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Jean-François Petin, kinésithérapeute bénévole

08 Jan 2019 • Portrait

Interview réalisée en février 2018.

Jean-François Petin travaille depuis un an et demi comme kinésithérapeute bénévole au Samusocial de Paris.
 

kiné ssp

 

Comment avez-vous rejoint le SSP ?

J’ai toujours voulu aller au-devant des personnes sans-abri. Je les voyais dormir par terre, et j’imaginais les douleurs de dos terribles qu’elles devaient avoir. Je me disais que la réinsertion sociale c’était bien, mais qu’il fallait également mettre les gens debout. Travailler la rééducation, la mobilité physique en même temps que la réinsertion. Depuis que je suis en semi-retraite j’ai plus de temps. Une de mes connaissances travaillait au Samusocial de Paris, elle a fait la médiation. Comme je vis dans la banlieue ouest j’interviens aux LHSS Ridder et Plaisance, à raison de deux fois trois heures par semaine, et je reçois 10 à 12 personnes par matinée


Quelles ont été vos premières impressions en arrivant au SSP ?

J’ai l’impression de travailler comme kiné de guerre. Je découvre toutes sortes de pathologies invraisemblables pour lesquelles je bricole des méthodes de rééducation. On ne peut pas être dans une kinésithérapie protocolaire dans un tel contexte, il faut tout le temps inventer. La conjugaison de la chaleur humaine et du savoir a permis une adhésion très rapide des personnes, la salle d’attente déborde.


Quelles sont les pathologies que vous rencontrez ?

Elles sont de toutes sortes. Il y a beaucoup de neurologie, des troubles liés à l’alcool, des Korsakoff pour lesquels on peut rééduquer à une certaine stabilité. Il y a également beaucoup de traumatologie, des fractures incroyables provoquées par des bagarres, des chutes. Récemment j’ai vu un monsieur qui avait trouvé un pistolet dans une poubelle, et s’était fait un trou dans la main. Également un monsieur défenestré du sixième étage d’un squat, qui miraculeusement avait juste eu une vertèbre fracturée dont il avait été opéré. Il était dans un fauteuil. Je me suis renseigné sur son histoire et son dossier médical, puis je l’ai pris dans mes bras et lui ai dit « On va se mettre debout ». Il avait d’abord besoin d’affect, et n’est pas retourné dans son fauteuil. Il y a également tout un volet rhumatologique, et des pathologies vasculaires. Je fais des massages circulatoires des mains et des pieds pour éviter les amputations. La clé d’or de tout mon système, ce sont mes mains. Je les mets sur leur peau, je les masse, mon métier me le permet, et cela répond en partie à un énorme déficit d’affect.

 


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