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Chaque jour, 3 femmes seules sur 4 qui appellent le 115 de Paris ne trouvent pas de place d’hébergement.
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Avant l'hiver, le dispositif d'urgence déjà saturé

Avant l'hiver, le dispositif d'urgence déjà saturé

Dans une Tribune parue dans Le Monde du 31 octobre, le Samusocial de Paris alerte sur le manque de places d'hébergement d'urgence en ce début de période hivernale.

Il y a urgence à trouver des places de mise à l'abri pour tous

Le temps, encore clément, ne laisse pas deviner la catastrophe qui s’annonce. A cette époque de l’année, les équipes du Samusocial de Paris « préparent l’hiver », comme elles ont coutume de dire. Le 115 se met en ordre de marche ; il renforce ses équipes pour améliorer la prise d’appel et faire face à la croissance du nombre d’appelants. Avec l’ouverture de places d’hébergement hivernales qui rendent les possibilités d’accès au dispositif d’urgence moins illusoires, apparaissent des personnes qui n’appelaient pas, ou plus. L’an dernier, au cœur de l’hiver, le 115 a ainsi répondu à plus de 1 600 appels quotidiens, contre une moyenne de 1 100 hors période hivernale. De leur côté, se renforcent également les équipes mobiles de nuit pour amplifier la veille sanitaire : rencontrer plus de monde, plus souvent, être attentives aux plus fragiles, à ceux qu’une brutale descente des températures pourrait tuer. Quant au pôle de réservation hôtelière, il recherche activement de nouvelles chambres afin qu’aucune famille n’ait à dormir une nuit dans la rue.

 

 

La préparation de l’hiver est une période pleine d’inconnues, de doutes. L’hiver sera-t-il précoce ? Rigoureux ? Les équipes de renfort suffisamment solides ? Les appels au 115 encore plus nombreux ? Le nombre de places ouvertes suffisantes ?

 

 

Chaque année, il faut attendre les premières baisses de température pour que l’Etat communique le nombre de places qui seront à disposition. Bien que les associations déplorent cette gestion au thermomètre, le déploiement de places hivernales donne de l’oxygène au dispositif pérenne et permet à des personnes qui en étaient éloignées de retrouver le chemin de l’hébergement d’urgence.  Cette année, en Ile-de-France, ce sont 2870 places qui viennent d’être annoncées. Alors pourquoi craindre l’hiver qui vient ?

 

 

En premier lieu parce que ce nombre communiqué aux médias et aux acteurs professionnels et bénévoles, qui laisse imaginer une mobilisation massive, ne correspond jamais aux places réellement disponibles chaque nuit. Il englobe l’ensemble des places qui, sur la totalité de la période hivernale, seront mobilisées, avec une montée en charge progressive, des ouvertures en alternance, sur un temps souvent limité. Ce nombre de places affiché n’est jamais atteint. Loin s’en faut.

 

 

En ce début de période hivernale, si nous sommes inquiets, c’est que les sites qui permettront d’héberger les personnes sont loin d’avoir été identifiés, et que la situation à date est plus dramatique que jamais : déjà les places manquent, 173 personnes isolées ayant appelé le 115 de Paris sont restées hier sans solution ; le parc hôtelier est totalement saturé avec chaque nuit plus de 400 personnes en famille sans hébergement. Des enfants dorment dans les rues. La semaine dernière, un enfant s’est retrouvé en hypothermie. Qu’adviendra-t-il avec le froid ?

Il y a urgence. Urgence, urgence à trouver des places de mise à l’abri pour tous. Des solutions sont possibles : réquisitionner les bâtiments inoccupés, ils sont nombreux, notamment les bureaux, déployer des structures modulaires dans les friches urbaines en attente de projets, certaines existent à Paris mais elles sont surtout nombreuses en première couronne ; encore faut-il accepter une solidarité à l’échelle du territoire. En Ile-de-France, du fait de la gestion départementalisée, il est difficile de faire entendre que l’on puisse héberger des personnes sans-abri isolées hors de leur département d’appartenance. A l’aube de la métropolisation, ne peut-on sortir de ces cadres le temps d’un hiver ? Ces mesures d’urgence destinées à créer des places temporaires ne sont pas si complexes à mettre en œuvre. Elles ne demandent qu’une volonté commune d’éviter la rue à ceux qui dans quelques mois subiront de plein fouet la baisse des températures. 

 

 

A ces mesures peuvent s’ajouter toutes celles qui permettraient de libérer les places d’hébergement actuellement occupées par des personnes en attente de solutions pour sortir  des dispositifs d’hébergement. Identifier les logements sociaux vacants et prioriser l’entrée dans le logement des personnes en emploi, elles sont nombreuses dans les centres d’hébergement, favoriser l’accès des personnes sans-abri vieillissantes aux foyers logement et aux EHPAD  et de celles qui sont en situation de handicap vers des structures médico-sociales adaptées, régulariser la situation administrative des personnes qui restent bloquées dans les centres d'hébergement ou dans les hôtels sociaux faute de papiers, développer l'offre d'intermédiation locative (Louez solidaire, Solibail) pour les personnes isolées.

Enfin, ajoutons qu’il est grand temps de permettre à ceux qui viennent en France pour demander l’asile d’accéder des dispositifs qui leur sont spécifiquement dédiés. Demander aux dispositifs d’hébergement urgence de pallier le manque de place d’accueil serait doublement irresponsable. 

L’hiver qui se profile pourrait bien être pour les personnes sans-abri le pire depuis longtemps. N’attendons pas les premiers morts pour agir. Le Samusocial de Paris et les associations sont prêtes. Mais sans la mobilisation de tous, et notamment de l’Etat, de la Ville et des bailleurs sociaux, elles ne peuvent rien.

 

Eric Pliez, Président du Samusocial de Paris