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Adolescents sans-logement : grandir en famille dans une chambre d’hôtel

19 Feb 2019 • Actualité

Odile Macchi, sociologue à l’Observatoire du Samusocial de Paris, et Nicolas Oppenchaim, sociologue à l’Université de Tours, ont présenté au Défenseur des droits leur étude intitulée « Adolescents sans-logement : grandir en famille dans une chambre d’hôtel ».

Durant plus d’un an, les deux sociologues ont mené des entretiens auprès d’une quarantaine d’adolescents âgés entre 11 et 18 ans, et vivant en hôtel social à Paris, en banlieue parisienne et à Tours. L’objectif de cette étude ? Mettre en lumière les difficultés qu’implique la vie à l’hôtel dans le quotidien de ces jeunes, et les conséquences qu’elles peuvent avoir sur leur construction identitaire.

Exiguïté des chambres où s’entasse tout ce qui reste d’une vie, absence d’espace d’intimité pour les enfants comme pour les parents, quasi impossibilité de recevoir des visites, difficultés pour préparer les repas - le matériel de cuisine étant souvent interdit dans les chambres pour des raisons de sécurité -, éloignement fréquent des commodités de base, des services et des transports, et du tissu associatif local pouvant leur venir en aide : les difficultés que rencontrent les familles sont nombreuses. Elles nuisent au bon développement des enfants et obèrent leur avenir.

Il joue du foot dans la chambre

 

Ce que l’on retient de cette étude

  • Les adolescents hébergés à l’hôtel sont très majoritairement des enfants migrants, et plus rarement des enfants de migrants. Ils ont presque tous vécu l’expérience migratoire et sont à présent dans l’incertitude permanente d’un nouveau déménagement. Cette incertitude, couplée aux caractéristiques des lieux environnant leur hôtel, complique fortement leur ancrage dans leur quartier de résidence.
     
  • Tous les adolescents ont été confrontés à des éléments d’insalubrité compromettant leur bien-être, comme la présence de punaises de lit dans les chambres par exemple. Les conditions d’hébergement ne leur permettent pas de se sentir chez eux. Ils n’ont d’ailleurs aucun espace d’intimité, et sont exposés à la présence permanente des autres membres de la famille. Cette promiscuité entraine une plongée permanente au cœur des conflits familiaux.
     
  • Le règlement de l’hôtel, ajouté aux règles imposées par l'école et par les parents, constitue une épreuve supplémentaire dans ces vies adolescentes très contrôlées. Il constitue un faisceau d'obligations et d'interdictions à respecter dans le cadre domestique, qui les empêche de se sentir chez eux à l'hôtel.
     
  • Les autres sphères d’activités des enfants, en particulier scolaires et amicales, se retrouvent fortement affectées par l’hébergement hôtelier ainsi que par les difficultés économiques, sociales et administratives des parents.

Cette étude démontre les effets délétères que l’hôtel social produit sur les relations familiales et amicales, la scolarité et la santé des adolescents. Cet hiver 2018, le Samusocial de Paris avait déjà dénoncé les problèmes posés par l’hébergement hôtelier de longue durée dans une campagne #EnfanceSansDomicile.

En 2017, plus de 21 000 familles ont été hébergées en hôtel social en Ile-de-France.
Le Défenseur des droits Jacques Toubon portera cette cause au Conseil de Paris.

 


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