Sarah et sa famille sont hébergés par le Samusocial de Paris. Dans un témoignage poignant, elle retrace son parcours de l’Algérie à la France, mettant en lumière les nombreuses difficultés rencontrées en chemin. Confrontée à la précarité et à la dureté de la vie en hôtel social, Sarah n’a jamais perdu espoir et s’est battue, coûte que coûte, pour le bien de sa famille.
Sarah n’aurait jamais imaginé qu’un jour, elle devrait tout quitter pour protéger sa famille. Aujourd’hui hébergée par le Samusocial de Paris, cette mère courageuse raconte un parcours marqué par la précarité, mais aussi par une force de résilience hors du commun. Née en Algérie dans une famille de huit enfants – sept filles et un garçon– Sarah grandit sous l’autorité d’un père strict. À l’école, elle peine à trouver sa place, jusqu’à la rencontre d’un professeur bienveillant qu’elle considère encore aujourd’hui comme un second père. Son enfance est bouleversée par la décennie noire : dans son village, la peur s’installe.
Les groupes armés islamistes sèment la terreur, enlèvent des jeunes filles, s’opposent aux familles qui résistent. « Ils sont venus se battre avec mon père. » Après cet épisode, plusieurs de ses sœurs arrêtent leurs études. Sarah, elle, s’accroche : elle obtient son baccalauréat en gestion-économie.
Quelques années plus tard, elle se marie. Mais la vie de couple s’avère difficile : son mari est le seul à travailler, les tensions familiales se multiplient. Sarah vit sa grossesse chez ses parents – un choix mal vu dans son entourage. Puis vient le diagnostic qui bouleverse tout : leur fille souffre d’un grave problème cardiaque. Sur les conseils des médecins, le couple décide de partir en France pour la faire soigner.
« C’était le début d’une autre guerre, car on n’avait rien du tout. » déclare Sarah pour parler de cette période. À leur arrivée en France, ils trouvent refuge chez une connaissance, dans un hôtel social à Pantin. Mais la solution est temporaire. Sarah appelle le 115 sans relâche. En attendant une réponse, la famille dort dans les parcs, le métro, les centres commerciaux. « Le plus dur, c’était les parcs. »
Dix jours plus tard, le Samusocial de Paris les prend en charge : d’abord pour une nuit, puis une semaine, un mois… jusqu’à trois ans dans un hôtel social. Les conditions sont difficiles : vols, insultes, promiscuité. « La chambre était devenue une prison. » Quand l’hôtel ferme pour insalubrité, la famille est redirigée vers un centre d’hébergement d’urgence. Cette fois, c’est un vrai nouveau départ. « J’ai pleuré en arrivant, se souvient Sarah. Je pouvais enfin cuisiner, fêter les anniversaires, vivre normalement. »
Aujourd’hui, malgré les blessures du passé et les difficultés à trouver un emploi, Sarah ne baisse pas les bras. « Je suis partie de mon pays, j’ai tout laissé. Mais je garde espoir. » Un espoir à la hauteur de son courage.