vie des familles. Ce plan constitue un premier pas. Mais il reste bien en deçà de l’ampleur des besoins. La progression du nombre de personnes hébergées à l’hôtel s’est poursuivie, atteignant en Ile-de-France 35.000, freinée essentiellement par la saturation des capacités du parc d’hôtels à bas coût. En dépit d’une dénonciation régulière, l’hôtel reste trop souvent la seule solution pour mettre à l’abri les familles sans domicile. Par facilité, par absence d’anticipation et par manque d’ambition politique. 

 

Pourtant des solutions existent. La transformation d’hôtels en résidences à vocation sociale gérées par les bailleurs sociaux ou les acteurs associatifs doit être considérablement accélérée, de même que le rythme de production d’hébergements alternatifs à l’hôtel. Un effort exceptionnel d’accès au logement des familles doit être entrepris. 44% des familles vivent à l’hôtel depuis plus de deux ans, un temps bien trop long.  Et l’hôtel doit définitivement cesser de servir de palliatif au déficit de dispositif d’accueil pour les familles demandeuses d’asile. Enfin, pour en finir avec cet hébergement indigne d’un pays aussi développé que le nôtre, extraire les familles migrantes des méandres administratifs dans lesquels elles se trouvent est indispensable. Il ne s’agit là que de pragmatisme : cesser de contraindre les familles avec un ou plusieurs enfants nés sur le territoire français à attendre de nombreuses années leur régularisation, les condamnant ainsi à l’extrême précarité et au recours aux dispositifs d’urgence sociale.

 

Quand bien même ces mesures seraient prises, sortir de l’hébergement hôtelier prendra plusieurs années. Probablement au moins dix ans. En attendant, les familles coincées dans l’hébergement hôtelier doivent pouvoir vivre dignement, et leurs enfants accéder à l’éducation. Un partenariat d’actions doit ainsi être mis en place entre les acteurs institutionnels et associatifs concernés. 5 enfants naissent chaque jour dans une famille hébergée par le Samusocial de Paris. 12 000 enfants vivent reclus avec leurs parents dans une chambre d’hôtel, sans intimité pour se construire. 

 

Sans même oser parler d’égalité des chances, notre devoir est d’agir pour leur construire un avenir.  

 

Eric Pliez, Président.

Indigo et le Samusocial de Paris signent une convention de partenariat pour porter assistance aux sans-abris

Communiqué paru le 21 mars 2017

 

 

 

En février, le Samusocial de Paris et les parkings Indigo ont signé une convention de partenariat pour former les agents de ses parkings à  porter assistance aux personnes sans-abris. Ils auront pour mission de recenser les personnes s’abritant dans ces lieux, de constater et faire remonter les situations d’urgence et de créer du lien social.

 

Les deux partenaires vont également mettre en place une action expérimentale dans deux parkings de maraudes professionnelles réalisées par le Samusocial de Paris. Ces rondes sont composées d’un(e) travailleur(se) social(e), d’un(e) infirmièr(e), et d’un chauffeur accueillant social allant à la rencontre des personnes la nuit dans les rues de Paris.

 

A l’initiative d’Indigo, ce partenariat fait suite à une étude terrain conjointe menée du 22 au 29 juin dans 78 parkings. Elle a permis de recenser 268 personnes, de sexe masculin pour 90 % d’entre elles, installées dans 54 parkings. Une cartographie a été réalisée, mettant en lumière les parkings les plus habités, parmi lesquels deux ont été sélectionnés pour l’expérimentation qui débutera en avril. Une maraude de nuit s’y rendra une fois par semaine durant tout le mois, relayée en cas de nécessité par la maraude de jour. 

 

Les deux acteurs se félicitent de cette collaboration qui témoigne l’attention que porte Indigo à former ses collaborateurs pour qu’ils soient en mesure de gérer le phénomène d’habitation des parkings et d’apporter des réponses respectueuses des personnes sans-abris.

 

Cette démarche pourra par la suite être étendue à d’autres parkings Indigo en France.

 

« Nos agents d’exploitation font face à une augmentation constante du nombre de sans-abris qui trouvent refuge dans nos parcs. Notre volonté n’est pas de fermer les yeux sur cette réalité mais bien d’adopter une démarche citoyenne et responsable. Le dispositif d’accompagnement imaginé en partenariat avec le Samusocial de Paris permettra notamment à nos collaborateurs d’être formés et sensibilisés aux différentes aides proposées aux personnes sans ressources à Paris.» Renzo Blivet, Directeur régional Paris d’Indigo.

Ouverture d’un accueil de nuit

Communiqué paru le 5 février 2017

 

 

Le 2 janvier, le Samusocial de Paris a ouvert un accueil de nuit de 15 places à proximité de son accueil de jour (Espace Solidarité Insertion) dans le 12ème arrondissement de Paris. Cet accueil expérimental, ouvert de 19h à 9h, 7 jours sur 7, donnera la possibilité de se reposer et prendre un repas à quinze personnes, hommes et femmes en situation de grande exclusion.

 

 

Accueillir ceux qui refusent les centres d’hébergement d’urgence

 

L’ouverture de cet accueil de nuit répond au besoin de structures différentes, aux règles souples, pour les personnes ayant de long parcours de rue, pour qui l’hébergement dans des structures collectives est inadapté : volonté de rester seul, refus de dormir dans des chambres, voire sur un lit, possibilité de sortir à tout moment, de consommer de l’alcool, de venir avec son chien… : autant de freins pour certaines personnes dans la rue.

 

 

Un accueil sur orientation

 

L’accueil à l’Accueil de nuit se fera sur proposition des équipes de l’Espace Solidarité Insertion situé sur le même lieu, sur orientation des maraudes de proximité. Les personnes ayant dormi une nuit auront la possibilité, si elles le souhaitent, de rester les nuits suivantes.

 

 

Soins et orientation

 

L’équipe de nuit sera composée d’un animateur et d’une aide-soignante qui disposera des possibilités offertes par l’accueil de jour pour réaliser des soins. Une astreinte médicale sera assurée en cas d’urgence. Et des bénévoles seront présents en début de soirée pour l’accueil. Outre offrir un lieu pour la nuit aux personnes les plus exclues, l’objectif de l’Accueil de nuit est de nouer des liens, et donner accès à des services dont les personnes sont aujourd’hui éloignées. L’interaction avec l’accueil de jour, sur le même lieu, devrait permettre de capter une partie de ce public afin de parvenir, sur le plus long terme, à des orientations vers des dispositifs d’hébergement d’urgence.

 

 

Pérenniser le lieu

 

Pour cet hiver, l’Accueil de nuit a pris place dans deux salles du bâtiment principal du centre du 12ème arrondissement. A l’issue d’une période de six mois, il devrait être pérennisé par la mise en place de structures modulaires dans l’enceinte du bâtiment.

15 propositions pour la rue cesse d'être une fatalité pour les personnes sans-abri vieillissantes

Communiqué paru le 11 Octobre 2016

 

 

Si l’âge moyen au décès des personnes sans-abri est de 49 ans contre 82 ans pour le reste de la population, il n’en demeure pas moins que l’on trouve parmi les personnes sans-abri un nombre grandissant de personnes âgées.

16% des personnes actuellement hébergées dans les centres d’hébergement d’urgence à Paris ont plus de 60 ans, un pourcentage pouvant atteindre jusqu’à 40% dans certaines structures du Samusocial de Paris.

 

Des critères d’âge inadaptés pour les publics à la rue

 

Les personnes sans-abri vieillissantes se révèlent souvent trop âgées pour relever de certaines structures en particulier les CHRS qui accompagnent les personnes dans des dynamiques d’insertion socioprofessionnelle. Elles sont dans le même temps parfois trop jeunes pour entrer dans des dispositifs  dédiés aux personnes âgées : foyers logement, EHPAD, qui seraient pourtant adaptées compte tenu du vieillissement précoce provoqué par la rue.

Orienter des personnes entre 50 et 60 ans relève ainsi souvent du parcours du combattant, entraînant au mieux la stagnation des personnes dans des structures d’urgence, de stabilisation  ou de soins tels que les LHSS ou les LAM, au pire des retours à la rue.

 

Stigmatisation des personnes

 

Du fait d’une méconnaissance des publics sans-abri accueillis en centres d’hébergement d’urgence, de nombreuses structures freinent leur admission de crainte de difficultés liées à la cohabitation avec les résidents, ou encore à la consommation d’alcool, et ce même lorsque les personnes sont sevrées depuis longtemps.

Des difficultés liées au statut
Enfin, condition sine qua non à l’admission dans les structures pour seniors, la régularité du séjour en France est une barrière pour beaucoup infranchissable du fait de situations administratives complexes, parfois liées à la perte d’identité ou de tout historique administratif dans le pays d’origine.  

 

15 Propositions pour améliorer la prise en charge

 

Le Samusocial de Paris a remis à la Ville de Paris 15 propositions dans le cadre du renouvellement du schéma parisien en direction des seniors 2017-2021.

  • Faciliter l’accès aux structures de droit commun, notamment en simplifiant l’accès l’aide sociale légale,
  • Renforcer la coordination et l’intervention conjointe des acteurs du secteur social, du médical et médico-social,
  • Développer des dispositifs intermédiaires, comme la prise en charge temporaire intégrant l’accompagnement social afin de permettre à la personne de s’adapter ou la création de structures spécifiques adossées à des EHPAD…

Des mesures simples et pragmatiques qui peuvent réellement changer la donne et permettre aux sans-abris de vieillir dignement.

L'ensemble des mesures sur ce lien.

Don de bouteilles d'eau pour les personnes sans-abri

Communiqué paru le 5 juillet 2016

 

Le Samusocial de Paris et la Fédération Nationale des Eaux Conditionnées et Embouteillées (FNECE) signent un partenariat de 3 ans.

 

Depuis l’épisode de la canicule 2015, la FNECE apporte son soutien au Samusocial de Paris à travers des dons de bouteilles d’eau à destination des personnes sans abri et prises en charge via l’association. Les deux parties prenantes ont officialisé un partenariat de 3 ans portant sur un engagement de 100 000 bouteilles chaque année. Cette collaboration prend tout son sens la veille des départs en vacances, où les plus démunis affrontent souvent l’été seuls, avec un besoin fort en hydratation.

 

 

Plus de 100 000 bouteilles d’eau distribuées chaque année jusqu’en 2018

 

Pour favoriser l’accès à l’eau pour les plus démunis, la FNECE s’engage à mettre à disposition
100 000 bouteilles d’eau par an.

 

A titre indicatif, 22 000 bouteilles ont été distribuées l’année dernière dont 5 000 lors de la canicule. 51 000 bouteilles d’eau sont déjà distribuées depuis le début 2016.

 

Denis Cans, président de la Fédération Nationales des Eaux Conditionnées et Embouteillées, précise que « cette initiative de solidarité s’inscrit dans une démarche plus globale de la filière de soutien aux populations en cas d’urgence. Par exemple, les entreprises adhérentes interviennent déjà localement : personnes privées d’eau potable lors d’intempéries, d’inondations ou pour aider les associations œuvrant pour le bénévolat. »

 

Les structures du Samusocial de Paris sont approvisionnées en eaux minérales et eaux de sources et peuvent ainsi répondre à la totalité des besoins en eau des personnes hébergées ou prises en charge. Les maraudes, notamment, bénéficient également de ces livraisons.

 

 

Un risque de déshydratation plus fort pour les personnes vivant dans la rue

 

Les équipes professionnelles du Samusocial de Paris, dans leurs maraudes mais également dans les structures, portent une attention particulière aux risques de déshydratation. Elles distribuent systématiquement des bouteilles d’eau aux personnes qu’elles rencontrent, les incitent à boire souvent sans attendre la sensation de soif et à moins se couvrir ; elles les orientent vers des lieux protégés de la chaleur.

 

« On pense souvent que l’eau est facile à trouver, mais pour des personnes en situation de grande exclusion, ayant perdu tout repère et pour certaines à mobilité réduite, y accéder n’est pas simple. Oser entrer dans un café pour demander un verre d’eau n’est pas évident. Se déplacer jusqu’à un point d’eau peut être aussi difficile parce que cela nécessite de laisser toutes ses affaires à l’endroit où l’on vit, au risque de se faire tout voler. Boire de l’eau n’est donc pas un geste quotidien. Ce n’est souvent pas non plus une priorité. Boire signifie souvent boire de l’alcool. Sans que la personne ait conscience que l’alcool déshydrate. Nous portons l’été une attention plus particulière aux risques de déshydratation qui peut conduire à un syndrome confusionnel, dont les symptômes peuvent laisser penser à des problèmes psychiatriques. » témoigneMickaël Sarah, infirmier, de l’équipe mobile d’aide.

 

« Pouvoir donner à ces personnes des bouteilles d’eau, c’est envoyer un message sur l’importance de l’hydratation, et leur laisser un élément qui leur rappel que boire de l’eau est indispensable.

S’il est difficile de mesurer les effets de la déshydratation sur les personnes vivant à la rue, il est évident que celles-ci courent plus de risques que d’autres compte tenu de leur consommation d’alcool, du peu d’attention qu’elles portent à ce geste de santé, et des difficultés à trouver des ressources en eau » expliqueEmilie Baron, infirmière, maraude de jour.

 

 

Continuer d’agir en été

 

Les personnes vivant à la rue sont davantage exposées aux risques de déshydratation. Or, une bonne hydratation est tout simplement vitale pour l’organisme, surtout en période de fortes chaleurs.

 

En 2014, le Collectif des Morts de la Rue confirmait 570 décès sur les 2338 personnes sans domiciles et non signalées durant toute l’année. Sachant que la mortalité des personnes sans-abri connaît un pic important au début de l’été et au début de l’automne.

 

Le plan canicule prévoit généralement le renforcement des maraudes pour procéder à des distributions d’eau, repérer et soutenir les personnes à la rue, rappeler les conseils élémentaires, orienter vers les points d’eau pour se rafraichir, ou vers les Urgences si nécessaire.

 

« Aller vers les personnes qui ne demandent plus rien, telle est la mission fondatrice du Samusocial de Paris. Pouvoir approvisionner celles-ci en eau est un geste fondamental, que le partenariat avec la FNECE permet de garantir » conclut Christine Laconde, Directrice générale du Samusocial de Paris.

 

 

 

A propos de la FNECE

La Fédération Nationale des Eaux Conditionnées et Embouteillées représente la Chambre Syndicale des Eaux Minérales et le Syndicat des Eaux de Sources.

La Chambre Syndicale des Eaux Minérales regroupe l’essentiel des acteurs minéraliers français. Cette industrie représente 88 sources d’eau minérale naturelle réparties sur le territoire.
Le Syndicat des Eaux de Sources, créé en 1983, est un syndicat professionnel regroupant une majorité de producteurs d’Eau de Source ayant à ce jour 35 sites d’embouteillage (sur 47) dont 8 usines dans les DOM/TOM.

Contact presse : Caroline Chadal – caroline@chadal-rp.fr - 06 78 34 98 53

 

A propos du Samusocial de Paris

Le Samusocial de Paris répond aux besoins des personnes qui, dans les rues de Paris, sont en situation de détresse physique et sociale. Ses équipes médico-sociales vont à la rencontre des personnes, orientent, accompagnent, hébergent et apportent des soins infirmiers.

Contact presse : Stéphane Delaunay - communication@samusocial-75.fr - 01 82 01 24 86

 

Accompagner l’élan de solidarité des particuliers pour les réfugiés

Communiqué paru le 12 mai 2016

 

Depuis plusieurs mois, la société civile s’organise pour accueillir dignement les personnes réfugiées qui font le choix de la France pour leur demande d’asile. Parmi les nombreuses initiatives figurent des propositions d’accueil chez l’habitant.

 

Accompagner l’élan de solidarité

Pour accompagner ce mouvement en offrant un cadre professionnel qui permette à la fois de simplifier les questions organisationnelles et de poser un cadre éthique, le Samusocial de Paris a décidé d’expérimenter un dispositif d’accompagnement. Baptisé ELAN et soutenu par la Fondation BNP Paribas, ce programme propose d’offrir aux personnes réfugiées statutaires hébergées ainsi qu’aux familles d’accueil un cadre sécurisant et un suivi par des intervenants professionnels : psychologues, travailleurs sociaux et conseillers en insertion professionnelle.

 

Soutenir les personnes qui s’engagent

Parce qu’accueillir une personne en exil est loin d’être anodin et suppose une certaine solidité psychologique, le dispositif ELAN propose d’évaluer la pertinence des offres d’accueil, de préparer les futurs accueillants et de soutenir la cohabitation quotidienne à l’aide d’une cellule de médiation et des temps de supervisions.

 

Favoriser l’insertion des réfugiés

Le dispositif ELAN assurera tout d’abord une stabilité résidentielle par une contractualisation des engagements de chaque partie. Il proposera aux personnes accueillies un accompagnement psychologique, social, et vers l’emploi grâce à l’intervention de professionnels et à un maillage associatif.

 

Appel à candidatures

Sur la base du volontariat, ce sont 200 familles accueillantes et 100 personnes accueillies qui entreront ainsi dans l’expérimentation.

Afin de recruter les personnes entrant dans ce nouveau dispositif, le Samusocial de Paris s’est d’ores et déjà rapproché des différents acteurs associatifs favorisant l’accueil par les particuliers. Les personnes intéressées peuvent également se rendre sur son site internet www.Samusocial.paris afin de déposer leur candidature.

Respecter les droits fondamentaux des migrants

Communiqué paru le 9 mai 2016

 

 

L’évacuation mercredi 4 mai au petit matin du lycée Jean Jaurès dans le 19ème occupé par un peu moins de 300 migrants marque la limite des mesures engagées par l’Etat pour accueillir les personnes fuyant leur pays, victimes de la guerre et de l’extrême pauvreté.

Face à une présence policière massive et aux menaces de placement de certains migrants en centre de rétention, la plupart des  associations et opérateurs sociaux présents sur place ont refusé de participer à une opération mal préparée, qui ne présentait pas les conditions minimales de respect des droits fondamentaux et de la dignité des personnes. Une situation consternante et d’autant plus surprenante que les acteurs de la solidarité se sont engagés depuis plusieurs mois, dans un climat de confiance avec les pouvoirs publics, à héberger et à accompagner vers l’asile les personnes en sortie de campement dans la capitale.

L’action des associations et acteurs de solidarité est guidée par des principes intangibles d’accueil humanitaire inconditionnel et d’accompagnement social, incompatibles avec le tri des personnes, les pressions policières et les menaces de mesures de reconduite à la frontière. Nous demandons au gouvernement de réaffirmer ces principes et de respecter ses engagements humanitaires et internationaux à l’égard de tous les migrants présents sur le territoire, à Paris comme à Calais.

Malgré les nombreuses places créées en Ile-de-France depuis plusieurs mois pour héberger les migrants, la pénurie constante d’hébergement est source de fortes tensions.

 

Pour sortir de la crise, nous demandons un plan d’urgence national interministériel, concerté avec les associations, articulé autours de plusieurs principes :

-    répondre à la pénurie de capacités d’accueil par une mobilisation massive et rapide de logements sociaux ou privés à vocation sociale et l’ouverture de centres d’hébergement et d’accompagnement sur l’ensemble du territoire national. Mobiliser tous les bâtiments publics disponibles et adaptés à un accueil digne, y compris via la réquisition. Ces réponses et ouvertures doivent s’articuler avec les 115 et les SIAO pour éviter la concurrence entre les publics à la rue et « desserrer » la pression en l’Ile-de-France. Nous demandons également une mission d’observation et d’évaluation des besoins des migrants présents en campement pour mieux connaître leur parcours, leur situation et adapter les solutions

-    Accélérer et amplifier les ouvertures de CADA et de centre provisoires d’hébergement pour les réfugiés afin de fluidifier les sorties d’hébergement temporaire et de campements

-    Réduire les délais d’attente en préfecture pour l’admission au séjour au titre de l’asile, en application de  la loi

-    Renforcer l’intervention des maraudes sociales pour éviter la constitution et surtout le grossissement des campements et compléter l’action de celles-ci par des accueils de jour spécialisés

-    Engager une politique nationale volontariste d’intégration des réfugiés par la mobilisation des services publics et des associations sur l’accès aux droits sociaux, aux soins, l’apprentissage du français, la scolarisation des enfants, l’accès au logement, la formation professionnelle et l’accès à l’emploi.

L’Etat a annoncé l’arrivée en France d’environ 800 personnes migrantes par mois dans le cadre du plan de relocalisation européen. Pour respecter cet engagement que nous soutenons, la mise en œuvre de ce plan est d’une urgente nécessité.

 

Signataires :

FNARS (Fédération nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion sociale), Fondation Abbé Pierre, France Terre d’Asile, Association Aurore , Samusocial de Paris, Fondation Armée du Salut, Groupe SOS, Emmaüs Solidarité, Coallia

Des femmes à la rue de plus en plus nombreuses

Communiqué du 8 mars 2016

Journée des femmes, pour l'égalité des droits

 

En 2015, 5 346 femmes ont émis une demande d’hébergement au 115 de Paris. 54,2% d’entre elles appelaient pour la première fois le numéro d’urgence, traduisant une recrudescence de femmes se retrouvant à la rue.Comme pour tous les publics, les parcours qui peuvent mener les femmes à la rue sont divers. 30,1% des appelantes au 115 de Paris déclarent se retrouver dans l’urgence suite à l’expulsion d’un tiers, 10% pour motifs familiaux.
Séparation, violences conjugales, migration, perte soudaine de ressources, des fragilités particulières conduisent cependant les femmes à devoir faire appel au dispositif d’urgence.

Au-delà de cette demande exprimée, n’oublions pas que nombreuses sont les personnes qui renoncent à appeler le 115 compte tenu de l’absence fréquente de solution d’hébergement proposée.

 

UN MANQUE DE PLACES SPECIFIQUES
Le 1er mars dernier, le 115 de Paris a hébergé 425 femmes, dont 183 dans une structure ouverte dans le cadre du dispositif hivernal. Cette nuit-là, 65 femmes sont restées sans hébergement.
Entre 2014 et 2015, le nombre moyen de demandes non pourvues pour chaque femme ayant émis une demande d’hébergement au 115 est en effet passé de 6.4 à 8.5, traduisant le manque de places dès lors que plus de femmes émettent une demande au 115.

Pour comprendre les parcours qui peuvent mener des femmes à la rue, les difficultés particulières que celles-ci rencontrent, leur donner la parole à l’occasion de la journée des droits des femmes a semblé le plus approprié. Pour lire leurs témoignages, cliquez ici.

Migrants : il y aura un avant et un après l'évacuation de la Chapelle

Tribune parue dans Libération le 29 juillet 2015

 

Il pourrait y avoir un avant et après le camp de La Chapelle. Parce que son évacuation aura permis aux pouvoirs publics de prendre conscience des changements à l’œuvre dans le profil des arrivants, et de l’inadéquation des recettes d’hier en matière de gestion des flux, les évacuations plus récentes auront été mieux préparées, avec des solutions d’hébergement dignes et stables. 

 

Premier signe encourageant, il n’aura pas été fait appel à l’hôtel, dont les acteurs ne cessent depuis plusieurs années de clamer qu’il ne constitue pas un dispositif d’accueil adapté, mais à des centres d’hébergement d’urgence transitoires permettant aux personnes de se poser, d’être informées et de se déterminer sur leur demande, accompagnées par des acteurs associatifs. Parce que pour comprendre ses droits, les possibilités qui sont offertes par la France, et prendre des décisions qui engagent sa vie, un minimum de temps est nécessaire. Ces centres aujourd’hui ouverts permettront, on peut l’espérer, d’éviter la reconstitution de camps. Le projet de kiosque d’information pour les réfugiés de la Mairie de Paris va également dans ce sens. Transparence et information, deux conditions clés pour mieux accueillir les personnes, et éviter qu’elles ne soient le jeu des passeurs qui aujourd’hui manipulent leur détresse sur fond de désorganisation institutionnelle.    

 

Craindre un appel d’air n’a pas de sens. Des milliers de personnes sont aujourd’hui prêtes à risquer leur vie en mer, et à accepter une fois parvenues en Europe des conditions de vie parfois bien moins confortables que celles qu’elles ont quittées. Engendrée par les bouleversements politiques aux frontières de l’Europe et une misère qui laisse des générations sans aucun espoir dans leur pays, cette migration de fuite voit aujourd’hui dans l’Europe non pas un eldorado mais un ailleurs où pouvoir construire sa vie. Plutôt que de subir ces flux, d’ériger des barrières vouées à l’inefficacité, l’Europe s’illustrerait en menant une réflexion collective sur les stratégies à adopter pour harmoniser les conditions d’accueil et éviter le jeu des individualismes nationaux. Sujet politiquement délicat, mais qui pourrait témoigner de sa capacité à embrasser d’autres thématiques que la dette.

 

La France, qui entame aujourd’hui une réforme du droit d’asile, pourrait porter ce projet, tout en initiant sur son territoire une réflexion collective sur les conditions d’accueil avec l’ensemble des acteurs concernés. Car si des progrès sont en passe d’être accomplis, n’en demeurent pas moins encore de nombreux problèmes non résolus pour une grande partie des migrants présents sur notre territoire : personnes déboutées du droit d’asile pour lequel tout retour au pays s’avère impossible, migrants présents depuis de nombreuses années, pourtant non régularisables, qui, sans droits ni ressources suffisantes, se retrouvent dans des dispositifs d’urgence saturés, ou hébergés à l’hôtel. Par ailleurs, parmi les centres d’hébergement ouverts pour l’accueil des réfugiés à Paris se trouvent bon nombre de centres habituellement utilisés dans le cadre du plan hivernal. Ainsi, à la satisfaction de voir s’améliorer les conditions d’accueils des uns, se mêle le crainte de connaître un hiver cataclysmique pour de nombreux sans-abris qui restent trop nombreux à la rue faute de place dans les dispositifs d’urgence.

 

Loin des sondages d’opinion, des idéologies et de toute récupération politique, le moment semble venu de réfléchir à l’articulation des politiques sociales et migratoires et à leur adaptation aux différents publics sans domicile.

 

 

Eric Pliez. Président du Samusocial de Paris

Réforme du droit d'asile

Lettre ouverte au Ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, le 28 mai 2015

 

 

Monsieur le Ministre,

 

 

Les associations de solidarité et de défense des Droits de l’Homme sont indignées devant certaines dispositions du texte de loi portant réforme du droit d’asile en France telles qu’elles ressortent du débat au Sénat et entendent vous alerter sur les conséquences graves qu’elles emporteraient sur notre modèle d’assistance et de solidarité nationale si elles étaient confirmées dans le texte final. Plusieurs mesures nouvelles par rapport au texte adopté par l’Assemblée Nationale remettent en effet profondément en cause nos valeurs républicaines, notamment la reconnaissance de l’égalité entre tous les individus.

 

 

Nous déplorons les reculs historiques que les discussions au Sénat de cette semaine font subir aux droits fondamentaux, et tout particulièrement au respect des conditions d’accueil et d’hébergement des demandeurs d’asile. Nous regrettons que ces débats aient une nouvelle fois entretenu la confusion entre le devoir de protection incombant à la France au regard de ses obligations internationales à l’égard des réfugiés et une politique de régulation accrue des flux migratoires, amalgame incompatible avec les enjeux de la demande d’asile.

 

 

Pour la première fois, ce texte remet en cause l’accueil inconditionnel, principe fondateur de l’action sociale à l’égard des personnes en situation de précarité qui prévoit que « toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence ». Or, le projet de loi exclut désormais de l’hébergement les déboutés du droit d’asile et leurs enfants. Il fait donc primer le statut administratif des personnes sur leur situation réelle pour leur refuser l’accès au droit fondamental que constitue l’hébergement d’urgence. Les associations refuseront de faire le tri entre les « bons et les mauvais pauvres » en fonction de leur situation administrative.

 

 

Être à la rue caractérise une situation de détresse en soi qui doit obliger la collectivité publique à proposer une solution d’hébergement digne à ceux qui en ont besoin. Ce principe n’a jamais été remis en question à ce jour et doit impérativement être maintenu au risque d’accroître le nombre de familles très vulnérables vivant à la rue, dans des squats ou des bidonvilles. Les exclure de l’hébergement revient aussi à entraver leur accès aux soins, avec les conséquences sanitaires que l’on peut imaginer. Rappelons que les étrangers sans papiers ne sont pas sans droits, ce que reconnaissent la loi française et les conventions internationales. Ils ne peuvent être déchus ni de leurs droits fondamentaux, ni de leur dignité.

 

 

En dépit des multiples mises en garde des associations, le projet de loi issu du Sénat instaure de plus des centres dédiés pour les personnes déboutées du droit d’asile, au sein desquels elles se verraient proposer une aide au retour. L’accès aux droits fondamentaux comme le respect de la dignité des étrangers sans papiers sont des aspects de la solidarité qui ne peuvent être aussi aisément gommés ou entravés. Les associations doivent pouvoir répondre à leur demande qui est avant tout sociale. Il ne peut s’agir d’une simple proposition de retour dans leur pays d’origine. De plus, nous nous inquiétons fortement du rôle qu’il serait demandé aux travailleurs sociaux de jouer dans le cadre de ces centres dédiés. A aucun moment ils ne sauraient participer aux missions de contrôle et d’éloignement relevant du Ministère de l’Intérieur.

Nous, associations, qui accueillons au quotidien des personnes démunies, à la rue, en situation d’extrême vulnérabilité et de précarité, vous demandons Monsieur le Ministre, d’intervenir pour supprimer ces dispositions contraires à nos missions de solidarité, qui entretiennent la suspicion et la stigmatisation à l’égard des étrangers et vont à l’encontre de la cohésion nationale.

 

 

Nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de notre considération.

 

 

Liste des Signataires :

  • Yves BALLARD, Président de Dom'Asile
  • Thierry BRIGAUD, Président de Médecins du Monde
  • Philippe COLOMB, Président de l’Ardhis
  • Michel CROC, Président de JRS France
  • Françoise DUMONT, Présidente de la Ligue des droits de l’Homme
  • Raymond ETIENNE, Président de la Fondation Abbé Pierre
  • Didier FASSIN, Président du COMEDE
  • Véronique FAYET, Présidente du secours catholique Caritas France 
  • Louis GALLOIS, Président de la FNARS
  • Geneviève JACQUES, Présidente de la CIMADE
  • Marysia KHALESSI, Présidente de Français Langue d’Accueil
  • Thierry KHUN, Président d’Emmaus France
  • Patrick LAPORTE, Président de COALLIA
  • Gabriel NISSIM, Président de l’ACAT
  • Eric PLIEZ, Président du Samu Social de Paris
  • Jacques RIBS, Président de France terre d'asile & Pierre HENRY, Directeur Général de France terre d'asile
  • Antoine RICARD, Président du Centre Primo Levi
  • Régis VANDERHAGHEN, Président de Groupe Accueil et Solidarité

 

Accueil des migrants : appel à une conférence de consensus

Communiqué paru le 24 avril 2015

 

Belle idée que celle d’un sommet extraordinaire du Conseil de l’Europe pour répondre enfin à la crise en mer Méditerranée. Et belle déception hier suite à des décisions loin des attentes et nécessités, même s’il aurait été étonnant que les 28 parviennent à s’entendre sur une politique d’accueil et de solidarité au niveau européen, quand peu de pays s’avèrent capables au niveau national de mettre en œuvre des dispositifs adaptés. En France, depuis une dizaine d’années, la saturation du dispositif d’accueil des migrants, sans parler de son inadaptation aux nouvelles formes de migrations, ne fait l’objet d’aucune remise en question, déversant à la rue un flux toujours plus important de personnes en détresse. L’heure ne pourrait-elle être à une réflexion sur les modalités d’accueil des migrants sur le territoire français ? 

 

SATURATION ET INADAPTATION

 

En Île-de-France, et plus spécifiquement à Paris, point d’arrivée ou de transit des trajectoires migratoires, les dispositifs d’urgence, respectant le principe d’inconditionnalité de l’accueil, tentent de répondre à une demande en croissance constante de personnes seules ou en famille ayant fui leur pays pour des raisons économiques ou politiques. Mission impossible pour des dispositifs qui doivent faire face aux conséquences d’une crise économique au long court, et à des évolutions sociologiques pourvoyeuses d’exclusion, telles que la disparition des solidarités familiales.

 

Quelques chiffres suffisent à illustrer la situation : 55% des appels au 115 de Paris étaient en 2014 des appels de familles, en croissance de 16 % sur cette seule année, et actuellement, 31 000 personnes en familles sont hébergées à l’hôtel en Île-de-France. 90% d’entre elles originaires d’un autre pays que la France.

 

Les dispositifs d’urgence, conçus comme des filets de sécurité pour des personnes en situation de grande exclusion économique et sociale, centrés sur la création de lien social, la mise à l’abri, les démarches d’ouverture des droits, la préparation et l’orientation vers des dispositifs de réinsertion, ne constituent pas des solutions adaptées à des migrants isolés ou en famille, qui nécessitent un accompagnement spécifique mêlant soutien psychologique, accompagnement juridique dans les démarches de demande d’asile, et hébergement pour des durées correspondant au temps d’étude de leurs dossiers. Abandonnés dans ces dispositifs, de nombreuses personnes perdent un temps utile à leur insertion, et voient leurs perspectives de régularisation se réduire.

 

POUR UN ACCUEIL DANS LA DIGNITE

 

La politique d’accueil de la France pour les familles en exil doit-elle se résumer à l’hébergement dans des chambres d’hôtels ? Comme l’a récemment révélé une enquête1 menée par l’Observatoire de Samusocial de Paris, à l’hôtel, près de 8 familles sur 10 et 2 enfants sur 3, pour ne citer que ces chiffres, souffrent d’insécurité alimentaire. Elles sont par ailleurs laissées sans moyen de conquête d’une quelconque autonomie, ne serait-ce que par l’apprentissage de la langue et sans possibilité de travailler pour subvenir à leurs besoins le temps que leur demande soit étudiée. Quant aux jeunes, eux aussi de plus en plus nombreux, un hébergement à la nuitée dans des centres sans aucun accompagnement ne constitue pas non plus une politique d’accueil digne d’un pays comme la France, et gâche les chances d’intégration de personnes prêtes à se reconstruire et à participer au dynamisme économique et culturel du pays.

 

AFFRONTER COLLECTIVEMENT LES REALITES

 

 Loin de tout angélisme, imaginer que la mise en place de dispositifs adaptés répondant aux besoins aboutirait à un appel d’air est peu réaliste lorsque l’on regarde la réalité en face : des milliers de personnes sont aujourd’hui prêtes à risquer leur vie en mer, et à accepter une fois parvenues en Europe des conditions de vie bien moins confortables que celles qu’elles ont quittées. Si la préservation de l’inconditionnalité de l’accueil dans les dispositifs d’hébergement d’urgence demeure impérative, elle va de pair avec une réflexion collective sur  la place de ces dispositifs d’urgence dans les parcours des personnes migrantes. Héberger et accompagner les demandeurs d’asile, traiter rapidement les demandes de migration économique, informer de manière transparente les candidats à la migration sur les conditions d’accueil, aborder la question de l’accompagnement au retour des personnes déboutées pour en faire un levier d’insertion dans les pays d’origine, régulariser les personnes sans statut depuis longtemps sur le territoire, sont autant de questions qu’il conviendrait de pouvoir réfléchir collectivement à travers une conférence de consensus.

Fin de trêve hivernale : le 115 de Paris et le SIAO Urgence saturent

Communiqué paru le 31 mars 2015

 

Les 115 de Paris, Seine-Saint-Denis et du Val d’Oise ne décrocheront pas leur téléphone ce jour. Les travailleurs sociaux et les écoutants ont décidé de stopper le travail durant plusieurs heures, pour protester contre la fermeture de places hivernales et l’absence de réponse positive à donner aux personnes sans abri, en ce 31 mars, synonyme de la fin de la trêve hivernale en France.

 

« Après les avoir accompagnés, écoutés, soutenus pendant des semaines, je vais devoir demander aux personnes de quitter le centre d’hébergement demain matin à huit heures… Ils vont à nouveau dormir dehors alors qu’ils commençaient à se reposer et à entamer des démarches de réinsertion. J’ai l’impression que tout notre travail a été inutile… », explique un travailleur social qui a pris la difficile  décisionde faire grève.

 

Malgré les annonces positives de création et de pérennisation de 2 000 places la semaine dernière par le ministère du Logement, les associations sont face à une réalité imminente : elles n’ont pas assez de places à proposer aux personnes, et celles annoncées ne sont pas mobilisées à ce jour sur de nombreux territoires.

 

Et, plus inquiétant encore, aucune annonce officielle et précise de pérennisation de places n’a été faite aux associations en Ile-de-France alors qu’il s’agit du territoire français le plus en difficulté pour accueillir les personnes sans-abri.

 

  • A Paris : 360 places sur les 780 mobilisées cet hiver ferment ce jour. 100 personnes seront remises à la rue sans autre perspective que de composer le 115. Un numéro d’urgence saturé,  qui n’arrive d’ores et déjà  pas à mettre à l’abri les 190 femmes et hommes seuls qui  le contactent quotidiennement et  les 150 à 200 personnes en familles dont les demandes restent non pourvues chaque jour.

 

  • En Seine-Saint-Denis : 55 personnes sont remises dehors sans solution ce jour, suite à la fermeture de 5 sites hivernaux. Ils viendront grossir la liste des 150 personnes qui restent sans réponses par manque de places sur une journée au 115. D’autres sites temporaires sont prolongés, pour quelques semaines pour certains et quelques mois pour d’autres.  Leur devenir et les perspectives apportées aux 260 personnes qui y sont actuellement hébergées, reste, elle, une question ouverte.

 

  • Dans le Val d’Oise : 75 personnes isolées sont menacés de remise à la rue sèche suite aux fermetures de différentes structures. Ils viendront s’ajouter aux 200 personnes qui appellent chaque jour le 115, sans que des solutions ne puissent leur être proposées faute de places. Les associations s’inquiètent également des relogements des familles, alors que le nombre de places doit passer de 550 places à 350 en juin.

 

Les associations refusent la remise à la rue massive des sans abri, et n’ont pas à faire le tri entre les populations les plus fragiles. Le temps presse, et les pouvoirs publics ne peuvent pas rester silencieux devant cette ultime alerte que constitue ce mouvement des professionnels investis dans leur travail auprès des plus démunis.

Hébergement : l'urgence des familles

Tribune parue dans Libération le 24 octobre 2014

 

En Ile-de-France, l’hôtellerie dite «sociale » affiche aujourd’hui complet. Avec un flux de 45 nouvelles demandes de personnes en famille chaque jour au 115 de Paris, cet hiver, ce sont plusieurs centaines d’enfants qui dormiront dans les rues. Faudra-t-il se contenter de l’ouverture de gymnases, consacrant une gestion saisonnière de court terme de l’urgence ? Devrons-nous accepter d’abaisser le standard déjà peu élevé des hôtels dans lesquels sont hébergées les familles ? Ces solutions, nous les refusons collectivement.

 

D’après les résultats d’une enquête menée par l’Observatoire du Samusocial de Paris, dans les familles hébergées en Ile-de-France, 41% des enfants sont contraints de dormir dans le même lit que leurs parents, près de 8 familles sur 10 et 2 enfants sur 3 sont en insécurité alimentaire, 29% des mères souffrent de dépression, et l’on observe une prévalence de l’obésité bien supérieure à la population générale… Médecins du Monde, dans son dernier rapport annuel, fait aussi le constat de patients qui ont faim dans les mêmes proportions,  et qui de surcroit accusent un retard de recours aux soins dans 36% des cas2. L’hôtel, en dix ans, est devenu un cache misère où s’entassent des familles reléguées de plus en plus loin du centre de Paris. Et de solution provisoire pour une mise à l’abri, l’hôtel s’est installé comme la salle d’attente d’une très hypothétique sortie vers le logement. En Ile-de-France, 545 familles attendent ainsi à l’hôtel depuis plus de cinq ans. 

 

En dépit d’une dénonciation régulière par les acteurs du champ de l’exclusion, l’hébergement en hôtel a continué d’être la solution privilégiée par l’Etat pour les familles. En 2015, l’Etat prévoit à nouveau une hausse des fonds dédiés l’urgence, et notamment à l’hôtel, au détriment des solutions plus pérennes. Pourtant, d’autres solutions sont possibles. Elles permettraient de réorienter la dépense hôtelière, qui atteindra 175 millions d’euros en 2014, vers des solutions plus adaptées et proches du logement. Accroître le nombre de places dans des dispositifs spécifiques d’accueil pour les familles demandeuses d’asile, développer l’hébergement en appartements partagés, créer une offre de résidences d’accueil gérées par les bailleurs sociaux ou les acteurs associatifs : autant de propositions adressées à l’Etat, aujourd’hui en attente d’une impulsion politique.

 

Avec la crise qui dure en France, et l’amplification des zones de conflit aux frontières de l’Europe, il serait vain d’imaginer que le flux de familles en situation d’exclusion se tarira dans les prochaines années. Des solutions structurées doivent donc être mises en œuvre. C’est la raison pour laquelle nous appelons également à l’organisation d’une conférence de consensus pour ouvrir un débat national sur les politiques d’hébergement et d’accompagnement des familles en grande précarité.

 

Louis GALLOIS Président de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (Fnars), Etienne PINTE Président du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, Eric PLIEZ Président du Samu social de Paris, Thierry BRIGAUD Président de Médecins du monde, RESF RÉSEAU EDUCATION SANS FRONTIÈRES et Secours Catholique -CARITAS FRANCE

Réformer l'hébergement d'urgence des familles

Communiqué paru le 1er octobre 2014

 

Plus de 80% de familles sous le seuil de pauvreté, près de 8 familles sur 10 et 2 enfants sur 3 en insécurité alimentaire, 29% de mères souffrant de dépression, une prévalence de l’obésité bien supérieure à la population générale… : les résultats de l’étude ENFAMS (Enfants et Familles sans logement en Ile-de-France) menée par l’Observatoire du Samusocial de Paris rappellent que l’hébergement à l’hôtel ne constitue pas une solution pour les familles. La dénonciation de l’hôtel comme solution inadaptée pour l’hébergement des familles n’est pas nouvelle. Les résultats de l’étude ENFAMS viennent cependant y adjoindre un constat scientifique.

 

AGIR MAINTENANT POUR AMELIORER LES CONDITIONS DE VIE A L’HôTEL

 

Le Samusocial de Paris a engagé un travail d’amélioration de la qualité des hébergements et entend le poursuivre en favorisant l’implantation dans les établissements d’un espace de vie collective, d’une buanderie et d’une cuisine, en veillant à ce que le nombre de lits soit adapté à la composition familiale, et en mettant en place une distribution de paniers petit-déjeuner. Un travail sur l’information des familles a également été engagé, et se poursuivra avec des actions facilitant l’accès aux ressources de proximité (entre autres pour se nourrir, et se soigner). De même, l’Etat a initié des actions d’accompagnement social avec la Croix-Rouge française, qui devront se généraliser à l’ensemble des familles hébergées à l’hôtel.
Si l’hébergement en hôtel comme solution transitoire peut avoir un sens pour compenser la saturation des dispositifs d’accueil de migrants, et l’insuffisance de structures adaptées dans le dispositif d’urgence et de réinsertion, il est inadapté sur le long terme. Or les familles qui y sont orientées s’y installent souvent pour de longues années. Pour les familles hébergées à l’hôtel depuis plus de cinq ans, comme c’est le cas de 545 familles hébergées aujourd’hui par le Samusocial de Paris, il est urgent de trouver des solutions offrant des conditions de vie dignes et compatibles avec l’épanouissement de leurs enfants.

 

DEVELOPPER DE NOUVELLES SOLUTIONS

 

A lui seul, le Samusocial de Paris héberge ainsi chaque nuit 9 850 familles, soit 28 500 personnes en Ile-de-France et continue d’accueillir 20 nouvelles familles par jour, alors que les disponibilités dans le parc hôtelier arrivent à épuisement et laisse aujourd’hui à la rue chaque soir plusieurs dizaines de familles. Or des solutions adaptées aux besoins des familles et souvent moins coûteuses existent. Sous l’impulsion de l’état, et avec ses partenaires, un plan d’action doit être déployé rapidement :

•    développement de l’hébergement en appartements partagés entre plusieurs familles

•    développement de places en CADA ou dans d’autres dispositifs spécifiques d’accueil pour les familles demandeuses d’asile

•    développement d’une offre de résidences d’accueil gérées par les bailleurs sociaux ou les acteurs associatifs

•    accélération des sorties de l’hébergement en hôtel par l’accès à Solibail, à Louez solidaire, aux résidences sociales, au parc social….

 

 

REFLECHIR COLLECTIVEMENT

 

Créé pour aller vers ceux qui, éloignés de tous les dispositifs, ne demandaient plus rien, le Samusocial de Paris fait depuis plusieurs années face à une évolution des publics sans-abri : aux exclus du système économique, aux victimes de la crise en France et en Europe, aux femmes victimes de violences conjugales, s’ajoutent les personnes  qu’un conflit ou qu’une extrême pauvreté conduit à choisir l’exil et qui, arrivés sur le territoire français, trouvent le 115 et l’hébergement d’urgence comme unique ressource. A la fois saturés et inadaptés à l’accompagnement de publics aux besoins spécifiques, les dispositifs d’urgence éprouvent les limites de leurs capacités et, comme l’étude ENFAMS le montre, placent les familles en situation de souffrance. A l’heure où l’ensemble des acteurs du champ de l’urgence s’interroge, une conférence de consensus est nécessaire pour repenser l’articulation entre les politiques d’hébergement et d’accueil des migrants.

Hygiène des sans-abris : pour en finir avec les idées reçues

Communiqué paru le 24 juillet 2014

 

S’il est évident que tous les sans-domicile ne se ressemblent pas, la plupart des études existantes tendent à les considérer comme un groupe homogène. Pour la première fois, une étude vient permettre de comparer les comportements en matière d’hygiène de la population sans-domicile fréquentant les centres d’hébergement et celle sans-abri, hors du circuit de prise en charge1, et de mesurer les prévalences de poux de corps et de gale. Menée par l’Observatoire du Samusocial de Paris auprès de 341 personnes installées dans l’espace public et 667 personnes hébergées en centres, cette enquête vient contrebalancer quelques idées reçues, et témoigner de l’importance de certains dispositifs : bains-douches publics, distribution de duvets individuels et normes d’hygiène dans les CHU.

 

 

DES PROFILS SPECIFIQUES

 

L’étude permet d’esquisser la spécificité de deux profils de sans-domicile. Dans l’espace public : davantage de personnes en errance depuis moins d’un an (25%) et plus de 10 ans (26%), des personnes fréquentant les squats (13% le citent comme un des 3 hébergements principaux au cours des 12 mois précédant l’enquête) et peu les centres d’hébergement (la moitié n’y sont pas allés dans les 12 derniers mois), plus de consommateurs réguliers de drogues (12% en consomment plus d’une fois par mois dans la rue vs 0,9% dans les centres) et d’alcool (67% des personnes ont une consommation à risque dans la rue vs 14% dans les centres). A noter que dans l’espace public se dessine également deux profils différents entre les personnes dormant dans la rue et celles installées dans les bois parisiens : plus nombreuses à dormir seules, ces personnes ont plus fréquemment un animal, et semble plus sédentarisées ; aucun cas de poux ou de gale n’a été diagnostiqué chez ces personnes.

 

HYGIENE : L’IMPORTANCE DES BAINS DOUCHES

 

63% des personnes dormant dans l’espace public et 76% de celles dormant dans les centres prennent une douche plus d’une fois par semaine. Pour les personnes rencontrées dans l’espace public, les bains douches s’avèrent le moyen privilégié pour prendre soin de leur hygiène, 67% d’entre elles y ayant recours. A noter également l’importance des laveries automatiques utilisées par 76% des personnes dormant à la rue.

 

GALE ET POUX DE CORPS : DES RISQUES REDUITS DANS LES CENTRES D’HEBERGEMENT

 

Les progrès accomplis dans les centres en matière d’hygiène ont incontestablement porté leurs fruits, comme le démontrent les prévalences de gale et de poux de corps estimées dans l’espace public et dans les centres. Alors que 6,4% des personnes interrogées dans la rue ont eu une gale,diagnostiquée et 5,1% une pédiculose corporelle, elles ne sont que 0,4% et 0,05% dans les centres. Si le manque d’hygiène et la peur de la contamination constituent une raison fréquemment invoquée par les personnes qui refusent l’hébergement en CHU, faire connaître ces résultats pourrait contribuer à lever un frein important.

On notera également un risque de gale accru chez les femmes (elles sont 6 fois plus nombreuses que les hommes à être infectées), chez les personnes en errance depuis moins de 3 ans (11 fois plus nombreux que les personnes en errance depuis plus de 10 ans ), et chez les personnes n’ayant pas de duvet personnel (4 fois plus nombreux), démontrant l’importance de la distribution de duvets personnels, notamment par les équipes de maraudes, ainsi que l’importance de l’adaptation des comportements dans la réduction des risques de contamination. Enfin, changer régulièrement de sous-vêtement et fréquenter les bains-douches sont associés à une moindre prévalence de la pédiculose corporelle. Autant de résultats qu’il importe de faire connaître aux personnes concernées.

 

ACCES AUX DROITS

 

47% des personnes sont sans ressources fixes parmi celles rencontrées dans l’espace public contre 30% dans les centres, 44% des personnes bénéficient de prestations sociales parmi celles rencontrées dans l’espace public contre 54% dans les centres. S’il pourrait sembler normal de constater davantage de ressources chez les personnes interrogées dans les centres du fait de l’accompagnement social dont elles y bénéficient, rappelons ici toutefois que même non hébergées, les personnes peuvent avoir un référent social. L’accueil de jour du Samusocial de Paris, par exemple, permet à toute personne se présentant de bénéficier, outre des services d’hygiène et de consultations médicales, d’un accompagnement social et de la possibilité d’ouvrir des droits. Ainsi, on notera que la proportion de personnes bénéficiant d’une couverture maladie est plus importante au sein de la population rencontrée dans les centres que dans l’espace public : 93% vs 64%

Par ailleurs, il apparaît que les personnes vivant dans la rue portent une moindre attention à leur santé : 26% des personnes rencontrées dans l’espace public ne se sont pas rendues chez un médecin depuis plus de deux ans, alors qu’en centre, 55% des personnes se sont rendues à une consultation médicale il y a moins d’un mois. Des résultats qui corroborent les observations des équipes du Samusocial de Paris. La complexité des démarches administratives, ajoutée à un sentiment d’exclusion sociale fortement ancré et trop souvent renforcé par le mauvais accueil réservé aux personnes sans-abri dans les structures administratives et de soins conduisent fréquemment celles-ci à renoncer aux soins. Le Samusocial de Paris adressera prochainement une contribution à la stratégie nationale de santé en cours de préparation afin que soit mieux pris en compte l’accès aux soins des plus démunis.

9 propositions pour l'accès aux soins des personnes sans abri

A l’heure où le Ministère des Affaires sociales et de la Santé réfléchit à une nouvelle stratégie nationale de santé, le Samusocial de Paris a souhaité attirer son attention sur l’importance d’une prise en compte des populations les plus démunies en lui faisant parvenir 9 propositions sur l’ouverture des droits, le rôle essentiel tenu par les PASS, le développement de l’hospitalisation à domicile dans les lieux d’accueil, le déficit en lits halte soins santé et lits d’aide médicalisée, la prévention du retour à la rue post hospitalisation, les défaillances en matière de repérages de troubles psychiatriques, la prise en charge des addictions, la sensibilisation des équipes soignantes à la spécificité des prises en charge de personnes sans-domicile, et l’importance d’expérimenter et évaluer les dispositifs mis en œuvre.