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Hors service. Enquête sur les manifestations socioéconomiques de la crise sanitaire de la Covid-19 sur les travailleurs de l’hôtellerie-restauration (Île-de- France, mars 2020 - mai 2021)

Hors service - volet 1 : Ecouter le podcast

Ce rapport est le premier d’une enquête ethnographique collective entamée à l’automne 2020, cofinancée par l’Agence régionale de santé d’Île-de-France, la Fondation Daniel et Nina Carasso, la Fondation de France et le Samusocial de Paris. L’investigation porte sur les manifestations socioéconomiques de la crise sanitaire de la Covid-19 sur les travailleurs de l’hôtellerie et de la restauration, surtout en région parisienne. Il s’agit d’étudier, à l’échelle des individus, des ménages et de leur entourage, l’expérience d’une mise au chômage imprévisible et brutale, ses répercussions sur l’économie domestique et les orientations biographiques. Cette enquête s’intéresse notamment à ce qui conduit ou détourne de l’aide sociale des individus à situation d’emploi (de chômage en l’espèce) comparable. Mais contrairement aux études habituelles de l’Observatoire du Samusocial, celle-ci n’est pas focalisée sur les personnes sans domicile.

Une première enquête, conduite du 29 avril au 19 mai 2020, au temps du premier confinement, dans des distributions alimentaires parisiennes, avait en effet rappelé la proximité sociale de personnes pauvres demeurant plutôt à l’écart de l’hébergement et de personnes déjà hébergées. Les observations témoignaient d’un voisinage d’expériences de la crise en milieu populaire, mais restaient dépendantes d’un champ d’observation étroit. Fixées dans un temps limité dans des services d’aide, les enquêtrices repéraient bien des formes de recomposition budgétaire engageant des ressources excédant largement celles de l’assistance, mais ne pouvaient pas les étudier plus avant.

En prenant pour base de recrutement non pas un service d’aide mais un secteur d’activité durement touché par la crise, il s’agit, d’une part, de mieux appréhender l’expérience de la crise dans ce qu’elle peut avoir de différenciée au sein d’un tel ensemble. Il s’agit, d’autre part, de mieux décrire les connexions, les articulations mais aussi la segmentation entre les formes d’aides et de réponses apportées face à la crise, sans exagérer dans ce panorama le rôle des seules aides sociales, et réciproquement, sans minorer l’importance des contraintes et des ressources invisibles aux protagonistes de l’assistance.

Partant, ce tableau de crise n’est pas centré sur ses figures extrêmes, sur les « nouveaux pauvres » qui viendraient rejoindre les rangs des indigents, eux-mêmes malmenés par la crise. Ces figures ne sont pas laissées pour compte, mais elles sont rattachées à des processus qui touchent plus largement et plus diversement la population d’étude, en premier chef l’expérience du chômage. C’est donc par jeu de contrastes que l’on essaiera de mieux comprendre ce qui conduit certains individus et certains groupes, plutôt que d’autres, à recourir aux services d’aide.

Ce rapport présente le problème, l’enquête et son corpus ; il décrit le moment étudié – la façon dont la crise vient à gripper le monde de l’hôtellerie et de la restauration parisien et dont le chômage affecte ses protagonistes ; il pose des jalons d’analyse, afin de cerner les processus et les formes d’adaptation à la crise. Les effets du contexte sur l’alimentation et la santé des travailleurs rencontrés sont notamment passés au crible. Ce rapport sera suivi par des études de cas, examinant les comptes de ménages plongés dans la crise. En cours de fabrication pour des livraisons échelonnées dans les dix mois restants du projet, celles-ci reposent sur des suivis ethnographiques et budgétaires de longue durée, d’individus ici décrits en filigrane, rattachés à trois situations professionnelles caractéristiques du secteur : celle d’étudiants qui trouvent normalement à s’embaucher sans difficulté dans des postes peu qualifiés ; celle d’immigrés, employés eux aussi en bout de chaîne mais durablement ; celle de travailleurs indépendants, qui peuvent se lancer à leur compte sans trop d’apports, et qui se tiennent à quelque distance du salariat, visant des formes de réussite professionnelle et personnelle. A l’issue de ces monographies, le présent rapport sera mis à jour, augmenté d’éclairages statistiques, et clôturera cette investigation sur l’hôtellerie-restauration et ses travailleurs « hors service ».

Aux guichets de l’aide alimentaire : les “nouveaux publics” du confinement ? (Paris et Saint-Denis, 29 avril- 19 mai 2020)

Par voie de presse, intervenants sociaux et responsables associatifs alertent depuis le début du confinement sur les conséquences économiques de la crise pour les plus démunis de nos concitoyens. Les services d’aide encore ouverts, notamment les distributions alimentaires, voient défiler des rangs plus longs que jamais et les guichetiers ne tardent pas à repérer de nouvelles têtes. De la base à la tête des organisations caritatives, l’importance de la crise se jauge au nombre et au faciès. Ce rapport porte sur ces “nouveaux publics” de l’aide alimentaire et indissociablement sur ce que doit cette présomption de nouveauté au confinement, et aux effets du confinement sur l’organisation de l’assistance.

Du 29 avril au 14 mai 2020, dix lieux ont été enquêtés, une dizaine de distributions alimentaires observées – toutes situées à Paris, sauf une d’entre elles, sur le campus de l’université Paris 8 à Saint-Denis. L’échantillon est donc mince, mais les descriptions, in situ, de première main, et en plein confinement, présentent un certain intérêt documentaire. Comme on pouvait s’y attendre par mécanique de report, les ménages en difficultés se sont massés aux distributions. L’impression est unanime, et sans doute doit-elle à la sélection des sites d’observation, largement guidée par des décideurs publics et des responsables d’organisations de lutte contre l’exclusion, qui ont orienté les enquêtrices vers des lieux de distribution mis à rude épreuve durant le confinement. Mais les témoignages rassemblés, y compris au-delà des sites visités, disent tous l’accroissement des rangs aux guichets, et avant même d’y repérer de nouveaux “publics”, les témoins décrivent une nouvelle forme de demande, sous l’aspect d’une foule concentrée et bigarrée, mélangeant des profils familiers et inhabituels.

Tous les guichetiers ont été surpris par certaines sollicitations, inattendues, d'étrangers bloqués en France, d’étudiants, d’intérimaires, d’entrepreneurs, de ménages modestes, retraités notamment, soudainement dans le besoin. La liste n’est pas exhaustive, mais elle correspond bien aux portraits dessinés par les communicants des organisations caritatives et par les journalistes, qui alimentent leurs pronostics alarmistes. Mais ces nouveaux publics ne sont pas nouveaux ni partout ni pour tous. Les agents du Samusocial ne s’étonnent pas de la présence de sans-abri dans les distributions alimentaires qu’ils coordonnent, mais s’inquiètent de la présence d’étudiants fauchés...  qui sont les bénéficiaires attitrés de colis livrés sur le campus de l’université Paris 8, où des foyers en difficulté essaient depuis fin mars d’obtenir quelques subsides. L’appréciation de nouveauté est ainsi relative aux positions d’énonciation, reconfigurées par le confinement.

Le confinement a provoqué la fermeture de nombreux services, l’ouverture de quelques uns, et des reports de clientèles. Ces clientèles ont aussi été mélangées, sous l’influence de différentes sources d’information, dont les guichetiers eux-mêmes, donnant à leurs bénéficiaires la carte des services ouverts. Pour des gens dans le besoin, l’abondance des approvisionnements et la multiplication paradoxale des guichets accessibles durant le confinement a même pu constituer une aubaine. La raréfaction, la concentration et la prodigalité des distributions expliquent le grossissement, la circulation et la diversification au moins apparente des bénéficiaires de l’aide alimentaire. Les témoins affirmant l’existence de “nouveaux publics” seraient-ils donc victimes d’un effet d’optique, tenant d’une part à leur position dans le monde de l’assistance, d’autre part à la réorganisation du dispositif de distribution alimentaire durant le confinement ?

D’un site d’observation à l’autre, les intervenants de première ligne pointent une relation étroite entre le confinement et le recours à l’assistance d’une partie de leur clientèle, au-delà d’un simple effet d’opportunité. Le confinement tarit des sources de revenus considérables dans le budget de nombreux ménages. Les rencontres au guichet révèlent des formes de débrouille et d’économies domestiques, autrement plus difficiles à examiner. Certains, que les guichetiers voient comme des nouveaux, ont pourtant recours de longue date aux associations caritatives, mais leur détresse se fait sans aucun doute plus criante. D’autres sollicitent l’assistance pour la première fois durant le confinement, pour prévenir, anticiper, compléter ou parer un appauvrissement soudain et profondément déstabilisant. Il s’agirait le plus souvent – c’est en tout cas un aspect que l’enquête gagnerait à documenter plus avant –  d’unités domestiques indépendantes mises au chômage. L’expression n’est pas à prendre dans son acception juridique. Le mot indépendance vaudrait sur deux plans. Il désigne une situation familiale où le ménage compte seulement sur les revenus qu’il génère, ce qui renverrait à des sentiers invisibles d’ascension sociale, avec prise de distance économique avec l’entourage familial ascendant et latéral. Le terme désigne également la situation de travailleurs qui parvenaient sans peine à trouver des clients ou, ce qui revient au même, à s’embaucher. Sous ce plan, l’expression rassemble aussi bien des travailleurs du sexe, des livreurs, des salariés de la restauration, des ouvriers de force, qu’ils soient salariés ou employés au noir. Indifféremment au contenu du travail, à la forme légale du contrat, ces individus s’en sortaient, bon an mal an. Le confinement les prive de travail, rogne leurs économies, compromet leurs engagements, assombrit leur avenir. L’enquête se borne pour le moment à ce simple repérage, et se poursuivrait utilement par la réalisation d’enquêtes budgétaires approfondies auprès de ceux qui grossissent depuis le début du confinement les rangs de l’assistance.

Handicap et perte d’autonomie chez les personnes sans domicile

D’après la littérature les personnes sans domicile souffrent beaucoup plus souvent et plus précocement de pathologies chroniques « invalidantes » que celles ayant un logement. Peu d’études ont exploré aussi finement les situations de handicap liées à des problèmes de santé physique dans cette population, alors que celle-ci rencontre sans doute plus de difficultés d’accès aux droits à compensation et à des hébergements et services adaptés.

L’objectif de cette étude était de mieux connaître l’importance des limitations physique éprouvées par les personnes sans domicile dans les activités de base de la vie quotidienne, selon leurs caractéristiques socio-démographiques, et d’identifier les facteurs associés susceptibles de majorer ou d’atténuer les situations de handicap qui en découlent. Il s’agissait également de comparer les résultats obtenus avec ceux observés en population générale.

Pour cela les données de l’enquête HYTPEAC (Hygiène de la tête aux pieds : ectoparasitoses et affections cutanées) menée en 2011 par l’Observatoire du Samusocial de Paris auprès de 1 008 personnes adultes francophones non accompagnées d’enfants, dormant dans l’espace public parisien ou dans des centres d’hébergement d’urgence, de stabilisation ou de réinsertion franciliens ont été exploitées. Les résultats obtenus ont été comparés à ceux de la population générale de même âge de l’enquête Handicap-Santé volet Ménages (HSM) 2008 de l’Insee.

Cette recherche a bénéficié de l’aide de la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie (CNSA) dans le cadre de l’appel à projets lancé par l’Institut de Recherche en Santé Publique (IReSP) en 2016 (« RIOU-AAP16-Hand7-17 »).

Rapport final de l'enquête DSAFHIR

L’étude DSAFHIR est une recherche interventionnelle comportant le suivi d’une cohorte de femmes migrantes sans domicile, hébergées en hôtels. Elle explore les besoins de ces femmes en matière de santé sexuelle et reproductive et les obstacles à l’accès aux services compétents, et teste plusieurs modalités d’intervention visant à faciliter cet accès. Elle a inclus 469 femmes dans quinze hôtels en Île-de-France, hors Paris, au printemps 2017, et 283 d’entre elles ont pu être revues huit à dix mois plus tard.

Les situations administratives et sociales de ces femmes sont très similaires à celles observées lors de l’enquête réalisée auprès des familles sans logement en Île-de-France en 2013. Les besoins de ces femmes en matière de santé sexuelle et reproductive ont été mis en lumière : à l’inclusion :

- une sur trois dit avoir subi une ou des agressions sexuelles au cours de leur vie, et une sur cinq une mutilation génitale ;

- un quart de celles exposées au risque de grossesse non prévue n’utilisent aucun moyen contraceptif ;

- plus de la moitié n’ont pas eu de frottis cervical dans les trois années précédentes.

La plupart cumule plusieurs éléments limitant leur accès aux soins (faible connaissance du système de soins liée à une arrivée récente en France, absence de titre de séjour valide, de suivi social, de couverture maladie, non maîtrise du français, faible niveau de scolarisation, isolement relationnel, absence de solution de garde d’enfants, présence d’autres besoins jugés prioritaires, éloignement des services de santé, symptômes dépressifs, expériences négatives antérieures avec des professionnels de santé en France) et près d’une sur deux dit avoir renoncé à des soins, le plus souvent une consultation de médecine générale, dans les 12 mois précédents.

Toutes ont reçu un livret d’informations sur les services socio-sanitaires proches de leur hôtel. Deux types d’accompagnement, collectif ou individuel, ont été mis en place pendant six semaines peu après l’inclusion dans l’étude : des « groupes de parole » hebdomadaires, animés par une conseillère du Planning Familial, dans trois hôtels, des accompagnements par des « médiatrices de santé » dans trois autres hôtels.

Presque toutes les femmes hébergées dans les hôtels où sont intervenues des « médiatrices » disent les avoir rencontrées, tandis que seulement 30 % de celles résidant dans les hôtels où ont eu lieu les « groupes de parole » disent y avoir participé. Les deux types d’accompagnement testés, comme la distribution de livrets d’information (pourtant jugée a priori comme d’une moindre utilité), se sont avérés pertinents aux yeux des femmes qui ont pu en bénéficier. Les limites identifiées sont, pour les groupes de parole, les problèmes de disponibilité sur les créneaux horaires choisis pour les séances, et le manque d’information sur ces séances, et, pour les deux types d’intervention, les difficultés de compréhension pour les femmes maitrisant peu le français, et plus ponctuellement, une gêne à parler de sujets intimes. Si la présence d’enfants a pu parfois être ressentie comme une gêne, elle a aussi souvent été une condition nécessaire à la participation des femmes, confrontées à l’absence de solution de garde.

Par rapport aux femmes n’ayant ni lu ou feuilleté le livret, ni participé aux accompagnements :

- celles ayant participé aux groupes de parole et celles ayant seulement lu ou feuilleté le livret ont (après contrôle de leurs caractéristiques à l’inclusion, et de façon statistiquement significative) plus de « chances » d’avoir, dans les mois suivants, réalisé un test de dépistage d’infection sexuellement transmissible (Odds-ratios respectifs = 3,7 [IC 95 % 1,2 - 10,8], et 2,4, [IC 95 % 1,1 - 5,4]) ;

- celles ayant participé aux accompagnements individuels (par des « médiatrices de santé ») ont plus de « chances » d’avoir consulté pour motif gynécologique (Odds-ratio = 3,0 [IC 95% 1,3 - 6,9]).

Ces interventions n’ont pas profité pleinement à toutes, d’une part en raison des difficultés rencontrées dans leur mise en œuvre, d’autre part parce qu’elles ne peuvent lever toutes les barrières à l’accès aux soins rencontrées par les femmes, et parce qu’une partie des femmes rencontrées n’étaient pas réellement concernées par les barrières à l’accès aux soins qui pouvaient être levées.

Rapport de l'enquête qualitative sur les sans-abri du métro parisien

A l’origine de l’enquête


• Une population connue uniquement sous l’angle des rencontres réalisées par le Recueil Social (non exhaustif) ; un besoin d’améliorer la connaissance pour améliorer l’action.

• Une demande de la RATP, un cofinancement du Conseil régional : Qui sont les sans-abri dans le
métro ? Peut-on parler de sans-abri du métro ?

=> La première enquête exploratoire mais systématique sur les sans-abri dans le métro depuis la création du Recueil social (1992-94).

Adolescents sans logement. Grandir en famille dans une chambre d'hôtel.

L’étude « Adolescents sans-logement. Grandir en famille dans une chambre d’hôtel », menée avec le soutien du Défenseur des droits, a été réalisée par Odile Macchi, chargée d’études à l’Observatoire du Samusocial de Paris et Nicolas Oppenchaim, sociologue à l’Université de Tours.


Elle repose sur des entretiens répétés auprès d’une quarantaine d’adolescents âgés majoritairement de 11 à 18 ans vivant en hôtel social, à Paris (et dans son agglomération) et à Tours, réalisés entre avril 2017 et mai 2018.
Cette étude vise à explorer les épreuves et les difficultés dans la vie quotidienne qu’implique la vie à l’hôtel, les empreintes que laissent ces épreuves sur la construction identitaire des adolescents et comment ceux-ci arrivent, ou non, à les surmonter à plus long terme. Les résultats mettent en évidence comment l’hébergement en hôtel social produit des effets délétères sur les relations familiales et amicales, la scolarité et la santé des adolescents.

LES FEMMES SEULES DANS LE DISPOSITIF DE VEILLE SOCIALE

Une enquête auprès du public accueilli à l'ESI "Halte Femmes"

Rares sont les études à dominante quantitative portant sur le public féminin à la rue, les femmes en situation de sans-abrisme étant et restant souvent invisibles, au propre comme au figuré. Pourtant, tous les acteurs de terrain sont unanimes sur le sujet : ces dernières années ont vu augmenter le nombre de femmes seules en demande d’hébergement, et le profil sociodémographique a évolué sensiblement depuis 2012. Ce constat est particulièrement partagé par l’Espace de Solidarité et d’Insertion (ESI) la « Halte Femmes », géré par l’association Aurore, et le 115/SIAO Urgence de Paris, qui tentent de répondre quotidiennement aux demandes et besoins d’un public en grande précarité.

L’étude réalisée comporte deux axes principaux. L’analyse des données 2006, 2012 et 2016 du 115/SIAO Urgence de Paris sur les femmes seules permet d’observer, sur le temps long, les évolutions concernant le recours au dispositif de veille sociale. Si les données chiffrées agrégées permettent de contextualiser efficacement les évolutions générales, elles ne disent en revanche rien sur les parcours de ces femmes. Nous avons donc mené 10 entretiens approfondis ainsi qu’une une enquête exploratoire par questionnaire auprès de 72 femmes fréquentant la Halte Femmes, pour tenter d’apporter un éclairage :  qui sont-elles, quelle a été leur trajectoire, comment se « débrouillent»-elles au quotidien dans le dispositif d’accueil et en dehors, quels sont leurs besoins et leurs difficultés, et, comme un fil rouge, leur expérience de la violence sous différentes formes au cours de leurs parcours.

LE SANS-ABRISME COMME EPREUVE D'HABITER

Caractériser statistiquement et expliquer qualitativement le non-recours aux hébergements sociaux

Dans les sociétés occidentales modernes, les personnes exclues du logement de droit commun sont très minoritaires mais leur nombre a augmenté ces dernières années. Elles se retrouvent dans diverses situations d’habitat : hébergements chez des particuliers, dans des institutions, des hôtels à leurs frais, des squats, d’autres habitats de fortune ou encore sans abri. Cette dernière situation suscite beaucoup d’interrogations : comment se fait-il que des personnes ne recourent pas aux hébergements sociaux et dorment à la rue ? Une raison parfois avancée dans le monde politique ou le grand public est le « choix personnel ». D’autres parlent de cas psychiatriques. Deux autres causes souvent avancées sont le manque de places disponibles, et l’effet de dissuasion lié à de nombreux refus par manque de place ou aux conditions d’hébergement jugées indignes dans certains centres d’urgence. Comment faire la part entre ces diverses explications ? Et ne peut-on pas en envisager d’autres ?

Cette étude apporte un éclairage quelque peu différent sur cette question. Elle s’intéresse principalement aux personnes en situation de non-recours durable (au moins plusieurs mois), et notamment à celles qui ne demandent plus d’hébergement, voire refusent les places qui leur sont proposées. Elle mobilise à la fois des techniques statistiques, par l’exploitation des données issues de l’enquête HYTPEAC (2011), et des techniques de recherche qualitative, permettant d’accéder directement aux personnes concernées.

Cette étude apporte deux résultats principaux. Le premier souligne que toutes les personnes sans domicile n’ont pas les mêmes probabilités de recours aux hébergements sociaux, et conduit à interroger les pratiques de priorisation à l’œuvre dans le système de prise en charge. Le second résultat, qui concerne spécifiquement les personnes sans abri sédentarisées depuis au moins plusieurs mois, voire années, explique les refus de places pourtant disponibles par la difficulté rencontrée par ces personnes pour casser les relations signifiantes qu’elles ont nouées dans un environnement qui les expose pourtant à une dégradation de leur état de santé et à des violences.

Ces deux résultats invitent à reconsidérer ce qui est appelé « la grande exclusion » à l’aune de sa dimension collective. Plutôt que d'expliquer le sans-abrisme de longue durée par des choix individuels, et d'en déduire que le mieux est de ne pas intervenir, le regard sociologique sur ces situations limites apporte de nouvelles perspectives et ouvre une réflexion sur la création d'un "droit à habiter".

MONOPARENTALITE ET PRECARITE

La situation des familles sans logement en Île-de-France

Les analyses présentées dans ce rapport se sont attachées à mesurer en quoi la monoparentalité pouvait être un avantage ou un inconvénient (par rapport au fait d’être en couple) pour les familles sans logement, en termes de ressources monétaires, d’accès à l’emploi, d’accès aux soins, de conditions de logement ou encore de sociabilité. Elles s’appuient sur l’exploitation des données de deux enquêtes : principalement l’enquête ENFAMS (Enfants et familles sans logement personnel en Île-de-France), menée par l’Observatoire en 2013 auprès de 801 familles hébergées en hôtel social, en centre d’hébergement d’urgence, de réinsertion sociale ou pour demandeurs d’asile ; secondairement, sur la partie francilienne de l’enquête menée par la DREES auprès des bénéficiaires de minima sociaux en 2012.

Ces analyses ont permis de dessiner les profils des familles monoparentales sans logement personnel d’ENFAMS en les comparant à leurs homologues nucléaires, mais aussi, dans la mesure du possible, à leurs homologues monoparentales bénéficiaires de minima sociaux.

Outre la prise en compte du statut matrimonial des familles, une attention particulière a été portée tout au long de cette étude à la situation administrative de la personne, selon qu’elle lui permet ou non de travailler légalement.

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