Nos enquêtes

LES FEMMES SEULES DANS LE DISPOSITIF DE VEILLE SOCIALE

Une enquête auprès du public accueilli à l'ESI "Halte Femmes"

Rares sont les études à dominante quantitative portant sur le public féminin à la rue, les femmes en situation de sans-abrisme étant et restant souvent invisibles, au propre comme au figuré. Pourtant, tous les acteurs de terrain sont unanimes sur le sujet : ces dernières années ont vu augmenter le nombre de femmes seules en demande d’hébergement, et le profil sociodémographique a évolué sensiblement depuis 2012. Ce constat est particulièrement partagé par l’Espace de Solidarité et d’Insertion (ESI) la « Halte Femmes », géré par l’association Aurore, et le 115/SIAO Urgence de Paris, qui tentent de répondre quotidiennement aux demandes et besoins d’un public en grande précarité.

L’étude réalisée comporte deux axes principaux. L’analyse des données 2006, 2012 et 2016 du 115/SIAO Urgence de Paris sur les femmes seules permet d’observer, sur le temps long, les évolutions concernant le recours au dispositif de veille sociale. Si les données chiffrées agrégées permettent de contextualiser efficacement les évolutions générales, elles ne disent en revanche rien sur les parcours de ces femmes. Nous avons donc mené 10 entretiens approfondis ainsi qu’une une enquête exploratoire par questionnaire auprès de 72 femmes fréquentant la Halte Femmes, pour tenter d’apporter un éclairage :  qui sont-elles, quelle a été leur trajectoire, comment se « débrouillent»-elles au quotidien dans le dispositif d’accueil et en dehors, quels sont leurs besoins et leurs difficultés, et, comme un fil rouge, leur expérience de la violence sous différentes formes au cours de leurs parcours.

LE SANS-ABRISME COMME EPREUVE D'HABITER

Caractériser statistiquement et expliquer qualitativement le non-recours aux hébergements sociaux

Dans les sociétés occidentales modernes, les personnes exclues du logement de droit commun sont très minoritaires mais leur nombre a augmenté ces dernières années. Elles se retrouvent dans diverses situations d’habitat : hébergements chez des particuliers, dans des institutions, des hôtels à leurs frais, des squats, d’autres habitats de fortune ou encore sans abri. Cette dernière situation suscite beaucoup d’interrogations : comment se fait-il que des personnes ne recourent pas aux hébergements sociaux et dorment à la rue ? Une raison parfois avancée dans le monde politique ou le grand public est le « choix personnel ». D’autres parlent de cas psychiatriques. Deux autres causes souvent avancées sont le manque de places disponibles, et l’effet de dissuasion lié à de nombreux refus par manque de place ou aux conditions d’hébergement jugées indignes dans certains centres d’urgence. Comment faire la part entre ces diverses explications ? Et ne peut-on pas en envisager d’autres ?

Cette étude apporte un éclairage quelque peu différent sur cette question. Elle s’intéresse principalement aux personnes en situation de non-recours durable (au moins plusieurs mois), et notamment à celles qui ne demandent plus d’hébergement, voire refusent les places qui leur sont proposées. Elle mobilise à la fois des techniques statistiques, par l’exploitation des données issues de l’enquête HYTPEAC (2011), et des techniques de recherche qualitative, permettant d’accéder directement aux personnes concernées.

Cette étude apporte deux résultats principaux. Le premier souligne que toutes les personnes sans domicile n’ont pas les mêmes probabilités de recours aux hébergements sociaux, et conduit à interroger les pratiques de priorisation à l’œuvre dans le système de prise en charge. Le second résultat, qui concerne spécifiquement les personnes sans abri sédentarisées depuis au moins plusieurs mois, voire années, explique les refus de places pourtant disponibles par la difficulté rencontrée par ces personnes pour casser les relations signifiantes qu’elles ont nouées dans un environnement qui les expose pourtant à une dégradation de leur état de santé et à des violences.

Ces deux résultats invitent à reconsidérer ce qui est appelé « la grande exclusion » à l’aune de sa dimension collective. Plutôt que d'expliquer le sans-abrisme de longue durée par des choix individuels, et d'en déduire que le mieux est de ne pas intervenir, le regard sociologique sur ces situations limites apporte de nouvelles perspectives et ouvre une réflexion sur la création d'un "droit à habiter".

MONOPARENTALITE ET PRECARITE

La situation des familles sans logement en Île-de-France

Les analyses présentées dans ce rapport se sont attachées à mesurer en quoi la monoparentalité pouvait être un avantage ou un inconvénient (par rapport au fait d’être en couple) pour les familles sans logement, en termes de ressources monétaires, d’accès à l’emploi, d’accès aux soins, de conditions de logement ou encore de sociabilité. Elles s’appuient sur l’exploitation des données de deux enquêtes : principalement l’enquête ENFAMS (Enfants et familles sans logement personnel en Île-de-France), menée par l’Observatoire en 2013 auprès de 801 familles hébergées en hôtel social, en centre d’hébergement d’urgence, de réinsertion sociale ou pour demandeurs d’asile ; secondairement, sur la partie francilienne de l’enquête menée par la DREES auprès des bénéficiaires de minima sociaux en 2012.

Ces analyses ont permis de dessiner les profils des familles monoparentales sans logement personnel d’ENFAMS en les comparant à leurs homologues nucléaires, mais aussi, dans la mesure du possible, à leurs homologues monoparentales bénéficiaires de minima sociaux.

Outre la prise en compte du statut matrimonial des familles, une attention particulière a été portée tout au long de cette étude à la situation administrative de la personne, selon qu’elle lui permet ou non de travailler légalement.

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L'ACCES AU SOIN DES "MIGRANTS" EN ÎLE-DE-FRANCE

Une enquête auprès des centres d'hébergement d'urgence migrants en Île-de-France, au printemps 2017

Dans le contexte européen d’un afflux considérable et croissant d’exilés, l’Etat a mis en place un plan national d’accueil en juin 2015, reposant notamment sur l’augmentation des capacités d’hébergement des demandeurs d’asile. En un peu plus de deux ans, en se limitant à l’Île-de-France, plus de 47 000 personnes auraient ainsi été mises à l’abri, à la suite d’évacuations de campements dans l’espace public, ou d’un passage par l’un des centres d’orientation, dits de « premier accueil ». Les gestionnaires de ces structures d’hébergement – des centres ouverts à la hâte et des chambres d’hôtels sociaux principalement – ont pour mission de subvenir aux besoins primaires de ceux qu’ils hébergent mais aussi d’accompagner leurs démarches juridiques et plus généralement administratives. Ils doivent ainsi favoriser l’accès aux droits des « migrants », notamment en matière de santé.

Au printemps 2017, 75 des 81 « centres d’hébergement d’urgence migrants » alors ouverts dans la région ont répondu à un questionnaire téléphonique portant sur l’accès aux soins des migrants, administré par l’Observatoire, pour le compte de l’Agence Régionale de Santé d’Île-de-France. Ces questionnaires, d’une durée moyenne de 50 minutes, ont pris la forme d’entretiens examinant les relations entre ces centres d’hébergement, les caisses primaires d’assurances maladie, les permanences d’accès aux soins de santé et d’autres services permettant l’ouverture des droits ou plus directement de soigner les résidents. Ce rapport décrit, département par département, les relations qu’entretiennent les centres d’hébergement avec ces différents services.

Sans aucun doute, la capitale se distingue des autres départements par une offre et une accessibilité bien meilleure aux services de santé, bien que la gestion des problèmes de santé mentale y reste difficile. L’attractivité des services de santé parisiens à destination des populations exilées (permanence d’accès aux soins, associations de santé mentale spécialisées…) s’exerce dans toute la région. Les centres basés hors de Paris compensent intra-muros l'insuffisance ou les dysfonctionnements de certains services constatés dans leur département.

Les centres de petite couronne sont, pour la plupart, en relation avec plusieurs services de santé parisiens. En Seine-Saint-Denis notamment, les réseaux de santé s'inscrivent dans une continuité géographique avec l'est de la capitale. Les centres qui se retrouvent à l’écart des voies de transports conduisant aisément vers les grandes villes locales ou vers Paris sollicitent moins de services de santé tout en prospectant dans de nombreuses directions pour répondre à leurs besoins.

Cette même situation est observée dans les départements de grande couronne où l’on constate des disparités plus marquées en termes d’implantation et d’accessibilité des centres d’hébergement par rapport aux services de santé du département ou de la capitale. Dans ces départements, l'accès aux services de santé s'avère donc logiquement bien plus difficile. Les centres s'appuient davantage sur les services de proximité, dont le choix est plus réduit. Ils font alors sans doute plus appel à des soignants, le plus souvent bénévoles, pour organiser des permanences régulières. La couverture par des services mobiles, là où ils existent, s’avère particulièrement précieuse dans ces départements.

 

PROFIL SOCIO-SANITAIRE ET BESOINS DE SUIVI SANITAIRE DES PERSONNES ACCUEILLIES DANS LES STRUCTURES D'ÎLE-DE-FRANCE HEBERGEANT DES MIGRANTS EVACUES DE CAMPEMENTS DE FORTUNE PARISIENS

Bilan infirmiers d'orientation réalisés entre avril et décembre 2016

Ce rapport est issu de l’analyse des données recueillies entre avril et décembre 2016 lors des bilans infirmiers d’orientation réalisés dans des structures franciliennes hébergeant des personnes migrantes évacuées de campements de fortune parisiens. Il vient compléter la première analyse, publiée sur ce même site au mois d’août 2016, qui portait sur les bilans réalisés entre octobre 2015 et mars 2016.

Pendant cette deuxième période des bilans infirmiers ont été réalisés auprès de plus de 3000 personnes. Seules les 2580 personnes arrivées en France après le 1er mai 2015 (soit un mois avant la première des 30 évacuations de campement menées par la Préfecture de région jusqu’en décembre 2016), ont été retenues dans l’analyse.

Ces bilans infirmiers avaient pour objectif de détecter les besoins de santé les plus urgents pour pouvoir orienter les personnes vers des structures de soins adaptées. Ils comportaient un recueil de données standardisées et des mesures biométriques.

Les profils sociodémographiques, les parcours migratoires, l'accès aux soins, les problèmes de santé (somatiques et psychiques) et les besoins d’orientation sanitaire de la population sont décrits, puis comparés selon le sexe, le pays d’origine et la période de réalisation du bilan. Les variations observées entre ces résultats et ceux du premier rapport sont également discutées.

Les données issues de ces bilans constituent une des rares sources de connaissance sur cette population en France.

 

EXPULSIONS LOCATIVES ET SANS-ABRISME

Un éclairage à partir des données du 115

Résumé du rapport Onpes Expulsions locatives - 27/10/2017

L’engagement d’un « processus » d’expulsion locative – du jugement portant officiellement demande d’expulsion à l’expulsion physique du logement – conduit une partie des personnes concernées à recourir aux services d’urgence sociale. Ce rapport cherche à caractériser ces personnes parmi celles ayant recours au « 115 de Paris », plateforme d’hébergement d’urgence conçue pour l’orientation et l’hébergement des sans-abri, à partir des données recueillies par les écoutants de cette plateforme.

Les personnes ayant bénéficié d’un « Droit de Priorité Préfectoral » (qui permet aux personnes expulsées de leur logement par les forces de l’ordre d’accéder directement à l’hébergement d’urgence) sont facilement repérables dans la base de données, mais très peu caractérisées du fait de l’automaticité de l’attribution d’un hébergement. Outre ces personnes, il a fallu aussi identifier, en consultant les notes textuelles renseignées lors de chaque appel, les personnes ayant quitté leur logement avant cette ultime étape. Les informations recueillies étant souvent imprécises, ces personnes ont été classées en deux autres groupes, selon que l’expulsion était jugée, à l’examen des notes, « avérée », ou seulement « possible ».

La nature même de la base du 115 limite les connaissances qui peuvent en être tirées (chiffrage imprécis, données manquantes, ne permettant pas de pousser très loin la spécification des profils des personnes), et le prisme du 115 ne permet pas, par construction, de savoir ce que sont devenues celles des personnes expulsées qui n’ont pas été en contact avec le dispositif d’urgence sociale, ni d’identifier et de quantifier tous les types de trajectoires entre l’expulsion et le premier contact. L’exploitation des données du 115 a toutefois permis de mettre la lumière sur les modes d’entrée et les trajectoires, dans l’hébergement d’urgence, des personnes ayant subi une expulsion.

Les personnes hébergées via le dispositif préfectoral bénéficient d’une prise en charge prioritaire pour 14 nuitées. Elles font un usage circonstancié du dispositif, et pour elles le 115 fonctionne comme un filet de sécurité temporaire, à partir duquel elles rebondissent relativement rapidement, comme l’atteste leur durée d’hébergement, bien plus courte que celle des autres usagers. Leur installation durable dans le dispositif semble relativement marginale. Les données parcellaires de la base ne nous permettent pas de savoir comment et où elles ont été relogées.

La situation des « expulsés avérés » par le 115 est plus contrastée. Ils ne bénéficient d’aucun avantage relatif par rapport aux autres usagers du dispositif d’urgence, une fois considérés leur statut matrimonial et leurs ressources. Dans leur grande majorité, ces personnes apparaissent moins fragiles que les autres appelants : elles ont plus souvent des revenus, notamment tirés du travail, sont moins souvent nées à l’étranger et, lorsqu’elles le sont, ont des situations administratives moins précaires. Leur durée moyenne (et médiane) d’hébergement est plus courte que celle des non expulsés. Certains (essentiellement des personnes isolées) s’inscrivent toutefois durablement dans le dispositif d’urgence. Les « expulsés possibles » ont une durée d’hébergement plus longue que les précédents.

L’ouverture des fiches a permis d’illustrer des parcours parfois complexes : certains alternent prise en charge par le 115, hébergement chez un tiers, voire passage par des squat ou autres solutions temporaires.

Une évaluation plus précise de la situation des personnes expulsées et de leurs parcours avant, pendant et après l’hébergement d’urgence, ou n’ayant pas recours à ce dernier, nécessiterait un suivi systématique d’un échantillon de ménages expulsés de leur logement et ayant bénéficié d’un droit de priorité, ou ayant quitté leur logement en cours de procédure.

BESOIN D'AVIS OU DE SUIVI SPECIALISE EN SANTE MENTALE DANS LES LHSS DU SAMUSOCIAL DE PARIS

Enquête exploratoire un jour donné

Dans le contexte de restructuration du Réseau Psychiatrie et Précarité, l'objectif de cette enquête est d'estimer la fréquence des troubles psychiques dans les Lits Halte Soins Santé du Samusocial de Paris, de mieux connaître leur nature, leur mode de prise en charge, et les éventuels besoins en matière de suivi spécialisé.

PROFIL SOCIO-SANITAIRE ET BESOINS DE SUIVI SANITAIRE DES PERSONNES MIGRANTES ET REFUGIEES ACCUEILLIES DANS LES CENTRES D'HEBERGEMENT EN ÎLE-DE-FRANCE

Soutien : ARS Ile-de-France

On estime que 15% des personnes évacuées des campements en Ile-de-France ont pu bénéficier du bilan d’orientation infirmier. Dans les centres visités, environ la moitié des personnes visées n’a pas souhaité rencontrer les infirmier.e.s ou n’étaient pas présentes lors de leurs visites. Les limites budgétaires n’ont pas non plus permis d’élargir le dispositif pour qu’il soit opérant dans chaque centre et qu'il puisse toucher également une population qui jusqu’à maintenant n’a pas été couverte, celle des centres ou hôtels accueillant des femmes et des enfants.

Nous nous sommes intéressées plus particulièrement à la population arrivée en France depuis moins de 18 mois, c'est-à-dire issue de la récente vague migratoire. Ces personnes constituaient la cible initiale du dispositif, lié aux évacuations des campement parisiens. Les parcours des personnes ayant effectivement participé aux bilans sont plus hétérogènes (plus de 20% des bilans réalisés ont été faits pour des personnes n’étant pas passées par un campement, et 10% pour des personnes arrivées en France depuis plus de 18 mois, qu’elles soient ou non passées par un campement).

 

LA GROSSESSE ET SES MALENTENDUS

Rapport du volet anthropologique du projet RéMI (Réduction de la mortalité infantile, périnatale et néonatale en Seine-Saint-Denis)

Quels problèmes rencontre-t-on au cours de sa grossesse ? Qu'en fait-on ? Que nous font-ils ? Ces questions simples ont guidé une enquête ethnographique auprès de femmes enceintes, résidant en Seine-Saint-Denis et reflétant différents aspects de la précarité (sociale).

Plus précisément, elles nous ont conduit à suivre pas à pas un nombre limité de femmes au cours de leur grossesse, dans l'ensemble de leurs rendez-vous et consultations, avec des soignants, des intervenants sociaux, et d'autres interlocuteurs, qui jouent un rôle direct ou influencent indirectement le déroulement et l'expérience de la grossesse.

Ces interrogations nous ont également amenés à prendre en compte le point de vue des professionnels de santé, sur les principaux problèmes vécus par les femmes. Au fur et à mesure des suivis ethnographiques et des entretiens avec les soignants, nous avons documenté et examiné ce que l'on pourrait appeler une logiqie de malentendus réciproques. 

Date de publication du rapport : novembre 2015

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