En bout de chaîne, la dernière étude de l'Observatoire du Samusocial de Paris | Samusocial de Paris

L’Observatoire du Samusocial de Paris a pour vocation d’améliorer la connaissance des personnes sans domicile, de leurs difficultés et de leurs parcours. Composé d’une équipe pluridisciplinaire (statisticiennes, sociologues, chercheur.euses, démographe,…), il produit des études et recherches qui contribuent au développement des connaissances sur les populations en situation d’exclusion, mais il à participe aussi à l’amélioration de la prise en charge des personnes. Enfin, il contribue à l’adaptation et l’évaluation des politiques publiques de lutte contre l’exclusion.

La dernière étude de l’Observatoire s’est intéressée aux travailleuses et travailleurs immigrés dans le secteur de l’hôtellerie-restauration : En bout de chaîne. Parcours de crise et crise de parcours de travailleuses et travailleurs immigrés de l’hôtellerie-restauration. Après une enquête sur les manifestations socioéconomiques de la crise sanitaire de la Covid-19 sur les travailleurs de l’hôtellerie-restauration, l’Observatoire concentre son enquête sur les travailleuses et travailleurs immigrés les plus durement impactés par la crise sectorielle de l’hôtellerie-restauration.

Portraits de quatre travailleuses et travailleurs immigrés

Les quatre profils ont beau avoir des expériences très contrastées, leurs existences en France ont nombre de points communs : l’insertion par l’emploi y est compliquée, l’occupation d’un logement autonome n’est pas une possibilité immédiate, et elles font face à des difficultés matérielles considérables. La crise rejoue ces épreuves, tantôt sur un mode atténué, tantôt accentué. L’observation de ces personnes met en lumière deux effets paradoxaux de la crise pour cette population  : une protection accrue par accès à des places d’hébergement, notamment grâce aux nombreuses places en hôtel, et en parallèle une suspension des tentatives d’ascension sociale.

Des revenus d'activité et des trajectoires professionnelles heurtés par la crise

Pour s’en sortir en France, ces personnes immigrées « en bout de chaîne » ont dû emprunter des chemins non-salariés : subsister par des activités économiques que l’on peut pratiquer quand on est à la rue et sans papier, entrer dans des formes de domesticité contre logement, travailler au noir pour avoir juste de quoi joindre les deux bouts. En temps de crise, la mise à l’arrêt n’a donc pas les mêmes effets pour ces personnes, selon leurs façons d’utiliser les revenus acquis par le travail. Pour contourner la mise à l’arrêt de leur activité principale dans l’hôtellerie-restauration, les personnes avec les possibilités d’insertion les plus évidentes, peuvent chercher des « petits boulots » pour compenser la perte de leur emploi. Néanmoins, d’une façon ou d’une autre, toutes les personnes s’accrochent au travail : les revenus tirés du chômage, quand ils existent, sont loin de suffire à satisfaire les besoins basiques des ménages concernés. Certaines trouvent à s’embaucher par le bouche-à-oreille, en réseau communautaire, quitte à être exploitées, même en étant régularisées sur le plan administratif. En temps de crise, leurs possibilités d’accès à un emploi plus protecteur sont encore plus bloquées. D’autres passent par des formations, des programmes d’insertion, des agences de placements spécialisées, etc. Elles sont mieux protégées de ces entorses, mais sont destinés à des postes peu qualifiés, des rémunérations faibles et des contrats précaires.

Des personnes immigrées durablement aux portes du logement

De la même façon, les parcours résidentiels des personnes immigrées sont marqués par des formes diverses de mal logement depuis l’arrivée en France : hébergement chez des tiers avec contreparties, période sans-abri, place en hébergement d’urgence, colocation communautaire surpeuplée. De façon contre-intuitive, d’autant qu’il est établi que les personnes les plus pauvres sont les plus touchées par la crise économique liée au Covid-19, pour les personnes sans-domicile ou mal logées, la situation peut être gage de protection. Des personnes accèdent pour la première fois à une place d’hébergement d’urgence, avec la possibilité d’y rester un temps extraordinaire si l’on compare avec la période précédant la crise. Mais lorsque l’on tente de s’extraire d’un hébergement d’urgence occupé depuis des années, les effets de la crise sanitaire sont douloureux. Au chômage, point de sortie ; le rêve d’obtention d’un logement social (permis seulement aux personnes en situation administrative régulière) est remis à plus tard.

S'alimenter pendant la crise : une variable déterminante pour faire face aux pénuries pécuniaires

En matière d’alimentation, la crise sanitaire présente aussi des effets d’aubaine. Il arrive que les personnes immigrées en bout de chaîne recourent à l’aide alimentaire pour la première fois. Elles y ont cependant inégalement accès en fonction des lieux d’assistance qu’elles fréquentent. En centre d’hébergement d’urgence, si elles ne sont pas nourries, elles reçoivent des chèques services. En revanche, à l’hôtel, , l’accès n’est ni systématique ni durable. Du reste, personne ne fréquente assidument de distribution alimentaire ou épicerie sociale, c’est uniquement une solution de dernier recours pour les personnes enquêtées. Dès que l’occasion se présente, il convient cependant de noter le fort investissement consenti par toutes les personnes pour composer ou partager des repas. Ce peut être un investissement temporel pour rassembler et partager les produits, que l’on cuisine parfois chez les personnes où l’on est invité. L’effort pour se permettre des plaisirs culinaires, en particulier avec des denrées de son pays, apparaît d’autant plus conséquent que les ressources sont faibles.

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