A Paris, le numéro d’urgence “115” a, entre autres, pour mission de permettre à des particuliers de “signaler” des sans-abri au Samusocial de Paris, afin qu’une équipe mobile puisse intervenir. Nous avons cherché, par une double enquête quantitative et qualitative, à saisir les explications et les raisons qui peuvent rendre compte de ces signalements.

L’étude quantitative montre que l’on ne signale pas n’importe quand ni n’importe où. L’incitation médiatique, les rythmes professionnels (la plupart des signalements s’effectuent à la sortie du travail et en fin de soirée) et surtout la proximité entre les signalants et les signalés, pourraient expliquer les variations temporelles et géographiques des signalements.

Signaler un sans-abri est une démarche saisonnière : les signalements sont nettement plus nombreux l’hiver. La couverture médiatique, accrue en cette saison, peut être un élément d’explication. Signaler peut également être lié à une proximité ressentie avec la situation du sans-abri : la perception directe du froid semble créer l’empathie au sens littéral du terme, les signalants ressentant avec plus d’acuité la dureté des conditions de vie des sans-abri (l’hiver, une baisse de 8°C fait doubler le nombre de signalements).

Les signalements sont plus nombreux dans les arrondissements de l’est parisien, où la population est moins aisée qu’à l’ouest et au centre. On peut supposer que ce sont ces quartiers qui comptent le plus de sans-domicile, en raison notamment des accueils de jour et de nuit s’y trouvant. La proximité pourrait à nouveau être un facteur explicatif des signalements : il s’agirait ici de la proximité sociale et spatiale entre le signalant et le signalé.

L’étude qualitative affine la compréhension des signalements. Tout signalement apparaît comme le fruit d’une sollicitation morale, fondée sur la perception d’un phénomène inhabituel.

Celui-ci peut se manifester comme un trouble dans un environnement familier. Telle personne, bien connue, semble aller sensiblement moins bien qu’à l’habitude. L’inquiétude embraye sur un signalement.

L’inhabituel peut également traduire une perception incongrue dans le cours d’une action programmée. Au retour d’une soirée agréable, on rencontre de façon imprévue un individu mal en point. L’inattendu interpelle, plus sur le mode de l’inacceptable que de la culpabilité, et débouche sur un signalement.

Cette anormalité peut s’entendre enfin comme le rappel d’un scandale, celui de la présence de sans-abri dans une société qui aurait les moyens de l’éviter. Le signalement est alors comme un geste quasi-militant, d’indignation sourde et de protestation efficace.

Données analysées: août 2005-juin 2007

Date de publication du rapport: novembre 2007

Contact: E. Le Méner (e.lemener@samusocial-75.fr)

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