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La biffe, une équation explosive

La biffe, une équation explosive
"Aujourd'hui, il y avait beaucoup de personnes à reprendre sur le carré"

Jean-Paul et Mathurin sont agents d’accueil dans l’équipe du Carré des Biffins. Depuis 7h30 ce matin, ils gèrent l’attribution des places sur le marché, arpentent les allées pour vérifier que tout se passe bien, traquent l’irruption de matériel neuf, tentent tant bien que mal de gérer les conflits entre les biffins autorisés et les vendeurs à sauvette. A 10h, toute l’équipe se retrouve dans un café blotti au coeur des puces pour revenir sur les différents événements de la matinée, décider des mesures à prendre face aux incidents.

 

"On doit être garant qu’il n’y a pas de matériel neuf, demander de remballer quand on en trouve, mais avec les téléphones et les tablettes, on a du mal. Mr T. il faut le recevoir au bureau pour marquer le coup, puis moi en tant que responsable je le recevrai de nouveau si rien ne bouge, et on verra si on sanctionne, en l’excluant temporairement ou définitivement du marché », explique Sylvie Lewden, cheffe de service du Carré des Biffins. « Tout ce qui est alimentaire, cosmétique et potentiellement dangereux est également interdit."

 

Sur le marché la situation semble assez calme. Le lundi est un jour tranquille après la cohue du week-end. En passant du temps à sillonner les allées, on s’aperçoit toutefois rapidement que le calme est traversé d’épisodes de tensions. Régulièrement, le passage des agents de la ville suscite un vent d’inquiétude : les vendeurs à la sauvette remballent à toute allure les affaires déployées sur leur drap pour ceux qui se sont installés, d’autres se contentent de glisser dans leur petit sac la paire de baskets et le jean qu’ils présentent debout aux passants, comme Samir et Karim, deux très jeunes hommes postés en bout de piste.

 

Samir a acheté une paire de baskets, un jean et un sweat à des Roumains. Il revend 7€ les chaussures achetées 5€, un bénéfice plutôt maigre au regard des longues heures passées debout sur le marché, ses articles à la main. La nuit il dort avec son ami Karim dans un squat, et malgré leurs multiples sollicitations, ils ne parviennent ni à trouver du travail ni à obtenir une place officielle sur le marché.

 

A l’autre bout de l’allée, Mme N. vend elle aussi à la sauvette. A plus de 60 ans, elle n’a pas d’autre ressource pour parvenir à payer la location de sa chambre insalubre et ses frais médicaux, mais après toute une matinée à rentrer et sortir ses affaires de son caddie au rythme des passages des agents de la Ville, des gendarmes à cheval, des policiers et autres garants de la légalité, elle doit se contenter de la maigre somme de 3€.

 

Si les vendeurs à la sauvette travaillent en miroir des biffins, le double qu’ils leur renvoient se fissurent de clivages : leurs marchandises sont moins chères, entre 50 cts et 5€ la plupart du temps, car ils ont besoin de vendre vite, et les biffins se plaignent régulièrement de cette concurrence qui tire les prix vers le bas.

 

"Quand il y a la cohue des week-ends, explique Sylvie, la pression policière constante peut provoquer des scènes de panique dangereuse. Les vendeurs à la sauvette détalent avec parfois de très jeunes enfants à leurs côtés qui peuvent se retrouver sur la route. A Belleville, il y a eu un mort récemment. Les voleurs à la tire aussi sont une source de pression permanente. Ils sont très nombreux en ce moment, ils déboulent quand les acheteurs sortent leur billet. Nous allons déposer une main courante pour attirer l’attention de la police sur le problème."

 

Un peu plus loin, la police lâche une bombe lacrymogène en réponse aux vendeurs à la sauvette qui refusent de plier bagage.

 

A raison de 100 places pour 270 biffins officiels, et un nombre incertain mais important de vendeurs à la sauvette qui se surajoutent, l’équation est explosive. Si l’association pratique un accueil inconditionnel indifférent à la situation administrative des personnes, qu’est-ce qui décide de l’acceptation de l’un plutôt que de l’autre ? "Pour beaucoup l’ancienneté, explique Sylvie. Les plus anciens ont souvent l’autorisation de vendre les trois jours de marché, mais ce sont les pionniers, ils se sont battus pour avoir leur marché, ils ont des avantages que les nouveaux n’ont pas"

Voir aussi: 

Vente à la sauvette d’objets récupérés, la biffe est une activité interdite qui peine à exister.

Président de l’association "Sauve qui peut", il ne vend que des vêtements et des chaussures de qualité, achetées à d’autres revendeurs.