Accompagner les familles en CHU : entre limites et espaces possibles

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Hôtel social

Avec Carly Richard, coordinatrice au CHU Ilot Bleu et Belle-Ange Georges, TISF au CHU Ilot Bleu

 

  • Est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Carly : Je suis Carly, la coordinatrice sociale au CHU Ilot Bleu depuis septembre 2023, depuis à peu près le début de l’aventure.

J’aide mes collègues à comprendre leurs missions, je coordonne le travail que nous faisons tous ensemble et les projets. Je suis également référente sociale de plus de 10 familles puisque nous sommes à la recherche de travailleurs sociaux.

Belle-Ange : Je m’appelle Belle-Ange Georges, je suis TISF sur la structure CHU l’îlot Bleu, depuis avril 2024. Mon travail consiste à accompagner les familles dans le logement, tout ce qui est appropriation du logement, la déco, savoir habiter et aussi le soutien à la parentalité. J’accompagne aussi parfois dans les démarches administratives en soutien aux collègues car on est en sous-effectif du coup de temps en temps, je fais une petite permanence et j’accueille les gens qui se présentent au fil de l’eau.

 

  • Est-ce que vous pourriez nous dire ce qui vous semble important dans votre pratique au quotidien auprès du public et dans l’accompagnement que vous proposez ?

Carly : Ce qui est important, c’est d’être très honnête avec les résidents sur ce que qu’on est en capacité de faire. Je pense qu’ils ont pu dans leur parcours rencontrés des personnes qui les ont fait un peu rêver : « On va vous trouver tous les rendez-vous préfecture », « on va vous ouvrir vos droits en un mois » … Je pense que ce qui est important, c’est de montrer vraiment la réalité : c’est une très bonne base pour de la collaboration, pour vraiment comprendre qu’ils sont autant acteurs de leurs projets que moi.

Aussi, avec ma responsable Tania et l’équipe dans son ensemble, on fait énormément de points où l’on réfléchit communément et tout le monde donne sa vision, son avis. On va se dire,
« qu’est-ce que l’on fait dans cette situation-là ? comment on aurait pu faire autrement ? ». Ainsi, je pense que de montrer un peu la réalité aux résidents, de leur faire vraiment devenir acteur de leurs projets mais aussi de toujours se remettre en question, de toujours réfléchir communément et d’avoir ces temps de réflexion tous ensemble, c’est ce qui est important pour moi.

Belle-Ange : Pour moi, ce qui est le plus important, c’est de de toujours laisser les familles être acteurs de leur vie, de ne pas se substituer, parce que souvent on a tendance à vouloir tout faire à leur place.

Quand j’interviens auprès d’une famille, l’idée c’est de leur permettre de donner leur avis sur ce qu’ils veulent faire ou pas. De respecter ce choix-là, même si ça va à l’encontre de ce que moi j’aimerais. C’est important de respecter leurs choix et leur autonomie, d’aller pas à pas avec eux. Ce qui est important aussi, c’est de pouvoir toujours communiquer avec mes collègues. Quand je vais dans le logement, j’ai accès à des informations qu’ils n’ont pas forcément. Il y a des choses que je vois, que je peux transmettre pour adapter l’accompagnement. Cela permet au référent de cibler leur accompagnement et d’être en accord avec ce que la famille souhaite.

 

  • Qu’est-ce qui est difficile pour vous dans votre travail au quotidien ?

Carly : Ce qui est difficile, c’est les obstacles de communication qu’on a avec les institutions avec lesquelles on travaille avec les hébergés. C’est comme du temps perdu que je passe dans les appels à la CPAM avec la chanson qui se répète tout le temps !

Aussi, le manque de communication avec la préfecture fait que les récépissés expirent alors que des démarches sont entamées, les personnes sont en emploi. Pour les personnes accompagnées, vous êtes travailleur social, vous pouvez résoudre ça ? Mais non, on est bloqué aussi ! Et malheureusement, on doit tout recommencer à 0. Les résidents ne comprennent pas pourquoi ça ne marche pas, nous ne savons pas quoi faire pour que la situation se débloque : avoir ce rôle-là est difficile.

Belle-Ange : Ce qui est difficile c’est la gestion des conflits autour des actions avec la sécurité sociale, la préfecture ou la CAF, ce sont vraiment des choses qui frustrent énormément les familles. Quand on n’a pas de réponse, on a souvent des éclats au bureau et parfois ce n’est pas facile à gérer au quotidien. C’est extrêmement dur de pas pouvoir donner une réponse qui puisse les satisfaire. Il y a une forme de frustration, que l’on peut comprendre car ils se disent que nous sommes travailleurs sociaux et que nous devrions pouvoir faire quelque chose. Or nous n’avons pas de contact dans ces administrations que nous pouvons interpeller. On se retrouve les mains liées. Parce qu’en fait, on est comme eux, on est tout autant désarmé qu’eux.

 

Carly : Par exemple quand on leur envoie le lien pour prise de rendez-vous à la préfecture, ils ne comprennent pas, ils disent, « mais vous vous êtes en train de faire exactement comme nous ! Vous n’avez pas un accès privilégié ou quelque chose ? »

 

Belle-Ange : On n’est pas au-dessus des lois on n’est pas avec les gens à la préfecture pour délivrer les papiers. Ils imaginent une réalité très différente de notre travail.

 

  • Qu’est-ce qui vous satisfait dans votre travail ?

Carly : Les petites victoires, par exemple, une situation qui dure depuis super longtemps qui va peut-être se débloquer ou quand par exemple, j’ai accompagné une famille qui en fait est arrivée chez nous qui n’avait pas de documents pour travailler, et de voir un peu le chemin qui commence à se faire. On a vraiment tout fait avec eux et là on arrive à obtenir les récépissés. La situation avance et ils se rendent compte que oui, on n’a pas une baguette magique, mais on les accompagne sur chaque pas. Je vois la personne se projeter déjà en disant « je vais faire les cours de l’OFII, je vais faire ma formation cuisine » tout est déjà très bien réfléchi. On donne des petits éléments essentiels, mais en fait la personne elle a déjà très bien réfléchi à comment elle se projette et ça, j’aime beaucoup ! La richesse du centre, c’est aussi qu’on a beaucoup d’enfants donc on met beaucoup d’activités en place. J’adore voir les enfants super fiers de nous raconter leur journée à l’école ou de les accompagner au cinéma grâce au mécénat, qu’ils ont eu des doudous Disney.

J’aime bien ces moments où en fait, on va sortir du bureau on va mettre une autre casquette, on va devenir un peu la personne avec qui ils font la conversation autour d’un café et quelques petits biscuits. On participe à des ateliers de conversations, on apprend quelques petites expressions françaises, quelques petits mots et ça leur fait plaisir. Ces petits moments comme ça donne un sens et j’aime beaucoup.

Belle-Ange : Ce que j’apprécie, c’est lorsqu’une famille me dit « c’est bon Belle-Ange, je n’ai pas besoin de vous » parce que là je sais que vraiment mon travail est terminé. C’est la satisfaction de savoir que ça y est, ils ont pris leur autonomie, ils n’ont plus besoin de moi. C’est vraiment quelque chose qui me rend heureuse quand je les entends dire non, non, je peux faire tout seul, n’y a pas besoin de les aider. De les voir prendre des initiatives ça me satisfait énormément. Et aussi le fait de pouvoir créer du lien social entre les personnes grâce aux activités et des ateliers collectifs. De voir les personnes échanger entre elles les informations, s’entraider, tout ça parce qu’on a permis ces petits moments. De les voir se saisir de ces instants et en faire quelque chose. Ça me fait plaisir, parce que je me dis qu’on n’est pas venu là pour rien.

On ne se lève pas tôt le matin, subir les transports pour rien parce qu’il se passe des choses alors parfois c’est difficile mais ça vaut le coup ! On passe par des hauts et des bas avec les familles. Parfois au domicile, ce n’est pas toujours facile, il y a leurs petits soucis entre frères et sœurs ou entre les parents et les enfants. Mais les voir évoluer, prendre les conseils qu’on leur donne, les appliquer et petit à petit, ne plus nous solliciter autant qu’au départ c’est pour moi, un accompagnement que j’ai réussi parce c’était juste pendant un temps et c’est tout ce qu’il faut en fait. Je m’inquiéterai plus si une famille fait tout le temps appel à moi et qu’elle n’arrive pas à prendre son autonomie.

 

  • Si vous aviez une baguette magique, qu’est-ce que vous aimeriez ?

Belle-Ange : Ah, il y a tellement de choses. Je dirais la régularisation c’est sûr, parce que les papiers, c’est la porte ouverte pour plein de choses. En 2e, la santé parce qu’on a beaucoup de personnes malades et la santé est importante pour pouvoir faire plein de choses et pour pouvoir se projeter. Si on est malade et qu’on ne va pas bien que ce soit physiquement où mentalement on ne peut rien faire. Et en 3e, le logement.

 

Carly : Et l’hébergement pour tout le monde parce que c’est vrai que on a quand même quelques familles qui ont des visiteurs, qui viennent, qui sont malheureusement sans solution d’hébergement. Il y a encore cette réalité qui vient frapper à notre porte tous les jours. Ils viennent se poser avec leur famille pendant quelques heures, prennent un café, un peu de force. J’aimerais que tout le monde trouve un hébergement !

 

Belle-Ange : Ben moi je pourrais rajouter quelque chose. Je pense qu’on ne doit pas être les seuls, ce sont problèmes de financement, on a des projets pour les familles et nous sommes en sous-effectif et c’est toujours cette question d’argent qui revient souvent parce que si, on veut des personnes viennent, si on veut avoir accès à certaines choses, il faut pouvoir les payer.

 

Carly : Un petit dernier mot, c’est « venez travailler à Noisy-le-Grand, au CHU Ilot Bleu !! ». Si je peux faire la pub quelque part ?! Nous sommes en effectif réduit. On manque un peu de moyens humains.

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