Alain Christnacht termine son mandat de Président du Samusocial de Paris après 6 ans d’engagement

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4 Mars 2026
Alain Christnacht, président du Samusocial de Paris. © Arnaud Paillard pour Jgp
Paris, le 2 février 2026 Message d’Alain Christnacht, président du Samusocial

Arrivé à la présidence du Conseil d’Administration du Samusocial de Paris en 2020, au moment où la crise sanitaire bouleversait profondément les conditions de vie des personnes sans domicile, Alain Christnacht a exercé son mandat pendant six années marquées par des tensions sociales, budgétaires et institutionnelles importantes.

À l’issue de son mandat, il revient, dans cet entretien que nous publions dans son intégralité afin de restituer fidèlement ses propos, sur les responsabilités attachées à la fonction, les évolutions du Samusocial de Paris et les situations humaines qui ont marqué ces années.

Alain Christnacht, vous avez été pendant ces six dernières années président du conseil d’administration, quels événements vous ont le plus marqué pendant ce mandat ?

Je suis arrivé avec le Covid : que font les personnes sans domicile quand on n’a pas le droit de quitter son domicile ? Et si elles restent à la rue, seules, comment vivre, sans présences, sans ressources ? Et les familles en hôtel, comme en prison, mais sans nourriture. D’un coup j’ai pris conscience de l’extrême vulnérabilité des personnes sans domicile.

Il y a eu aussi les Jeux olympiques et paralympiques. D’autres restrictions de circulation pour laisser la place aux spectateurs et aux touristes. Un grand bouleversement pour les personnes à la rue. Beaucoup de travail pour les équipes. Je reconnais que la préfecture nous a aidés à faire face. Mais la fête du sport, ce n’était pas celle des plus précaires, interdits de toute visibilité.

Je me souviens aussi de batailles, celle annuel du budget et surtout celle de l’AME, toujours à recommencer mais dans laquelle nous avons remporté des succès. Je pense à notre forte implication dans les discussions qui ont abouti au rapport dit Evin-Stéfanini, qui a écarté, au moins pour un temps, le risque de suppression ou de réduction drastique de cette aide pourtant essentielle tant pour les personnes que pour la santé publique.

A quoi sert un président du Samusocial ?

C’est une bonne question ! La fonction est bénévole. Elle n’est pas à plein temps. Elle n’est pas exécutive. C’est la directrice générale qui nomme et dirige les services. Le président préside le conseil d’administration, quatre ou cinq fois par an. Cela implique de suivre la préparation des points à l’ordre du jour et l’application des décisions. Il y aussi un rôle de représentation seul ou avec la directrice générale. Nous sommes une structure régionale mais notre compétence pour Paris et l’Ile-de-France pour les réservations hôtelières nous donne un poids national. Nous sommes donc en relation avec des autorités nationales de l’Etat, des élus de haut niveau, des responsables d’organismes publics et d’associations nationales. Avec la directrice générale nous nous partageons ce travail de relations.

Et puis le président du conseil d’administration doit aussi rappeler les valeurs du Samusocial, participer au plaidoyer, être en contact avec les médias.

Il a enfin un rôle de soutien aux services et aux personnels par sa présence et ses prises de parole.

Le Samusocial de 2026 ressemble-t-il à celui que vous avez trouvé en y arrivant en 2020 ?

Il est toujours le même, et doit le rester, en ce qu’il reste fondé sur les intuitions alors révolutionnaires de son fondateur Xavier Emmanuelli, disparu à la fin de l’année dernière : l’aller-vers, l’accompagnement, le soin et un observatoire pour y voir plus clair.

Mais pour faire face à une situation qui se dégrade, le Samusocial doit constamment innover dans ses méthodes et se réorganiser, comme il l’a fait depuis six ans : le suivi des parcours jusqu’au logement, la continuité entre les maraudes de jour et de nuit, l’ouverture de nouveaux centres d’hébergement, d’accueil de jour et de soins, le tout conçu dans un plan stratégique pluriannuel, sans oublier de mieux répondre au défi de l’attractivité de nos métiers. Le Samusocial est une maison en chantier permanent.

Y a-t-il des situations ou des personnes dont vous garderez durablement le souvenir ?

Une écoute au 115 : « ma fille et moi vivons dans un parking. Vous comprenez, c’est difficile. Elle va tous les jours au collège. C’est une bonne élève. Elle veut réussir mais c’est compliqué pour elle de travailler le soir et de se préparer le matin. Il faut que vous trouviez une solution ». Comment est-ce possible en France aujourd’hui, une telle situation ? Nous avons engagé la recherche d’une solution, je ne sais pas si cela a abouti.

L’équipe Jade, qui se bat pour soutenir les dossiers de régularisation, parfaitement préparés malgré une législation changeante, pour des personnes aptes à vivre dans un logement social mais qui sont bloquées dans l’hébergement ou des hôtels faute de droit au séjour. C’est une tâche de Sisyphe pour l’équipe mais la détermination l’emporte sur le découragement.

Les femmes accueillies à l’accueil de jour l’Oasis. En sécurité, reconnues et traitées comme personnes humaines, écoutées, soignées, auxquelles des activités sont proposées. Un oasis pour étancher leur soif de dignité.

Des interventions de personnes hébergées au conseil d’administration, figurants dans une pièce de théâtre, merveilleusement photographiées par Florence Levillain qui a su les mettre en confiance. Elles ont des choses à dire quand on leur donne la parole. Elles ont droit au sport, à la culture.

Le Samusocial de Paris, un oasis d’humanité dans un monde urbain si dur aux pauvres.