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Il faut en finir avec la gestion au thermomètre

12 Sep 2018 • Tribune

Dans une tribune au Parisien - Aujourd’hui en France, Éric Pliez, le président du Samusocial de Paris développe ce qu'il attend du futur Plan pauvreté.

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«En matière de lutte contre la pauvreté, s'il convient bien évidemment de penser aux générations futures, comme on l'entend, et d'éviter la reproduction de la pauvreté, agir concrètement pour les plus démunis d'aujourd'hui est impératif. S'il est bien une catégorie de la population qui ne saurait attendre, ce sont les plus pauvres. Il est là avant tout question d'humanité vis-à-vis de personnes confrontées au quotidien à l'urgence de survie mais aussi de bien vivre pour tous. La solidarité à l'oeuvre dans une société reflète bien mieux son niveau de développement que la croissance de son PIB. 

 

Du plan Pauvreté, qui sera annoncé ces prochains jours, on attend non pas un signe politique, non pas un énième saupoudrage de mesures avant tout symboliques et oubliées sitôt sorties des radars médiatiques mais un véritable plan d'attaque visant la réduction de la pauvreté en France, cette pauvreté qui concerne 14 % de la population, mais aussi tous ceux juste au-dessus de ce seuil. 

La lutte contre la pauvreté nécessite des moyens à la mesure des enjeux. Oui, les aides sociales ont un coût. Mais, rappelons-le, elles sont directement réinjectées dans l'économie, les ménages les plus pauvres dépensant l'intégralité de leurs revenus. Oui, l'accompagnement médico-social a un prix, mais de son adaptation aux besoins, de sa qualité et du professionnalisme de ceux qui le réalisent dépend le retour à l'autonomie et à la dignité des personnes. Les acteurs qui accompagnent les personnes en situation de précarité savent combien beaucoup gardent en réserve la volonté de s'en sortir. Se relever socialement quand on est tombé n'est pas simple et prend du temps. 

Permettre l'occupation de sites temporaires 

Le logement d'abord, que le gouvernement entend développer et qui permet à des personnes d'accéder directement de la rue à un toit, évitant ainsi des étapes souvent longues en centre d'hébergement, va dans le bon sens, celui d'un retour rapide à l'autonomie. Mais il n'est pas adapté à tous, et l'on sait le temps qui sera nécessaire pour combler le manque de logements abordables en France. Développer l'offre en permettant l'occupation de sites temporaires pour répondre aux besoins de places d'hébergement d'urgence, aujourd'hui insuffisamment couverts, en finir avec la gestion au thermomètre qui permet chaque année d'héberger les personnes au plus fort de l'hiver pour les remettre à la rue une fois les températures remontées, sans oublier la mobilisation des acteurs concernés par le soin, est ainsi indispensable. 

Pour faciliter la sortie des centres d'hébergement d'urgence, il convient de prioriser les personnes en grande précarité pour l'accès au logement ou aux structures médico-sociales. De trop nombreuses personnes ayant repris pied stagnent actuellement dans les centres. Or, la lenteur de sortie est contre-productive au retour à l'autonomie, notamment pour les plus jeunes. 16 % des personnes accueillies dans les centres d'hébergement ont aujourd'hui entre 20 et 25 ans.

Il est urgent de réduire le recours à l'hébergement hôtelier

Les aide-t-on ainsi à se construire un avenir ? Et que dire de ces dizaines de milliers de familles hébergées à l'hôtel ? Quel avenir pour ces enfants sans stabilité résidentielle, sans chambre où faire leurs devoirs, sans autre modèle que celui de parents maintenus dans un quotidien de survie ? Il est urgent de réduire le recours à l'hébergement hôtelier, qui plus est saturé en Ile-de-France, en développant les alternatives résidentielles, et, sur ce point, il n'est d'autre choix que de collaborer au niveau de l'Ile-de-France pour développer une solidarité territoriale. 

Enfin, combattre la précarité ne saurait se faire sans parler des migrants et réfugiés que l'on laisse pour certains dans de longues errances administratives, et, pour d'autres, sans aucun accompagnement après leur avoir délivré des papiers. 

Les attentes pour avancer en matière de lutte contre la pauvreté sont vives. Le plan ne peut se contenter d'être une rustine sur un barrage au bord de l'explosion. Un manque d'ambition serait le signe intolérable d'une acceptation d'une France à deux vitesses.»


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