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En bout de chaîne, la dernière étude de l'Observatoire du Samusocial de Paris

L’Observatoire du Samusocial de Paris a pour vocation d’améliorer la connaissance des personnes sans domicile, de leurs difficultés et de leurs parcours. Composé d’une équipe pluridisciplinaire (statisticiennes, sociologues, chercheur.euses, démographe,…), il produit des études et recherches qui contribuent au développement des connaissances sur les populations en situation d’exclusion, mais il à participe aussi à l’amélioration de la prise en charge des personnes. Enfin, il contribue à l’adaptation et l’évaluation des politiques publiques de lutte contre l’exclusion.

La dernière étude de l’Observatoire s’est intéressée aux travailleuses et travailleurs immigrés dans le secteur de l’hôtellerie-restauration : En bout de chaîne. Parcours de crise et crise de parcours de travailleuses et travailleurs immigrés de l’hôtellerie-restauration. Après une enquête sur les manifestations socioéconomiques de la crise sanitaire de la Covid-19 sur les travailleurs de l’hôtellerie-restauration, l’Observatoire concentre son enquête sur les travailleuses et travailleurs immigrés les plus durement impactés par la crise sectorielle de l’hôtellerie-restauration.

Portraits de quatre travailleuses et travailleurs immigrés

Les quatre profils ont beau avoir des expériences très contrastées, leurs existences en France ont nombre de points communs : l’insertion par l’emploi y est compliquée, l’occupation d’un logement autonome n’est pas une possibilité immédiate, et elles font face à des difficultés matérielles considérables. La crise rejoue ces épreuves, tantôt sur un mode atténué, tantôt accentué. L’observation de ces personnes met en lumière deux effets paradoxaux de la crise pour cette population  : une protection accrue par accès à des places d’hébergement, notamment grâce aux nombreuses places en hôtel, et en parallèle une suspension des tentatives d’ascension sociale.

Des revenus d'activité et des trajectoires professionnelles heurtés par la crise

Pour s’en sortir en France, ces personnes immigrées « en bout de chaîne » ont dû emprunter des chemins non-salariés : subsister par des activités économiques que l’on peut pratiquer quand on est à la rue et sans papier, entrer dans des formes de domesticité contre logement, travailler au noir pour avoir juste de quoi joindre les deux bouts. En temps de crise, la mise à l’arrêt n’a donc pas les mêmes effets pour ces personnes, selon leurs façons d’utiliser les revenus acquis par le travail. Pour contourner la mise à l’arrêt de leur activité principale dans l’hôtellerie-restauration, les personnes avec les possibilités d’insertion les plus évidentes, peuvent chercher des « petits boulots » pour compenser la perte de leur emploi. Néanmoins, d’une façon ou d’une autre, toutes les personnes s’accrochent au travail : les revenus tirés du chômage, quand ils existent, sont loin de suffire à satisfaire les besoins basiques des ménages concernés. Certaines trouvent à s’embaucher par le bouche-à-oreille, en réseau communautaire, quitte à être exploitées, même en étant régularisées sur le plan administratif. En temps de crise, leurs possibilités d’accès à un emploi plus protecteur sont encore plus bloquées. D’autres passent par des formations, des programmes d’insertion, des agences de placements spécialisées, etc. Elles sont mieux protégées de ces entorses, mais sont destinés à des postes peu qualifiés, des rémunérations faibles et des contrats précaires.

Des personnes immigrées durablement aux portes du logement

De la même façon, les parcours résidentiels des personnes immigrées sont marqués par des formes diverses de mal logement depuis l’arrivée en France : hébergement chez des tiers avec contreparties, période sans-abri, place en hébergement d’urgence, colocation communautaire surpeuplée. De façon contre-intuitive, d’autant qu’il est établi que les personnes les plus pauvres sont les plus touchées par la crise économique liée au Covid-19, pour les personnes sans-domicile ou mal logées, la situation peut être gage de protection. Des personnes accèdent pour la première fois à une place d’hébergement d’urgence, avec la possibilité d’y rester un temps extraordinaire si l’on compare avec la période précédant la crise. Mais lorsque l’on tente de s’extraire d’un hébergement d’urgence occupé depuis des années, les effets de la crise sanitaire sont douloureux. Au chômage, point de sortie ; le rêve d’obtention d’un logement social (permis seulement aux personnes en situation administrative régulière) est remis à plus tard.

S'alimenter pendant la crise : une variable déterminante pour faire face aux pénuries pécuniaires

En matière d’alimentation, la crise sanitaire présente aussi des effets d’aubaine. Il arrive que les personnes immigrées en bout de chaîne recourent à l’aide alimentaire pour la première fois. Elles y ont cependant inégalement accès en fonction des lieux d’assistance qu’elles fréquentent. En centre d’hébergement d’urgence, si elles ne sont pas nourries, elles reçoivent des chèques services. En revanche, à l’hôtel, , l’accès n’est ni systématique ni durable. Du reste, personne ne fréquente assidument de distribution alimentaire ou épicerie sociale, c’est uniquement une solution de dernier recours pour les personnes enquêtées. Dès que l’occasion se présente, il convient cependant de noter le fort investissement consenti par toutes les personnes pour composer ou partager des repas. Ce peut être un investissement temporel pour rassembler et partager les produits, que l’on cuisine parfois chez les personnes où l’on est invité. L’effort pour se permettre des plaisirs culinaires, en particulier avec des denrées de son pays, apparaît d’autant plus conséquent que les ressources sont faibles.

Découvrez l’ensemble des études de l’Observatoire du Samusocial de Paris ici.

En bout de chaîne. Parcours de crise et crise de parcours de travailleuses et travailleurs immigrés de l’hôtellerie-restauration

Se concentrer sur les personnes les plus durement impactées par la crise sectorielle dans l’hôtellerie-restauration, conséquence de la crise sanitaire du Covid-19, conduirait à laisser de côté des situations au coeur de ce rapport. Pour les travailleuses et travailleurs immigrés « en bout de chaîne » dont il est question ici, si l’on s’en tient à un examen rapide de leurs pertes de ressources monétaires, le basculement est moins brutal que pour d’autres personnels subalternes rencontrés pour l’enquête Hors-Service, français, avec des situations professionnelles assez stables, mais relativement plus appauvris par la mise à l’arrêt du secteur. Pourtant, si l’on prête attention aux modes de vie et aux projets d’ascension sociale, de façon insidieuse, la crise a des effets durables pour ces personnes qui occupent des postes d’exécution, perçoivent généralement de modiques revenus et sont concernées par des entorses vis-à-vis du droit du travail. Elle oblige à attendre encore pour accomplir des choses qui comptent, à renoncer à des pistes d’amélioration de leurs conditions d’existence déjà rudes.

Portraits de quatre travailleuses et travailleurs immigrés

A partir de quatre études de cas, deux effets paradoxaux de la crise pour cette population – protection accrue par accès à des places d’hébergement et suspension des tentatives d’ascension sociales – sont bien visibles. En retraçant la biographie de ces travailleuses et travailleurs immigrés, l’épisode de crise sanitaire est resitué par rapport à d’autres heurts dans des parcours marqués par une migration au cours de la dernière décennie. Les quatre personnes ont beau avoir des expériences très contrastées, leurs existences en France ont nombre de points communs : l’insertion par l’emploi y est difficile et compliquée par leur extranéité, l’occupation d’un logement autonome n’est pas une possibilité immédiate, et elles font face à des difficultés matérielles considérables. La crise rejoue ces épreuves, tantôt sur un mode atténué, tantôt accentué.

Des revenus d'activité et des trajectoires professionnelles heurtés par la crise

Pour s’en sortir en France, ces personnes immigrées « en bout de chaîne » ont dû emprunter des chemins non-salariés : subsister par des activités économiques que l’on peut pratiquer quand on est à la rue et sans papier, entrer dans des formes de domesticité contre logement, travailler au noir pour avoir juste de quoi joindre les deux bouts. Leur façon de générer des ressources et de les appréhender est tributaire de ces expériences non-salariées. En temps de crise, la mise à l’arrêt n’a donc pas les mêmes effets pour ces personnes, selon leurs façons d’utiliser les revenus acquis par le travail. Pour contourner la mise à l’arrêt de leur activité principale dans l’hôtellerie-restauration, les personnes avec les possibilités d’insertion les plus évidentes, peuvent chercher des « petits boulots » pour compenser la perte de leur emploi, le temps de retrouver une embauche plus satisfaisante. Pour d’autres, hébergées, en partie nourries, les petites rentrées invisibles d’argent ne pointent vers aucun horizon d’embauche légale ou stable, supportant une indépendance économique. Néanmoins, d’une façon ou d’une autre, toutes les personnes s’accrochent au travail : les revenus tirés du chômage, quand ils existent, sont loin de suffire à satisfaire les besoins basiques des ménages concernés, et toutes cherchent du travail sous une modalité ou sous une autre. Certaines trouvent à s’embaucher par le bouche-à-oreille, en réseau communautaire, quitte à être coincées dans des relations d’exploitation, même en étant régularisées sur le plan administratif. En temps de crise, leurs possibilités d’accès à un emploi plus protecteur sont encore plus bloquées. D’autres passent par la médiation d’agents publics ou parapublics pour trouver à s’embaucher – par des formations, des programmes d’insertion, des agences de placements spécialisées, etc. Elles sont mieux protégées de ces entorses, mais sont destinés à des postes peu qualifiés, des rémunérations faibles et des contrats précaires.

Des personnes immigrées durablement aux portes du logement

De la même façon, les parcours résidentiels des personnes immigrées sont marqués par des formes diverses de mal logement depuis l’arrivée en France, exprimant la panoplie des solutions d’hébergement gratuites ou très peu chères : hébergement chez des tiers avec contreparties, période sans-abri, place en hébergement d’urgence, colocation communautaire surpeuplée. A chaque modalité de logement correspondent des contraintes particulières. De façon contre-intuitive, d’autant qu’il est établi que les personnes les plus pauvres sont les plus touchées par la crise économique liée au Covid-19, pour les personnes sans-domicile ou mal logées, la situation peut être gage de protection. Des personnes accèdent pour la première fois à une place d’hébergement d’urgence, avec la possibilité d’y rester un temps extraordinaire si l’on compare avec la période précédant la crise. Mais lorsque l’on tentait de s’extraire d’un hébergement d’urgence occupé depuis des années, les effets de la crise sanitaire sont douloureux. Au chômage, point de sortie ; le rêve d’obtention d’un logement social (permis seulement aux personnes en situation administrative régulière) est remis à plus tard.

S'alimenter pendant la crise : une variable déterminante pour faire face aux pénuries pécuniaires

En matière d’alimentation, la crise sanitaire présente aussi des effets d’aubaine. Il arrive que les personnes immigrées en bout de chaîne recourent à l’aide alimentaire pour la première fois. Elles y ont cependant inégalement accès en fonction des lieux d’assistance fréquentés. En centre d’hébergement d’urgence, si elles ne sont pas nourries, elles reçoivent des chèques services. En revanche, à l’hôtel, quoique la crise sanitaire se traduise par un effort de distribution de ces subsides, l’accès n’est ni systématique ni durable. Il existe donc une forte disparité dans l’assistance fournie. Du reste, personne ne fréquente assidument de distribution alimentaire ou épicerie sociale, c’est uniquement une solution de dernier recours pour les personnes enquêtées. Pour les individus qui font face à des perturbations budgétaires et qui ne recourent que très peu à ce type de service, une tendance à se restreindre apparaît. Ce peut être pour favoriser ses enfants, situation déjà bien documentée pour les familles monoparentales, ou de façon moins critique, des tactiques pour dépenser le moins possible, même quand on a de l’épargne, correspondant à l’évitement de certains magasins et produits, à des achats allant à l’essentiel. Dès que l’occasion se présente, budget contraint ou non, il convient cependant de noter le fort investissement consenti par toutes les personnes pour composer ou partager des repas. Ce peut être un investissement temporel pour rassembler et partager les produits, que l’on cuisine parfois chez les personnes où l’on est invité. L’effort pour se permettre des plaisirs culinaires, en particulier avec des denrées de son pays, apparaît d’autant plus conséquent que les ressources sont faibles.

Les dynamiques de recours au 115 en 2020, quels impacts de la crise sanitaire ?

L’année 2020, marquée par la crise sanitaire de la Covid-19, s’est accompagnée d’une rupture dans le modèle traditionnel d’accès à l’hébergement. En raison de l’interdiction d’occuper durablement l’espace public lors des confinements et couvre-feux, et face à la promiscuité des usagers dans les centres d’accueil et d’hébergement d’urgence, le gouvernement a annoncé la mise en place d’un plan d’action inédit, destiné à augmenter la capacité d’hébergement pour pallier ces difficultés. Les dynamiques de recours au 115 ont-elles été impactées ?

 

Les usagers en Famille

La crise sanitaire survient alors que, depuis le début de l’hiver 2019-2020, le 115 est confronté à une hausse sans précédent des demandes d’hébergement de la part des familles, en partie freinée par l’ouverture de places hivernales. La capacité d’hébergement d’urgence du 115 de Paris, déjà à un niveau élevé pour les familles au début de l’hiver 2019-2020, va connaître une nouvelle augmentation dès la semaine de l’annonce du premier confinement (du 9 au 15 mars 2020) qui aboutit, à partir de début mai 2020, à ce que chaque nuit plus de 19 000 personnes en famille soient hébergées par le dispositif d’urgence, soit une hausse de plus de 1 000 places dont l’essentiel a été ouvert entre le 9 et le 22 mars. Ces nouvelles places sont dans leur immense majorité des chambres dans des hôtels laissés vacants par les touristes et les professionnels et transformés pour l’occasion en « Hôtels-CHU ».

A chaque ouverture de places, le nombre de demandes diminue, les personnes hébergées n’ayant plus besoin d’appeler le 115. Cela s’est constaté lors du premier confinement. Cependant, il est probable qu’à ce moment, moins de personnes se sont retrouvées en situation de rue en raison du maintien de la trêve hivernale ; de l’effort de solidarité qui a pu contribuer au maintien au domicile de personnes hébergées chez des tiers ; et du fait des restrictions de déplacement et de la fermeture des frontières. Enfin, notons que le service du 115, d’ordinaire difficile à joindre pour les usagers, n’a pas connu de perturbations qui auraient pu avoir une incidence sur la prise d’appel, grâce à la forte implication des équipes.

L’accalmie observée au début du premier confinement est toutefois de courte durée. Dès le milieu du mois d’avril 2020, le nombre de demandes d’hébergement repart à la hausse de manière quasi-exponentielle, et atteint 1 000 par jour en moyenne la dernière semaine du mois de juillet 2020, soit le niveau d’avant le premier confinement (et aussi celui enregistré en octobre 2018). Cette hausse est alimentée par la venue de nouvelles familles en demande d’hébergement et par celles qui n’ont pas sollicité le dispositif au moment des ouvertures de place. Comme les places disponibles ont déjà été attribuées, les familles se voient opposées une « demande non pourvue ». Ces familles appellent de manière répétée le 115 jusqu’à l’obtention d’une place, amenant à une nouvelle saturation du dispositif comme au début de l’hiver 2019-2020.

 

Les isolé.e.s

Le recours au 115 des personnes isolées – c’est-à-dire celles qui ne sont pas accompagnées d’enfants mineurs lors de leur demande d’hébergement – diffère de celui des familles. Depuis septembre 2018 et jusqu’à la veille du confinement de mars 2020, les demandes d’hébergement de la part des hommes

ont eu tendance à diminuer – malgré des hausses au moment des périodes hivernales – et celles des femmes et des couples ont présenté une légère augmentation. La diminution du recours au 115 par les hommes n’est pas nouvelle. Elle est alimentée en grande partie par une attrition de l’offre les concernant (les efforts de l’Etat s’étant concentrés sur les familles depuis quelques années) et la durée des temps d’attente lors d’appels au 115, qui en ont découragé beaucoup.

La capacité d’hébergement à destination de personnes isolées augmente avec la crise sanitaire : le nombre de personnes hébergées passe d’environ 2 000 à 3 100 en moyenne chaque nuit durant les huit premières semaines de la crise, soit une augmentation de 55 % de la capacité d’hébergement pour ce public. De manière exceptionnelle - les personnes isolées ne bénéficient que très rarement d’un hébergement autre qu’en CHU – des chambres d’hôtel leur sont attribuées via le dispositif « droit de tirage Covid » (DDT-Covid) dans les hôtels parisiens transformés en CHU. Parallèlement des centres fonctionnant en hébergement collectif ont réduit leur capacité d’accueil pour répondre aux exigences sanitaires qui préconisaient le respect des règles de distanciation physique. Des centres comme La Boulangerie ou Romain Rolland, qui accueillaient toutes les nuits plus de 200 personnes sur des places de mise à l’abri d’une nuit, n’ont plus accueilli qu’une cinquantaine de personne en continu.

Suite à ces ouvertures de places, les demandes d’hébergement des personnes isolées ont fortement diminué. Pour les femmes et les couples, l’accalmie est de courte durée, les demandes repartent à la hausse, avec le nombre de DNP. Pour les hommes, la tendance est inversée, en dépit d’un léger sursaut en fin de confinement qui s’explique par le rappel d’anciens usagers qui n’avaient pas appelé le 115 depuis au moins 1 an ou de nouveaux venus tenter leur chance. La baisse du nombre de demandes d’hébergement des hommes isolés est telle qu’en septembre 2020 leur nombre est au niveau le plus bas observé depuis au moins 2018 et que pour la première fois il est quasi similaire à celui des femmes.

En dépit de l’ouverture de places, dès le premier confinement, plus de 8 demandes d’hébergement sur 10 aboutissent à une DNP. Les écoutants sociaux prononcent plus souvent qu’avant la crise sanitaire des DNP faute de fluidité du dispositif et en l’absence de places d’hébergement à la nuitée. Les places déjà peu nombreuses avant la crise sanitaire se sont raréfiées. Si les personnes ont manqué l’entrée dans un centre d’hébergement ou un hôtel au début du premier confinement, il a été quasiment impossible pour elles d’y accéder jusqu’à la fin de ce confinement, puisqu’aucune admission n’a été possible.

L’absence de places d’hébergement d’urgence pour les personnes isolées qui contactent le 115 conduit les personnes à solliciter de moins en moins le dispositif. Moins les demandes aboutissent à un hébergement, plus les personnes vont arrêter de solliciter le dispositif parce qu’elles anticipent un refus d’hébergement, d’autant plus qu’il est difficile de joindre le 115.

 

Conclusion

Le recours au 115 a été impacté par la crise sanitaire, principalement lors du premier confinement, en raison d’un effort inédit de mise à disposition de places d’hébergement, et de l’accent mis sur des places disponibles en continuité, et non à la nuitée. Dans ce contexte de disponibilité de places, et de durées de prise en charge plus longues, le nombre de demandes a baissé. Mais cette baisse est de courte durée : du fait de la venue de nouveaux usagers et d’autres tentant leur chance, les demandes, et les DNP, repartent à la hausse. Les familles qui n’obtiennent pas de réponse positive ou uniquement des prises en charge courtes, réitèrent leurs appels de manière constante, conduisant à la saturation des lignes du 115. Le même schéma est observé pour les femmes et les couples. Seuls les hommes vont continuer de réduire leurs appels au 115 du fait du manque de places

Hors service. Enquête sur les manifestations socioéconomiques de la crise sanitaire de la Covid-19 sur les travailleurs de l’hôtellerie-restauration (Île-de- France, mars 2020 - mai 2021)

Hors service - volet 1 : Ecouter le podcast

Ce rapport est le premier d’une enquête ethnographique collective entamée à l’automne 2020, cofinancée par l’Agence régionale de santé d’Île-de-France, la Fondation Daniel et Nina Carasso, la Fondation de France et le Samusocial de Paris. L’investigation porte sur les manifestations socioéconomiques de la crise sanitaire de la Covid-19 sur les travailleurs de l’hôtellerie et de la restauration, surtout en région parisienne. Il s’agit d’étudier, à l’échelle des individus, des ménages et de leur entourage, l’expérience d’une mise au chômage imprévisible et brutale, ses répercussions sur l’économie domestique et les orientations biographiques. Cette enquête s’intéresse notamment à ce qui conduit ou détourne de l’aide sociale des individus à situation d’emploi (de chômage en l’espèce) comparable. Mais contrairement aux études habituelles de l’Observatoire du Samusocial, celle-ci n’est pas focalisée sur les personnes sans domicile.

Une première enquête, conduite du 29 avril au 19 mai 2020, au temps du premier confinement, dans des distributions alimentaires parisiennes, avait en effet rappelé la proximité sociale de personnes pauvres demeurant plutôt à l’écart de l’hébergement et de personnes déjà hébergées. Les observations témoignaient d’un voisinage d’expériences de la crise en milieu populaire, mais restaient dépendantes d’un champ d’observation étroit. Fixées dans un temps limité dans des services d’aide, les enquêtrices repéraient bien des formes de recomposition budgétaire engageant des ressources excédant largement celles de l’assistance, mais ne pouvaient pas les étudier plus avant.

En prenant pour base de recrutement non pas un service d’aide mais un secteur d’activité durement touché par la crise, il s’agit, d’une part, de mieux appréhender l’expérience de la crise dans ce qu’elle peut avoir de différenciée au sein d’un tel ensemble. Il s’agit, d’autre part, de mieux décrire les connexions, les articulations mais aussi la segmentation entre les formes d’aides et de réponses apportées face à la crise, sans exagérer dans ce panorama le rôle des seules aides sociales, et réciproquement, sans minorer l’importance des contraintes et des ressources invisibles aux protagonistes de l’assistance.

Partant, ce tableau de crise n’est pas centré sur ses figures extrêmes, sur les « nouveaux pauvres » qui viendraient rejoindre les rangs des indigents, eux-mêmes malmenés par la crise. Ces figures ne sont pas laissées pour compte, mais elles sont rattachées à des processus qui touchent plus largement et plus diversement la population d’étude, en premier chef l’expérience du chômage. C’est donc par jeu de contrastes que l’on essaiera de mieux comprendre ce qui conduit certains individus et certains groupes, plutôt que d’autres, à recourir aux services d’aide.

Ce rapport présente le problème, l’enquête et son corpus ; il décrit le moment étudié – la façon dont la crise vient à gripper le monde de l’hôtellerie et de la restauration parisien et dont le chômage affecte ses protagonistes ; il pose des jalons d’analyse, afin de cerner les processus et les formes d’adaptation à la crise. Les effets du contexte sur l’alimentation et la santé des travailleurs rencontrés sont notamment passés au crible. Ce rapport sera suivi par des études de cas, examinant les comptes de ménages plongés dans la crise. En cours de fabrication pour des livraisons échelonnées dans les dix mois restants du projet, celles-ci reposent sur des suivis ethnographiques et budgétaires de longue durée, d’individus ici décrits en filigrane, rattachés à trois situations professionnelles caractéristiques du secteur : celle d’étudiants qui trouvent normalement à s’embaucher sans difficulté dans des postes peu qualifiés ; celle d’immigrés, employés eux aussi en bout de chaîne mais durablement ; celle de travailleurs indépendants, qui peuvent se lancer à leur compte sans trop d’apports, et qui se tiennent à quelque distance du salariat, visant des formes de réussite professionnelle et personnelle. A l’issue de ces monographies, le présent rapport sera mis à jour, augmenté d’éclairages statistiques, et clôturera cette investigation sur l’hôtellerie-restauration et ses travailleurs « hors service ».

Aux guichets de l’aide alimentaire : les “nouveaux publics” du confinement ? (Paris et Saint-Denis, 29 avril- 19 mai 2020)

Par voie de presse, intervenants sociaux et responsables associatifs alertent depuis le début du confinement sur les conséquences économiques de la crise pour les plus démunis de nos concitoyens. Les services d’aide encore ouverts, notamment les distributions alimentaires, voient défiler des rangs plus longs que jamais et les guichetiers ne tardent pas à repérer de nouvelles têtes. De la base à la tête des organisations caritatives, l’importance de la crise se jauge au nombre et au faciès. Ce rapport porte sur ces “nouveaux publics” de l’aide alimentaire et indissociablement sur ce que doit cette présomption de nouveauté au confinement, et aux effets du confinement sur l’organisation de l’assistance.

Du 29 avril au 14 mai 2020, dix lieux ont été enquêtés, une dizaine de distributions alimentaires observées – toutes situées à Paris, sauf une d’entre elles, sur le campus de l’université Paris 8 à Saint-Denis. L’échantillon est donc mince, mais les descriptions, in situ, de première main, et en plein confinement, présentent un certain intérêt documentaire. Comme on pouvait s’y attendre par mécanique de report, les ménages en difficultés se sont massés aux distributions. L’impression est unanime, et sans doute doit-elle à la sélection des sites d’observation, largement guidée par des décideurs publics et des responsables d’organisations de lutte contre l’exclusion, qui ont orienté les enquêtrices vers des lieux de distribution mis à rude épreuve durant le confinement. Mais les témoignages rassemblés, y compris au-delà des sites visités, disent tous l’accroissement des rangs aux guichets, et avant même d’y repérer de nouveaux “publics”, les témoins décrivent une nouvelle forme de demande, sous l’aspect d’une foule concentrée et bigarrée, mélangeant des profils familiers et inhabituels.

Tous les guichetiers ont été surpris par certaines sollicitations, inattendues, d'étrangers bloqués en France, d’étudiants, d’intérimaires, d’entrepreneurs, de ménages modestes, retraités notamment, soudainement dans le besoin. La liste n’est pas exhaustive, mais elle correspond bien aux portraits dessinés par les communicants des organisations caritatives et par les journalistes, qui alimentent leurs pronostics alarmistes. Mais ces nouveaux publics ne sont pas nouveaux ni partout ni pour tous. Les agents du Samusocial ne s’étonnent pas de la présence de sans-abri dans les distributions alimentaires qu’ils coordonnent, mais s’inquiètent de la présence d’étudiants fauchés...  qui sont les bénéficiaires attitrés de colis livrés sur le campus de l’université Paris 8, où des foyers en difficulté essaient depuis fin mars d’obtenir quelques subsides. L’appréciation de nouveauté est ainsi relative aux positions d’énonciation, reconfigurées par le confinement.

Le confinement a provoqué la fermeture de nombreux services, l’ouverture de quelques uns, et des reports de clientèles. Ces clientèles ont aussi été mélangées, sous l’influence de différentes sources d’information, dont les guichetiers eux-mêmes, donnant à leurs bénéficiaires la carte des services ouverts. Pour des gens dans le besoin, l’abondance des approvisionnements et la multiplication paradoxale des guichets accessibles durant le confinement a même pu constituer une aubaine. La raréfaction, la concentration et la prodigalité des distributions expliquent le grossissement, la circulation et la diversification au moins apparente des bénéficiaires de l’aide alimentaire. Les témoins affirmant l’existence de “nouveaux publics” seraient-ils donc victimes d’un effet d’optique, tenant d’une part à leur position dans le monde de l’assistance, d’autre part à la réorganisation du dispositif de distribution alimentaire durant le confinement ?

D’un site d’observation à l’autre, les intervenants de première ligne pointent une relation étroite entre le confinement et le recours à l’assistance d’une partie de leur clientèle, au-delà d’un simple effet d’opportunité. Le confinement tarit des sources de revenus considérables dans le budget de nombreux ménages. Les rencontres au guichet révèlent des formes de débrouille et d’économies domestiques, autrement plus difficiles à examiner. Certains, que les guichetiers voient comme des nouveaux, ont pourtant recours de longue date aux associations caritatives, mais leur détresse se fait sans aucun doute plus criante. D’autres sollicitent l’assistance pour la première fois durant le confinement, pour prévenir, anticiper, compléter ou parer un appauvrissement soudain et profondément déstabilisant. Il s’agirait le plus souvent – c’est en tout cas un aspect que l’enquête gagnerait à documenter plus avant –  d’unités domestiques indépendantes mises au chômage. L’expression n’est pas à prendre dans son acception juridique. Le mot indépendance vaudrait sur deux plans. Il désigne une situation familiale où le ménage compte seulement sur les revenus qu’il génère, ce qui renverrait à des sentiers invisibles d’ascension sociale, avec prise de distance économique avec l’entourage familial ascendant et latéral. Le terme désigne également la situation de travailleurs qui parvenaient sans peine à trouver des clients ou, ce qui revient au même, à s’embaucher. Sous ce plan, l’expression rassemble aussi bien des travailleurs du sexe, des livreurs, des salariés de la restauration, des ouvriers de force, qu’ils soient salariés ou employés au noir. Indifféremment au contenu du travail, à la forme légale du contrat, ces individus s’en sortaient, bon an mal an. Le confinement les prive de travail, rogne leurs économies, compromet leurs engagements, assombrit leur avenir. L’enquête se borne pour le moment à ce simple repérage, et se poursuivrait utilement par la réalisation d’enquêtes budgétaires approfondies auprès de ceux qui grossissent depuis le début du confinement les rangs de l’assistance.

Handicap et perte d’autonomie chez les personnes sans domicile

D’après la littérature les personnes sans domicile souffrent beaucoup plus souvent et plus précocement de pathologies chroniques « invalidantes » que celles ayant un logement. Peu d’études ont exploré aussi finement les situations de handicap liées à des problèmes de santé physique dans cette population, alors que celle-ci rencontre sans doute plus de difficultés d’accès aux droits à compensation et à des hébergements et services adaptés.

L’objectif de cette étude était de mieux connaître l’importance des limitations physique éprouvées par les personnes sans domicile dans les activités de base de la vie quotidienne, selon leurs caractéristiques socio-démographiques, et d’identifier les facteurs associés susceptibles de majorer ou d’atténuer les situations de handicap qui en découlent. Il s’agissait également de comparer les résultats obtenus avec ceux observés en population générale.

Pour cela les données de l’enquête HYTPEAC (Hygiène de la tête aux pieds : ectoparasitoses et affections cutanées) menée en 2011 par l’Observatoire du Samusocial de Paris auprès de 1 008 personnes adultes francophones non accompagnées d’enfants, dormant dans l’espace public parisien ou dans des centres d’hébergement d’urgence, de stabilisation ou de réinsertion franciliens ont été exploitées. Les résultats obtenus ont été comparés à ceux de la population générale de même âge de l’enquête Handicap-Santé volet Ménages (HSM) 2008 de l’Insee.

Cette recherche a bénéficié de l’aide de la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie (CNSA) dans le cadre de l’appel à projets lancé par l’Institut de Recherche en Santé Publique (IReSP) en 2016 (« RIOU-AAP16-Hand7-17 »).

Rapport final de l'enquête DSAFHIR

L’étude DSAFHIR est une recherche interventionnelle comportant le suivi d’une cohorte de femmes migrantes sans domicile, hébergées en hôtels. Elle explore les besoins de ces femmes en matière de santé sexuelle et reproductive et les obstacles à l’accès aux services compétents, et teste plusieurs modalités d’intervention visant à faciliter cet accès. Elle a inclus 469 femmes dans quinze hôtels en Île-de-France, hors Paris, au printemps 2017, et 283 d’entre elles ont pu être revues huit à dix mois plus tard.

Les situations administratives et sociales de ces femmes sont très similaires à celles observées lors de l’enquête réalisée auprès des familles sans logement en Île-de-France en 2013. Les besoins de ces femmes en matière de santé sexuelle et reproductive ont été mis en lumière : à l’inclusion :

- une sur trois dit avoir subi une ou des agressions sexuelles au cours de leur vie, et une sur cinq une mutilation génitale ;

- un quart de celles exposées au risque de grossesse non prévue n’utilisent aucun moyen contraceptif ;

- plus de la moitié n’ont pas eu de frottis cervical dans les trois années précédentes.

La plupart cumule plusieurs éléments limitant leur accès aux soins (faible connaissance du système de soins liée à une arrivée récente en France, absence de titre de séjour valide, de suivi social, de couverture maladie, non maîtrise du français, faible niveau de scolarisation, isolement relationnel, absence de solution de garde d’enfants, présence d’autres besoins jugés prioritaires, éloignement des services de santé, symptômes dépressifs, expériences négatives antérieures avec des professionnels de santé en France) et près d’une sur deux dit avoir renoncé à des soins, le plus souvent une consultation de médecine générale, dans les 12 mois précédents.

Toutes ont reçu un livret d’informations sur les services socio-sanitaires proches de leur hôtel. Deux types d’accompagnement, collectif ou individuel, ont été mis en place pendant six semaines peu après l’inclusion dans l’étude : des « groupes de parole » hebdomadaires, animés par une conseillère du Planning Familial, dans trois hôtels, des accompagnements par des « médiatrices de santé » dans trois autres hôtels.

Presque toutes les femmes hébergées dans les hôtels où sont intervenues des « médiatrices » disent les avoir rencontrées, tandis que seulement 30 % de celles résidant dans les hôtels où ont eu lieu les « groupes de parole » disent y avoir participé. Les deux types d’accompagnement testés, comme la distribution de livrets d’information (pourtant jugée a priori comme d’une moindre utilité), se sont avérés pertinents aux yeux des femmes qui ont pu en bénéficier. Les limites identifiées sont, pour les groupes de parole, les problèmes de disponibilité sur les créneaux horaires choisis pour les séances, et le manque d’information sur ces séances, et, pour les deux types d’intervention, les difficultés de compréhension pour les femmes maitrisant peu le français, et plus ponctuellement, une gêne à parler de sujets intimes. Si la présence d’enfants a pu parfois être ressentie comme une gêne, elle a aussi souvent été une condition nécessaire à la participation des femmes, confrontées à l’absence de solution de garde.

Par rapport aux femmes n’ayant ni lu ou feuilleté le livret, ni participé aux accompagnements :

- celles ayant participé aux groupes de parole et celles ayant seulement lu ou feuilleté le livret ont (après contrôle de leurs caractéristiques à l’inclusion, et de façon statistiquement significative) plus de « chances » d’avoir, dans les mois suivants, réalisé un test de dépistage d’infection sexuellement transmissible (Odds-ratios respectifs = 3,7 [IC 95 % 1,2 - 10,8], et 2,4, [IC 95 % 1,1 - 5,4]) ;

- celles ayant participé aux accompagnements individuels (par des « médiatrices de santé ») ont plus de « chances » d’avoir consulté pour motif gynécologique (Odds-ratio = 3,0 [IC 95% 1,3 - 6,9]).

Ces interventions n’ont pas profité pleinement à toutes, d’une part en raison des difficultés rencontrées dans leur mise en œuvre, d’autre part parce qu’elles ne peuvent lever toutes les barrières à l’accès aux soins rencontrées par les femmes, et parce qu’une partie des femmes rencontrées n’étaient pas réellement concernées par les barrières à l’accès aux soins qui pouvaient être levées.

Rapport de l'enquête qualitative sur les sans-abri du métro parisien

A l’origine de l’enquête


• Une population connue uniquement sous l’angle des rencontres réalisées par le Recueil Social (non exhaustif) ; un besoin d’améliorer la connaissance pour améliorer l’action.

• Une demande de la RATP, un cofinancement du Conseil régional : Qui sont les sans-abri dans le
métro ? Peut-on parler de sans-abri du métro ?

=> La première enquête exploratoire mais systématique sur les sans-abri dans le métro depuis la création du Recueil social (1992-94).

Adolescents sans logement. Grandir en famille dans une chambre d'hôtel.

L’étude « Adolescents sans-logement. Grandir en famille dans une chambre d’hôtel », menée avec le soutien du Défenseur des droits, a été réalisée par Odile Macchi, chargée d’études à l’Observatoire du Samusocial de Paris et Nicolas Oppenchaim, sociologue à l’Université de Tours.


Elle repose sur des entretiens répétés auprès d’une quarantaine d’adolescents âgés majoritairement de 11 à 18 ans vivant en hôtel social, à Paris (et dans son agglomération) et à Tours, réalisés entre avril 2017 et mai 2018.
Cette étude vise à explorer les épreuves et les difficultés dans la vie quotidienne qu’implique la vie à l’hôtel, les empreintes que laissent ces épreuves sur la construction identitaire des adolescents et comment ceux-ci arrivent, ou non, à les surmonter à plus long terme. Les résultats mettent en évidence comment l’hébergement en hôtel social produit des effets délétères sur les relations familiales et amicales, la scolarité et la santé des adolescents.

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