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La biffe

La biffe

Vente à la sauvette d’objets récupérés, la biffe est une activité interdite qui peine à exister. Depuis 2009, l’association Aurore encadre un marché autorisé de 100 places Porte de Montmartre, le Carré des Biffins, dans un vide juridique assumé, hors du cadre du travail institutionnel et reconnu, mais avec le soutien de la Mairie du 18ème.

Fabien Fel, Carré des Biffins, Association Aurore

Le carré des biffins

Une lutte historique contre la répression

 

Les biffins récupèrent des objets trouvés ou donnés, pour les revaloriser et les revendre dans la rue. Dans le sillage de ceux qu’on appelait autrefois les chiffonniers, qui récupéraient et rempaillaient des chaises, rafistolaient des vêtements, les biffins vivent de la revalorisation de rebus et de débrouille.

De nos jours, la biffe est interdite, pourchassée par les autorités, surtout depuis les années 90. Repoussés, les biffins s’installent souvent aux portes de Paris, qui sont le symbole d’une frontière poreuse entre la pauvreté et la capitale. En 2009, un comité de biffins s’est organisé en réponse à la répression policière, l’association « Sauve qui peut », constituée de biffins et de riverains. Avec le soutien des riverains, l’association a fait pression sur la mairie du 18ème pour permettre aux biffins de vendre librement, sans voir leurs affaires confisquées par la police. Cette association a permis la constitution d’un vrai marché, situé Porte de Montmartre sous un pont du périphérique, accolé aux Puces de Saint Ouen. Ce marché se tient trois jours par semaine, samedi, dimanche et lundi.

 

L’organisation d’un marché encadré

 

L’association Aurore a été mandatée pour gérer les 100 places créées dans ce marché, et l’équipe du Carré des Biffins s’est mise en place. 270 personnes détiennent une carte d’adhérent de ce marché leur donnant le droit de vendre. Les cartes sont distribuées sur raison sociale, en tenant compte de la situation économique et du lieu de vie des personnes, quelle que soit leur situation administrative. 100 places sont marquées au sol pour accueillir les biffins, qui proposent leurs objets à la vente en les disposant sur une bâche.

Sur ces 100 places est mis en place un roulement, pour permettre aux 270 personnes de travailler : certains ne travaillent pas tous les jours, certains sont titulaires, d’autres journaliers. Il y a également un va-et-vient permanent des vendeurs à la sauvette, à l’affût des gendarmes mobiles à cheval, des CRS, de la Police, et de la répression des fraudes.

 

Le profil des biffins

 

Les trois quarts des biffins sont des hommes. Une vingtaine de nationalités sont présentes sur le marché, du Maghreb et d’Afrique noire pour moitié ; une grosse partie sont roumains et bulgares. Il y a beaucoup d’anciens entrepreneurs et commerçants partis de Roumanie après la chute de Ceausescu quand l’économie de leur pays s’est effondrée, souvent des gens très compétents qui travaillaient dans le bâtiment et maîtrisaient deux ou trois corps de métiers. Une partie est également composée de Roms. Ouvriers agricoles ou ferrailleurs dans leur pays, ils ont une vraie culture de la débrouille et de la récupération. Si l’âge d’entrée pour avoir la carte de biffin a été limité à 26 ans, les biffins sont majoritairement assez âgés. La moitié a l’âge de la retraite, et biffent pour avoir un complément de revenu. Parmi les plus jeunes, beaucoup sont dans des hébergements très précaires, séjournent en hôtel, au 115, chez des tiers, parfois très loin. Un tiers des biffins est en âge de travailler et en situation administrative régulière, donc susceptible d’un accompagnement à l’insertion professionnelle. Certains travaillent déjà à temps plein, d’autres épisodiquement, ou sur des chantiers d’insertion qui servent de passerelle vers l’emploi.

Chez ceux qui ont plus de 49 ans, il y a peu de compétences professionnelles exploitables, ou des compétences qui ne correspondent plus à leur état de santé. L’équipe du Carré des Biffins suit environ 15 seniors sans emploi depuis de nombreuses années. La reconversion est très difficile pour ceux qui n’ont connu que les travaux physiques, et n’ont plus ni l’âge ni la santé ou les ressources psychologiques pour cela.

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