L’échec du pilotage automatique de la prise en charge des sans-abri

Si la « politique du thermomètre » est une constante dans la prise en charge en urgence des sans-abri, le Plan d’Urgence Hivernale (PUH) innove en déclinant officiellement trois seuils de mobilisation fondés sur des indicateurs de températures, véritables « gâchettes » qui déclenchent l’action étatique à l’égard de cette population. Cette technicisation de la prise en charge des sans-abri s’est construite sur une dimension humanitaire du problème public et sur un transfert d’instrument d’action publique. Mais, la puissante interpellation politique des Enfants de Don Quichotte au cours de l’hiver 2006-2007 contredit finalement cette technicisation et la marginalisation du politique qu’elle supposait.

Premièrement, l’introduction, à la prise en charge des sans-abri, d’un mécanisme de pilotage automatique associé à des indicateurs climatiques correspond à l’importation des outils des plans de sécurité sanitaire et civile au domaine de l’action sociale. Ce transfert est rendu possible par la convergence de deux aspects : un souci de rationaliser la prise en charge des sans-abri, et une volonté de minimiser la décision politique dans ce domaine.

Deuxièmement, l’étude de la mise en œuvre du PUH souligne les limites du transfert : il n’a pas conduit à automatiser la prise en charge des sans-abri. Les indicateurs font l’objet d’une interprétation souple, et les « déclenchements – spectacle » du niveau 2 ont surtout une fonction symbolique, mise au service d’une stratégie de communication politique du gouvernement. Il en résulte deux conséquences pour le pilotage de l’action publique : la publicisation de l’instrument contrarie le fonctionnement automatique et produit des effets inattendus contraires à la logique de la technicisation. Le PUH est un moyen de réaffirmer le partenariat avec les associations « gestionnaires » de services pour les sans-abri, et la coordination de leurs actions. Néanmoins, la rhétorique de l’urgence aliène ainsi la force critique de ces associations, qui se déplace vers les associations extérieures à la gestion des sans-abri – comme l’association des Enfants de Don Quichotte.

Finalement, la mobilisation des Enfants de Don Quichotte remet fortement en cause la technicisation de la prise en charge des sans-abri : elle institutionnalise ce que les créateurs du PUH avaient tenté d’éviter, c’est-à-dire la problématisation de la question comme un problème appelant une solution d’ordre politique, et la juridicisation de la responsabilité étatique. Cette mobilisation collective fait évoluer la politique de prise en charge des sans-abri d’une conception humanitaire vers une conception en termes de justice sociale et de droit.

Données analysées: décembre 2006-juin 2007

Date de publication du rapport: décembre 2007

Contact: E. Le Méner (e.lemener@samusocial-75.fr)

Les articles

« Les enfants de Don Quichotte et le Plan d'urgence hivernale », Schvartz A., Raison Présente, 170, p. 79-90.

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