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Najia, agent d'entretien au CHU Popincourt

01 Feb 2017 • Portrait

Portrait de février 2017.

Entrée au Samusocial de Paris il y a maintenant 12 ans, Najia a été femme de ménage au CHU Yves  Garel, puis Oscar Roty, avant de travailler dans le tout nouveau CHU Popincourt. Une mémoire vivante des différents lieux, et des personnes qui les ont traversés.

najia métier portrait

 

Quel souvenir avez-vous conservé du centre Yves Garel ?

C’était la période la plus difficile. Le centre était tout à côté de l’actuel Popincourt, boulevard Richard Lenoir. Il était situé dans des bâtiments très vétustes, d’anciennes pompes funèbres de la Ville de Paris. Il y avait deux bâtiments, un pour les hommes, un plus petit pour les femmes, et une cour entre les deux. Chaque nuit étaient hébergées 108 personnes. Il fallait monter le matériel sur trois étages, les seaux à la main, dans de petits escaliers étroits et abîmés du côté des femmes notamment. Nous avions régulièrement des inondations. Les femmes de ménage étaient plus nombreuses, mais tout était plus difficile dans les conditions de travail. A Popincourt, nous mettons tout sur des chariots et montons avec l’ascenseur. Garel et Popincourt, c’est un peu comme comparer les premiers Nokia avec l’Iphone 6.

 

Qu’est-ce qui vous a marqué à l’époque en découvrant l’univers du Samusocial ?

J’étais étonnée de voir tout ce monde qui arrivait de partout, et des personnes qui avaient parfois de bonnes situations. J’ai compris que ce genre de choses peut arriver à n’importe qui. Au début je ne pensais pas rester, mais je me suis attachée aux gens. J’aime les aider, me mettre à leur place, leur préparer un endroit propre, et je préfère travailler dans ces conditions pénibles qu’avec les bourgeois. Je n’ai jamais essayé d’aller voir ailleurs parce qu’ici je suis bien, mais j’aimerais explorer d’autres facettes du Samusocial, devenir agent de restauration par exemple.

 

Êtes-vous beaucoup en lien avec les personnes hébergées ?

J’ai toujours travaillé en journée. A l’époque de Garel où les personnes étaient accueillies pour la nuit je les voyais le matin, à Roty et Popincourt beaucoup plus puisque l’accueil se fait toute la journée. Je suis en très bons termes avec les personnes hébergées, certains viennent me raconter leurs problèmes, beaucoup nous confient des choses différentes de ce qu’ils peuvent dire à l’assistante sociale ou aux animateurs, et moi je respecte leurs secrets. Comme je parle arabe je fais souvent office de traductrice, parfois c’est l’assistante sociale qui m’appelle.

 

Avez-vous l’impression que le public des personnes accueillies a changé depuis l’époque de Garel ?

Les hommes accueillis à Garel étaient plus sales, plus alcoolisés, plus clochardisés, le soir ils salissaient tout. On a passé des années épouvantables. Il suffisait d’un peu d’eau pour avoir une inondation, et même en frottant on ne parvenait pas à enlever la saleté, car les murs étaient sales.

En déménageant à Oscar Roty nous avons perdu toutes les femmes qui venaient à Garel, puisque Roty ne permettait plus d’accueillir les femmes. Je me suis beaucoup demandé ce qu’elles étaient devenues. Je me souviens de leurs noms. J’ai entendu dire que l’une d’elles était dans une cabine téléphonique, trois sont mortes d’après ce que je sais. Quand on nous a annoncé que les femmes ne suivaient pas le déménagement, on n’en revenait pas.

 

Et à Popincourt, quelle est votre impression sur le public accueilli ?

Ici les personnes sont plus propres, plus autonomes, beaucoup font leurs démarches pendant la journée, souvent tout seuls et de manière très efficace.

 

Arrivez-vous à parler hygiène avec ceux pour lesquels l’hygiène est compliqué ?

Avec certains. A Popincourt les personnes font le ménage dans leur chambre. Un jour j’ai demandé à un homme de nettoyer sa chambre, il m’a répondu « je ne suis pas femme de ménage », puis il a changé d’avis, et m’a remercié de l’avoir incité à nettoyer. J’observe que certaines personnes changent. Je pense à Mr L. par exemple : à Roty il était assis toute la journée, ici il me demande le balais, il est plus actif. Proposer un lieu plus propre aux personnes les incite sans doute à davantage respecter le lieu, et leur propre hygiène.


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