« Il manquait quelque chose en termes de logement pour les personnes en grande difficulté. Quand la vie vous a cassé, il faut du temps pour réparer le psychisme et le corps. Il fallait aller plus loin et proposer plus que du logement. Le fondement des Pensions de famille, c’est le lien et le temps. Construire avec les autres, tout en préservant un espace de vie privée et de liberté, c’est la Pension de famille, comme je l’ai imaginée. On y fait de l’alchimie, on transforme le plomb
en or. » Xavier Emmanuelli
Les pensions de famille occupent une place de plus en plus importante dans le dispositif d’accompagnement des personnes en situation de grande précarité. Elles proposent un habitat durable et accessible tout en permettant de bénéficier d’un accompagnement social adapté. Ce modèle repose sur l’articulation entre la possibilité d’être « chez soi » et l’accès à une vie collective. Les personnes que l’on nomme « résidents » ou « résidentes » ne sont plus dans l’urgence comme dans l’hébergement, ils/elles ont un logement personnel à leur nom, avec la sécurité d’une équipe présente la semaine et le week-end, sans exigences relatives aux addictions ni au travail. L’équipe est composée d’une responsable, d’une assistante sociale, d’une animatrice à mi-temps et d’un veilleur de nuit le week-end. Seul dispositif logement du PHL, parfois peu ou mal connu du Samusocial ou du secteur AHI, et comme chacune à ses singularités, nous avons décidé d’ouvrir nos portes pour des visites de projection à destination des personnes accompagnées et des travailleurs sociaux.
L’objectif de ces visites est de mieux informer et préparer les personnes à valider ou non leur projet de pension de famille. Elles permettent également de favoriser des orientations plus adaptées et faire vivre le dispositif comme il a été pensé à l’origine.
L’arrivée en septembre 2024 d’une animatrice complétant le binôme existant de responsable et d’assistante sociale marque un tournant pour l’Alchimie des jours. Cette nouvelle dynamique favorise la mise en place d’activités collectives, telles que les cafés-débats du mardi matin, les sorties culturelles, les repas partagés ou encore les fêtes et concerts. Ces moments ont pour but de renforcer le lien social, de lutter contre l’isolement des résident(e)s et de proposer un cadre collectif. Par exemple, des nouveaux partenariats ont été mis en place :
Ces actions participent à la mise en oeuvre du modèle d’«être chez soi», tel que décrit par Yann Benoist (2022), qui souligne l’importance de l’équilibre entre autonomie privative et appartenance communautaire.
La pension de famille permet aux résidents de bénéficier d’un logement individuel tout en accédant à un espace collectif si besoin. Cette approche correspond à l’idée d’établir une «identité-logement» (Benoist, 2023), où les résidents peuvent redéfinir leur relation au logement après une expérience de grande précarité. Les activités collectives, quant à elles, renforcent ce processus en recréant des routines sociales souvent perdues.
Cependant, certaines réalités viennent compliquer cet équilibre. Parmi les résidents, on retrouve souvent :
Ces situations soulèvent des questions sur les limites du modèle et la capacité d’une petite équipe à répondre à des problématiques aussi hétérogènes. Pendant les congés, une professionnelle peut se retrouver seule en poste, rendant le contexte de travail difficile.
Malgré un accompagnement social de qualité sur la pension, l’équipe doit faire face à des situations complexes et exigeantes. La théorie des capabilités d’Amartya Sen, reprise par Benoist (2023), offre un cadre utile pour comprendre ces limites : elle souligne que les résidents doivent disposer des capacités nécessaires pour choisir et vivre dignement dans leur logement. Or, sans un soutien adapté, ces capabilités peuvent être fortement compromises.
Par ailleurs, l’accompagnement social doit insister sur la nécessité de développer une approche personnalisée, incluant le suivi des troubles psychiatriques et l’accompagnement vers l’autonomie. Notre petite équipe doit donc jongler entre des besoins immédiats (gestion de crise, conflits, gestion et sécurité du bâtiment) et des interventions de long terme.
La pension de famille illustre les enjeux d’une structure hybride entre autonomie et collectif. Une réflexion sur le renforcement des ressources humaines et des collaborations avec le secteur médico-social s’avère essentielle.