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Qui sont les personnes sans-abri du métro parisien ?

08 Jul 2019 • Reportage

La RATP a annoncé un nouveau plan pour aider les SDF à sortir de son réseau. Dans ce cadre, le Samusocial de Paris, partenaire de la RATP, élargit l’amplitude horaire de son Espace Solidarité Insertion (désormais ouvert de 7h30 à 19h30) pour pouvoir accueillir les personnes errant dans le réseau RATP. Parallèlement, en collaboration avec le Recueil social de la RATP, l’Observatoire du Samusocial de Paris mène une enquête sur les sans-abri dans le métro parisien : quelles sont leurs conditions de vie, leurs trajectoires et leur usage du réseau et des services d’aide ?

Une cinquantaine d’entretiens a été réalisée auprès de ce public de décembre à juin, à toutes heures de la journée et du soir. Afin de compléter ce travail, une deuxième phase d’enquête a été menée durant la deuxième quinzaine de juin par l’équipe de l’Observatoire. Au programme, la passation de questionnaires, un recensement et une observation systématique des stations, ainsi qu’un temps d’échanges avec les agents de station de la RATP. L’enjeu ? Mieux connaître et comprendre les personnes sans-abri du métro parisien. Reportage. 

 

Observatoire RATP

 

Il est 18h. Une première équipe d’enquêteurs de l’Observatoire du Samusocial de Paris se retrouve à une station de métro située en plein Paris. Elsa, Axelle, Charlotte, Isabelle et Léo rencontrent les agents du Recueil social de la RATP. L’équipe et les agents descendent dans les couloirs du métro. Carlos, Grégory et Jean-Claude sont chargés d’accompagner les enquêteurs. « Dès qu’on voit une personne sans-abri dans les couloirs du métro et sur les quais, on remplit une fiche mais dans un premier temps, on n’entre pas en contact avec elle. On lui propose ensuite de répondre à un questionnaire », explique Léo, l’un des enquêteurs. Une photo à l’instant T de la rencontre, en quelque sorte. Où se trouve l’individu, dans quelle position, que possède-t-il, que fait-il, est-il un habitué du Recueil social ? Autant de questions à renseigner.

Mieux connaître les personnes sans-abri dans le métro
19h. Sur les quais du métro, à cette station, personne. « Ce n’est pas étonnant, observe Isabelle. Il y a deux sorties de chaque côté du quai, donc des courants d’air et peu de recoins où se mettre ».
Le groupe change de quai. Là, un homme, peut-être sans-abri. Elsa, enquêtrice, établit une fiche de renseignements et laisse Carlos, l’un des agents du Recueil social, établir le contact. Celui-ci connaît la plupart des personnes sans-abri du métro, mais pas cet homme. Carlos revient : « Il fait partie de ceux qui ne se considèrent pas comme des SDF. Mais il dort à la gare du Nord ». Elsa indique : « Toutes les personnes rencontrées ne répondent pas forcément aux questionnaires. Soit parce qu’elles dorment, soit parce qu’elles ont des problèmes psychiques, soit parce qu’elles refusent ».
L’équipe monte dans le métro et s’arrête à plusieurs stations, jusqu’à ce qu’elle retrouve le bus du Recueil social. A bord, 25 personnes sans-abri attendent le départ pour le Chapsa, un centre d’hébergement situé à Nanterre. « On les connaît presque toutes ; le bus est complet pour ce soir », souligne Carlos.

 

Observatoire RATP

 

Un questionnaire pour établir leur profil et connaître leurs besoins
Il est 20h passé. L’équipe du Samusocial de Paris profite d’un temps de pause pour proposer aux personnes présentes de répondre au questionnaire. Plus de 60 questions au total, permettant de mieux comprendre, en respectant leur anonymat, les publics présents dans le métro, leurs besoins et leur rapport au Recueil social. Parmi les volontaires, une dame d’une cinquantaine d’années, usagère du métro. Le jour, elle se rend à la halte femmes du 12e ; le soir, elle prend le bus du Recueil social pour dormir au Chapsa. « Les agents sont très gentils mais on ne leur parle pas ». Lorsqu’elle rate le bus, la dame passe la nuit dans un noctilien. Déboutée du droit d’asile, voilà plus de 5 ans qu’elle vit à Paris, sans ressources. Au fil des questions, son profil se dessine, son quotidien aussi. Au total, ce soir-là, 9 questionnaires seront remplis.

 

RATP Observatoire

 

Une équipe dédiée à l’observation pure
Sur les quais d’une station située à quelques kilomètres de là, une deuxième équipe de l’Observatoire du Samusocial de Paris s’affaire. Gaëlle et Juliette sont chargées de récolter les données qualitatives de l’enquête. Leur mission est triple. « On décrit d’abord les quais et les couloirs du métro : quelle est l’atmosphère, la lumière, y-a-t-il des courants d’air, des sièges où s’assoir, des recoins où se blottir, etc, explique Gaëlle. C’est une image mentale de la station au moment de la lecture de l’enquête, pour qu’on comprenne pourquoi les personnes sans domicile se trouvent dans telles stations plutôt que dans d’autres ». Pas de contact direct avec elles ni de questionnaire à faire passer. Juste de l’observation. « On s’intéresse aux gens qui restent et qui laissent passer les métros. Aujourd’hui, on a vu un monsieur qui faisait la manche dans un escalier, un autre qui fouillait les poubelles sur le quai, un homme installé dans un duvet et un autre avec son chien, qui lui a donné à boire à un point d’eau », raconte Gaëlle. Enfin, les deux enquêtrices échangent avec l’agent de station de la RATP pour connaître les usages de la station par les non-voyageurs, avant de poursuivre leur chemin. Au total, elles parcourront 27 stations de métro ce soir-là.   

 

 


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